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Jéremy Letout, Bee2Link : "Un outil innovant doit être lancé au moment le plus opportun"

Publié le 9 mai 2022

Par Gredy Raffin
6 min de lecture
Directeur de l'innovation du groupe, Jérémy Letout compte parmi les cofondateurs de Bee2Link. Alors que l'entreprise célèbre, cette année, ses dix ans d'existence, il se penche sur le rapport des concessionnaires automobiles aux outils technologiques.
Jérémy Letout, directeur de l'innovation de Bee2Link.
Jérémy Letout, directeur de l'innovation de Bee2Link.

Journal de l'Automobile. Après 10 ans, quel parcours avez-vous le sentiment d'avoir accompli ?

Jéremy Letout. Officiellement, nous avons débuté la commercialisation de nos outils digitaux à partir de 2014, mais l'aventure a bel et bien commencé en 2012. Il y a vraiment eu deux périodes dans notre histoire. Une première phase allant de 2014 à 2019 et essentiellement dédiée à la digitalisation des processus métiers VO et à la mise en place de parcours clients complets, sans rupture, entre les sites internet constructeurs et les points des distributeurs. Nos objectifs étaient alors de gagner en efficience et d’augmenter les marges pour le concessionnaire et de proposer une expérience client fluide et optimisée. La deuxième phase correspond davantage à la nécessité, sur fond de crise, de pouvoir proposer en plus une relation client à distance. Et grâce à l’acquisition des marques agence K, 3Dsoft, Neuralytics et Terranova Web Systems nous avons continué d’étoffer notre offre de produits et de services autour des différentes problématiques clients. Aujourd’hui, nous couvrons d’ailleurs la quasi-totalité des métiers de la distribution automobile.

 

JA. De quoi sera faite la prochaine phase ?

JL. Entre la concentration des distributeurs, l'internationalisation, l'émergence de places de marché, les nouvelles réglementations et obligations légales, les nouveaux enjeux sur la mobilité, etc., le secteur continuera sa mutation en vitesse accélérée dans les prochaines années. Si on se reparle dans 10 ans, notre message sera totalement différent car la courbe d'adoption des technologies modernes est exponentielle. D’ailleurs, et c’est bien là tout l’enjeu, tout cela se prépare dès aujourd’hui.

 

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JA. Les deux dernières années ont bousculé les esprits. Le message que vous portez depuis si longtemps est-il enfin écouté avec une autre attention ?

JL. L'accélération vécue depuis le début de la pandémie est, à notre sens, une course à l'équipement des constructeurs et distributeurs pour rattraper le retard accumulé au fil du temps, mais c’est aussi, de manière plus globale, une véritable remise en question des organisations actuelles. Au début de la crise, nous étions déjà en préparation de SelliWay, une solution complète de vente de véhicules en ligne et nous avons simplement dû anticiper son lancement pour accompagner les entreprises désireuses de réaliser du commerce à distance. Nous voyons bien aujourd’hui que la situation du marché reste difficile, mais heureusement, on observe aussi une réelle résilience.

 

JA. Justement, est-il possible d'inverser la tendance ?

JL. Oui, il existe aussi de belles perspectives ! Les professionnels sont en train de packager le VO pour le rendre plus attractif et cela peut se mesurer, par exemple, par la progression de la LOA. L'après-vente aussi a son rôle à jouer. Notre filiale Neuralytics a d’ailleurs lancé maprochaineauto, une solution basée sur le marketing prédictif et qui permet de stimuler les intentions de renouvellement de véhicule des clients lors de leur passage en atelier via l’envoi de messages commerciaux automatiques et personnalisés. Cela nous rappelle également ScanPrice qui avait démontré notre capacité à "disrupter" les méthodes traditionnelles, en révolutionnant le calcul de l’estimation de reprise.

 

JA. Au début de l'aventure il y avait un concept de rupture. Quelles sont les innovations qui ont installé bee2Link dans la durée ?

JL. ScanPrice, CarShop, InstaShoot ou encore Digit'All chez Volkswagen Group France ont été des éléments fondateurs. Notre philosophie de base, celle de proposer une plateforme digitale d’applications métiers connectée via des interfaces à l’écosystème des distributeurs, a bousculé le marché. Désormais, il faut davantage parler de système d'exploitation pour les concessionnaires et notre nouvelle plateforme digitale OpenFlex correspond parfaitement à cette révolution. Dans cet environnement, les outils interagissent enfin de manière bidirectionnelle et permettent à nos clients de construire l’écosystème informatique et métier dont ils ont besoin. OpenFlex leur permet in fine de proposer un parcours d'une grande fluidité pour les consommateurs. Une approche qui plaît notamment aux groupes de distribution de grande dimension qui fonctionnent par marque, par plaque, voire par pays.

 

JA. La levée de fonds en février 2019 a été un tournant. Certains de vos concurrents ont aussi renforcé leurs capacités financières. Quelle perception avez-vous du secteur ?

JL. Bee2Link s'est toujours positionné au centre d'un triangle composé du concessionnaire, du constructeur et du client final. Pour créer un parcours complet, simple et fluide, il faut consolider les outils. Notre stratégie n'a jamais été d'empiler des technologies ou des sociétés acquises. Nous pensons en termes de plateforme et nous développons des solutions compatibles, capables de partager des informations en temps réel. Nous avons préféré orienter nos lourds investissements dans la création de notre plateforme digitale omnicanale, OpenFlex. Nos acquisitions correspondent à notre volonté de compléter notre portefeuille de produits et d’accroître notre présence à l’international, tout en conservant nos valeurs initiales.

 

JA. Dans quel registre doit-on s'attendre néanmoins à de nouvelles opérations de croissance extérieures pour suivre le rythme de développement ?

JL. À court terme, nous misons sur la consolidation, tant au niveau des outils que des organisations. Toutefois, si de nouvelles opportunités s’offrent à nous, ce serait pour intensifier nos activités à l’étranger, sur des marchés précis tels que l'Allemagne, l'Italie et la péninsule ibérique. Il nous importe surtout d'augmenter notre pénétration et de déployer nos outils chez nos clients constructeurs, dans des filiales additionnelles et dans les réseaux de distribution.

 

JA. À quoi va ressembler l'informatique en concession dans les années à venir ?

JL. Avec le rapprochement et la concentration des acteurs du secteur, il faudra pouvoir miser sur l’ouverture entre les systèmes, notamment via des interfaces, pour garantir plus de connections en temps réel. Les constructeurs et les plus gros distributeurs devront aussi pouvoir compter sur des partenaires capables de leur fournir des solutions sur mesure, dont ils pourront être propriétaires d’une partie du soft, dans une logique de "Make and Buy", au lieu du "Make or Buy" traditionnel. Au niveau du marketing, il sera essentiel d’adopter des solutions ‘low code, no code’, c'est-à-dire avec peu ou pas de développement informatique, pour assurer une mise en place rapide et l’autonomie des équipes. Enfin, le recours au prédictif, à l’exploitation systématique de la big data et l’automatisation des tâches répétitives deviendront des standards.

 

JA. Quelle sera l'innovation majeure de Bee2Link en 2022 ?

JL. L'histoire automobile nous a appris qu'il ne faut pas aller trop vite. Un outil innovant doit être lancé au moment le plus opportun. Il faut avoir un socle de maturité suffisant chez nos clients. Même si nous innovons sans cesse, nous avons à cœur d’aider les acteurs de la distribution automobile à répondre à leurs problématiques actuelles. Aujourd’hui, les groupes ont des besoins en sourcing VO et nous allons, notamment avec maprochaineauto.OS, apporter des solutions d'approvisionnement. Aussi, agence K est très sollicitée pour son outil d'audit interne à l'heure où les groupes déploient des labels VO et ont besoin de solutions pour suivre le bon respect des processus. Plusieurs projets innovants sont en cours de réflexion, voire même en phase de test et nous les lancerons officiellement en temps voulu.

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