Élection à la présidence de Mobilians : Virginie de Pierrepont plaide pour une organisation plus moderne

Candidate à la présidence de Mobilians, Virginie de Pierrepont plaide pour une modernisation de Mobilians, autour de l’attractivité, de la diversité et des enjeux RSE. Son programme repose également sur une gouvernance rééquilibrée, redonnant du pouvoir aux élus et améliorant l’efficacité interne. Enfin, elle entend accompagner les métiers les plus fragilisés, confrontés à la fiscalité, aux mutations économiques et aux transformations technologiques du secteur.
Le Journal de l'Automobile : Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à l'élection nationale de la présidence de Mobilians aujourd’hui ?
Virginie de Pierrepont : Je pense aujourd’hui avoir trois atouts qui me permettent de représenter l’ensemble des adhérents et d’incarner cette fonction de présidente. Le premier, c’est mon parcours professionnel. Je suis concessionnaire, bien sûr, mais je ne viens pas uniquement de la distribution. J’ai commencé dans l’automobile par l’après-vente et les pièces de rechange. J’ai été, au début des années 2000, la première femme cheffe après-vente dans les réseaux Peugeot. Cela me donne une vision large des métiers, qui va de la distribution à la réparation.
Le deuxième atout, c’est mon expérience chez Mobipolis et ma culture du résultat. Dans le contexte actuel, y compris pour une organisation professionnelle, il est essentiel d’optimiser les moyens financiers, de garantir un retour sur investissement aux adhérents et d’assurer une vraie transparence sur l’utilisation des cotisations.
Le troisième, c’est mon parcours au sein du CNPA devenu Mobilians. J’ai commencé dans les échelons territoriaux avant de devenir vice-présidente nationale. Je me suis aussi beaucoup investie dans les sujets de formation et d’emploi, à l’ANFA puis au GNFA, désormais Mobipolis. Tout cela me donne une bonne connaissance de l'organisation, de ses forces, de son écosystème, mais aussi de ses fragilités.
J.A. : Quels sont les points forts de l’organisation et les pistes d’amélioration ?
V.d.P. : Tout ce qui a été accompli durant les trois mandats de Francis Bartholomé est considérable. Mobilians a atteint un niveau de représentativité et de reconnaissance que peu auraient imaginé il y a encore dix ans. Mais il faut accélérer partout et dans tous les domaines.
L’un de ses grands points forts, c’est évidemment le lobbying. Avec 25 métiers, un maillage territorial dense et un écosystème de branche structuré, Mobilians a pris une place centrale dans la filière. Il faut désormais accélérer, en France comme en Europe, et essayer d’être moins dans la réaction et davantage dans l’anticipation. Et être une femme dans un monde très masculin peut représenter un atout pour être plus et mieux écoutée.
Autre atout majeur : les territoires. Ils incarnent la proximité, la réalité du terrain, la remontée des besoins des adhérents. En revanche, ils doivent être mieux animés, mieux informés et probablement mieux dotés en moyens financiers pour pouvoir jouer pleinement leur rôle. Les territoires sont aujourd’hui trop éloignés de ce qui se passe à Meudon (92), au siège de l’organisation.
Il faut aussi accélérer dans l’accompagnement des métiers face aux grandes transformations : digitalisation, décarbonation, innovation, intelligence artificielle. L’organisation doit aider chaque métier à identifier les mutations qui vont l’impacter et l'aider à s’y préparer.
Enfin, Mobilians doit poursuivre sa modernisation. Cela passe par une plus grande attractivité, par des sujets comme la mixité, la diversité, l’inclusion, la RSE ou l’économie circulaire. C’est aussi à cette condition que l’on attirera une nouvelle génération d’élus.
J.A. : Comment Mobilians peut accompagner une filière qui traverse une réelle période de crise ?
V.d.P. : D’abord en s’emparant pleinement des enjeux. Le premier moteur, c'est redonner le pouvoir de décision aux élus. Il faut des élus forts, capables de faire remonter les problématiques du terrain et de porter des positions claires sur les grands sujets qui structurent la filière.
Cela suppose aussi davantage de transversalité entre les métiers, pour parvenir à des positions communes sur les sujets essentiels, notamment au niveau européen. L’Europe pèse aujourd’hui énormément dans les décisions qui concernent nos entreprises. Mobilians doit encore renforcer son action sur ce terrain.
Ensuite, l’organisation doit mettre à disposition des entreprises tous les outils utiles pour traverser cette période : finances, formation, accompagnement, services et solutions opérationnelles. C’est aussi cela, aujourd’hui, le rôle d’une organisation professionnelle.
J.A. : Quelle est la menace la plus immédiate pour les entreprises du secteur ?
V.d.P. : La menace la plus immédiate, c’est la fiscalité. Entre le coût du travail, déjà très lourd en France, et une fiscalité automobile devenue presque punitive, beaucoup d’entreprises voient leur modèle économique mis sous tension. C’est vrai pour des métiers très différents, des auto-écoles aux loueurs, en passant par la distribution. La fiscalité est devenue un frein majeur, et même dans certains cas un facteur d’asphyxie pour les entreprises.
J.A. : À l’inverse, où se situe la principale opportunité ?
V.d.P. : Il y a d’abord une opportunité de calendrier, avec l’élection présidentielle de 2027, qui peut rouvrir une fenêtre d’écoute et permettre de remettre certains sujets au cœur du débat public. Mais il y a aussi une opportunité plus structurelle : celle de faire reconnaître pleinement le poids des services de l’automobile. Aujourd’hui, nous représentons plus de salariés que l’industrie sur certains périmètres, avec en plus des emplois non délocalisables. Il faut que cette réalité soit mieux comprise par les pouvoirs publics.
J.A. : Quelle stratégie Mobilians doit-elle adopter pour peser davantage dans le débat public, notamment à l’approche des élections de 2027 ?
V.d.P. : Il faut évidemment poursuivre le travail de lobbying territorial, national et européen. Mais cela ne suffira pas toujours. Mobilians doit sans doute aussi réfléchir à des actions plus visibles, y compris des actions fortes, à condition qu’elles soient bien pensées et qu’elles permettent d’embarquer les Français avec nous plutôt que de les braquer. La mobilité et l’automobile concernent le quotidien de tous. Si l’on parvient à montrer que certaines décisions vont directement contre les intérêts des usagers, on peut créer un rapport de force différent et gagner en visibilité.
J.A. : Le fonctionnement actuel de Mobilians est-il adapté ?
V.d.P. : Oui et non. L’organisation a de vraies forces, mais elle peut être optimisée. Il faut notamment redonner davantage de pouvoir de décision aux élus et rééquilibrer le fonctionnement entre les élus et les collaborateurs. Nous sommes une organisation professionnelle : les élus doivent pleinement prendre leur place dans les décisions stratégiques. En parallèle, il faut aussi revoir l’organisation interne dans un souci d’efficacité et d’économie.
J.A. : Faut-il renforcer le rôle des territoires ou aller vers une gouvernance plus structurée par branches ?
V.d.P. : Aujourd’hui, la gouvernance de Mobilians repose sur trois instances complémentaires. Le directoire constitue l’organe central de décision, avec les principaux représentants de l’organisation. À ses côtés, deux autres instances jouent un rôle clé : le Conseil des territoires, qui incarne l’ancrage local, et le Conseil de surveillance, davantage orienté métiers. L’enjeu est de faire fonctionner cet équilibre entre territoires et métiers, ce qui n’est pas toujours simple.
Pour y parvenir, il est essentiel de renforcer les liens entre ces deux niveaux. Cela passe notamment par une meilleure communication entre les présidents de métiers et leurs représentants en région. L’objectif est clair : mieux faire circuler l’information, dans les deux sens, entre le national et le terrain.
Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi donner davantage de moyens aux territoires pour animer leur réseau d’adhérents. Aujourd’hui, il devient de plus en plus difficile de mobiliser localement. Pour recréer de l’engagement, il faut à la fois du contenu pertinent… et des conditions d’échange attractives. En résumé, renforcer les territoires suppose à la fois plus de lien, plus de moyens et une meilleure animation, pour recréer de la dynamique au plus près des adhérents.
J.A. : Comment mieux intégrer la diversité des activités de la filière ?
V.d.P. : Il faut créer davantage de passerelles entre les métiers. Cela peut passer par des présences croisées dans certaines instances, mais surtout par une méthode de travail plus collective. Lorsqu’un métier porte une position, celle-ci doit être partagée, discutée, éventuellement retravaillée avec les autres pour qu’elle puisse être comprise et soutenue plus largement. Ce n’est pas simple, car il existe parfois de vraies divergences. Mais c’est précisément le rôle de l’organisation que de créer les conditions du compromis, pour que Mobilians puisse parler d’une voix forte et cohérente.
J.A. : Quelles activités vous semblent les plus fragilisées aujourd’hui ?
V.d.P. : Plusieurs métiers sont aujourd’hui sous forte tension. Je pense notamment aux auto-écoles, très fragilisées par la fin du CPF (Compte personnel de formation) sur certains dispositifs, aux stations-service, confrontées à une transformation profonde de leur modèle, et aux loueurs courte durée, étranglés par la fiscalité et les contraintes liées aux flottes. À plus long terme, d’autres enjeux pèseront aussi sur la réparation, avec les questions d’accès aux données, de réparabilité et d’évolution technologique des véhicules.
J.A. : Quelles seraient vos trois priorités dès le début de votre mandat si vous êtes élue ?
V.d.P. : Ma première priorité serait d’auditer les finances. La deuxième, d’interroger et d’optimiser l’organisation interne, pour améliorer l’efficacité globale de Mobilians. La troisième, de recréer du liant entre les élus, en mettant en place un fonctionnement plus collectif, plus fluide et plus orienté vers la coconstruction. Ce sont des sujets sur lesquels je vais travailler avec mon équipe de campagne qui sera constituée d’ici quelques semaines.
J.A. : Sur quel chantier souhaitez-vous obtenir des résultats visibles rapidement ?
V.d.P. : Sur la capacité de l’organisation à mieux fonctionner avec les mêmes ressources. Le second semestre 2026 devra permettre de prendre pleinement la mesure de l’organisation, d’identifier les leviers financiers et organisationnels, et de préparer le budget 2027 avec un objectif clair : faire mieux, plus vite, avec les mêmes moyens. Je souhaite aussi mettre en place rapidement un fonctionnement collectif plus efficace avec les élus, à travers des instances de travail qui permettent de construire les décisions.
J.A. : Mobilians entre-t-elle dans une phase de consolidation ?
V.d.P. : Oui, probablement. On peut encore gagner des adhérents, notamment parmi les plus petites entreprises, où il existe encore un vrai potentiel de développement. Mais il faut pour cela proposer une offre claire, lisible, avec un vrai retour sur investissement pour l’adhérent.
En parallèle, il est vrai que la concentration de certains acteurs, notamment dans la distribution, exerce une pression mécanique sur les cotisations. Il faut donc anticiper cette évolution et aller chercher de nouveaux relais, en particulier chez les petites structures. À cela peuvent s’ajouter, à l’avenir, des partenariats avec d’autres branches ou d’autres formes d’adhésion. Il n’y a pas de fatalité, mais il y a un vrai changement de logique à intégrer.
J.A. : Faut-il faire évoluer le modèle ?
V.d.P. : Ses missions restent les mêmes : défendre les entreprises, les représenter, les accompagner. En revanche, son modèle doit évoluer. Il doit être modernisé, rendu plus agile, plus efficace et plus clairement tourné vers le service aux adhérents. Cela suppose de clarifier le rôle de chacun, notamment dans la relation entre élus et collaborateurs. Il faut redéfinir le bon équilibre, à tous les niveaux, pour que chacun soit à sa place et que l’organisation gagne en efficience. Avec le départ du délégué général, il y aura nécessairement une réflexion à mener sur l’organisation la plus adaptée aux priorités de demain. C’est un chantier important, qui devra être traité rapidement.
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