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PSA et l’épine intérim

Publié le 14 novembre 2003

Par Alexandre Guillet
5 min de lecture
Régulièrement mis dans l'embarras par des procès liés au recours et à la gestion de l'intérim, le groupe PSA a profité de la rentrée des classes pour présenter une nouvelle copie sur le sujet. Globalement positive, cette charte ne résout pas les questions de fond ayant trait à ce mode de travail....

...Des questions relevant, il est vrai, du Code du travail en tant que tel.


Gros consommateur d'intérimaires, puisqu'on en recense bon an mal an 12 000 en moyenne au sein du groupe, PSA Peugeot-Citroën rencontre aussi des soucis à cause de ce mode de travail. Ces derniers mois, les procès d'intérimaires se sont ainsi multipliés. Si le groupe affirme avoir gagné la plupart de ces procès, les syndicats assurent le contraire… Bref, il en a aussi perdu, dans les Hauts-de-Seine ou en Seine-Saint-Denis notamment. Pour éviter l'enlisement dans une situation inconfortable et polémique, la direction du groupe a donc présenté une "Charte relative aux conditions d'emploi du personnel temporaire". Cette charte, signée avec sept entreprises spécialistes du travail temporaire (Adecco, Adia, Alliance, Crit intérim, Manpower, Synergie et Védiorbis), décline dix engagements pris par PSA vis-à-vis des intérimaires (voir encadré). Dans cet ensemble, plusieurs éléments méritent d'être mis en évidence. Le nombre de missions successives sera limité à deux, quelle que soit leur nature, avec une durée totale n'excédant pas 11 mois, au lieu des 18 autorisés par le législateur. Cette mesure offre une meilleure visibilité professionnelle à l'intérimaire, mais elle clarifie surtout les choses par rapport à la prise des congés payés. Par ailleurs, les avantages sociaux et la protection sociale sont garantis par le choix d'ETT (entreprises de travail temporaire) procurant une couverture santé complémentaire, un régime de prévoyance, une participation et/ou un intéressement, ainsi que le bénéfice d'activités sociales. En somme, comme l'indique Jean-Luc Vergne, directeur des relations et des ressources humaines de PSA Peugeot- Citroën, "avec cette charte, nous avons voulu formaliser l'engagement commun du groupe et des ETT, tout en harmonisant le guide des meilleures pratiques liées à l'intérim sur l'ensemble de nos sites". Et de concéder : "Il est vrai que cette charte vise aussi à modifier certains comportements au sein même du groupe." Avant d'ajouter sous un angle plus politique : "A l'avenir, nous souhaitons diminuer le recours au travail temporaire."

L'intérim est un levier d'ajustement des effectifs jugé indispensable par PSA

A l'instar des 10 commandements dont certains exégètes contestent le nombre même, le contenu de cette charte n'a pas fait l'unanimité auprès de tous les syndicats. De plus, certains d'entre eux, au premier rang desquels on trouve la CGT et la CFDT, déplorent un manque de négociations autour de sa rédaction. S'ils estiment qu'elle recèle "des points positifs toujours bons à prendre", ils auraient voulu obtenir plus, comme en témoigne leur démarche initiée il y a quelques années pour parvenir à une "charte sociale de l'intérim". Sur le fond, ils continuent donc à dénoncer le recours à l'intérim pour des postes permanents de production, une pratique qui est, selon eux, devenue systématique dans l'industrie automobile. Face à ce reproche, Jean-Luc Vergne rétorque que "le recours à l'intérim apporte au contraire une souplesse nécessaire au développement de nos activités et plus largement au maintien de l'emploi en France". Il souligne par ailleurs que l'industrie automobile a particulièrement besoin de ce levier pour s'adapter aux variations, voire aux à-coups, de la demande du marché et pour assurer le lancement de nouveaux produits. Il évoque aussi les cas de passage au fonctionnement non-stop, de lancement d'un nouvel atelier ou des reconversions d'activités. "Rendre impossible l'ajustement des effectifs par l'utilisation du travail à durée déterminée et du travail temporaire conduirait à renoncer à faire bénéficier les sites français des périodes fastes d'activités", conclut Jean-Luc Vergne, laissant planer le spectre des délocalisations. Ces arguments sont recevables, mais les syndicats objectent que le groupe intègre cette prétendue variable de façon permanente dans sa gestion de l'emploi et font référence au Code du travail qui stipule que "le travail permanent est la règle et l'intérim l'exception". "Si nous embauchions définitivement tous les intérimaires, nous inscririons le groupe dans un rythme alternant recrutements et plans sociaux, ce qui serait bien pire", répond Jean-Luc Vergne, avant de rappeler deux vérités trop souvent occultées : "D'une part, certaines personnes, notamment chez les jeunes générations, aiment le système de l'intérim et nous leur proposons des expériences de qualité. D'autre part, n'oublions pas que PSA a tout de même recruté 26 700 personnes en CDI pour sa division automobile française de 1999 à 2002." Pourtant, charte ou pas, le débat n'est pas clos.


Alexandre Guillet





ZOOM

Les dix engagements de PSA vis- à-vis de l'intérimaire



  1. Lui garantir une sélection exempte de toute forme de discrimination
  2. Lui proposer des missions définies dans la durée
  3. L'accueillir et l'accompagner sur toute la durée de sa mission
  4. Veiller à sa sécurité et à sa santé au travail
  5. Lui garantir des conditions d'emploi similaires à celles du personnel inscrit
  6. Lui assurer la possibilité de prendre des congés annuels
  7. Lui garantir des conditions de vie au travail favorables
  8. Lui assurer une formation et le faire participer aux améliorations
  9. Lui garantir des avantages sociaux et une protection sociale
  10. Lui donner une visibilité sur le terme de sa mission et un accompagnement professionnel

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