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Industrie

Christophe Périllat élu Personnalité Automobile de l’Année 2025

Publié le 4 février 2026

Par Catherine Leroy
6 min de lecture
En élisant Christophe Périllat, directeur général de Valeo, Personnalité Automobile de l’Année, le jury de journalistes spécialisés, réuni par Le Journal de l’Automobile, distingue bien plus qu’un dirigeant : une voix. Celle d’un industriel engagé dans le débat sur le contenu local et la souveraineté de l’industrie automobile européenne, à l’heure de choix politiques décisifs pour la filière.
Christophe Périllat, directeur général de Valeo, a été élu Personnalité Automobile de l’Année 2025 par Le Journal de l'Automobile. ©Valeo
Christophe Périllat, directeur général de Valeo, a été élu Personnalité Automobile de l’Année 2025 par Le Journal de l'Automobile. ©Valeo

L’événement, historiquement connu sous le nom de l’Homme de l’Année, se transforme pour cette nouvelle édition afin de mieux représenter la mixité dans le secteur automobile qui tient à cœur au Journal de l’Automobile.

 

Mais si le nom évolue, la philosophie du prix reste identique : il s’agit toujours d’élire un dirigeant, ou une dirigeante, qui a marqué l’année écoulée. En distinguant Christophe Périllat, directeur général de Valeo, comme Personnalité Automobile de l’Année, le jury composé de journalistes de la presse automobile (*) a fait un choix éminemment politique.

 

Plus qu’un dirigeant, la profession a voulu récompenser une prise de position structurante dans un moment charnière pour l’industrie : la défense d’un contenu local européen minimum face à la montée en puissance de la concurrence chinoise.

 

 

Cette distinction intervient dans un contexte de profondes mutations pour la filière automobile européenne. Depuis plusieurs mois, Christophe Périllat s’est imposé comme l’une des voix les plus audibles du secteur sur ces enjeux, dépassant largement le seul périmètre de Valeo.

 

Dans un secteur automobile européen chahuté par la transition électrique, les incertitudes réglementaires et la pression concurrentielle, l’élection de Christophe Périllat résonne comme un signal : celui d’une profession qui choisit de distinguer une voix autant qu’un dirigeant.

 

Une reconnaissance de la presse automobile

 

Au centre de cette reconnaissance figure le combat mené par Christophe Périllat en faveur d’un seuil minimal de contenu local européen dans les véhicules vendus sur le marché de l’Union. Un sujet désormais pleinement entré dans le débat public et politique. Dans quelques jours, la Commission européenne dévoilera son Industrial Accelerator Act (IAA) qui doit justement définir le seuil de contenu local européen dans les véhicules vendus sur le continent.

 

"Nous sommes arrivés au moment des choix politiques dont les conséquences seront très significatives", indiquait au Journal de l’Automobile le dirigeant de Valeo, conscient que les arbitrages actuels pèseront directement sur l’emploi, l’outil industriel et la souveraineté technologique du continent.

 

Selon lui, l’industrie automobile européenne affiche aujourd’hui un contenu local d’environ 75 %, un niveau déjà inférieur à celui observé dans d’autres grandes zones automobiles. "L’Amérique du Nord se protège avec un contenu local à 75 %, l’industrie indienne à 80 %, tandis que la valeur ajoutée des véhicules vendus en Chine est proche de 100 %", rappelle‑t‑il.

 

L’enjeu est clair : un seuil fixé à 60 % entraînerait mécaniquement des délocalisations, tandis qu’un objectif à 85 % pourrait au contraire provoquer un mouvement de relocalisation industrielle. "La décision qui est devant nous est une décision politique : veut‑on conserver une industrie automobile européenne forte ?", interroge‑t‑il sans détour.

 

Une vision industrielle

 

Pour Christophe Périllat, la question du contenu local ne relève pas d’un protectionnisme défensif, mais d’une stratégie industrielle de long terme. L’électrification et le SDV (software defined vehicle) bouleversent la chaîne de valeur automobile, imposant de lourds investissements à l’heure où les technologies sont encore coûteuses.

 

"Si l’Europe n’est pas la productrice de ces technologies au moment où elles sont un peu plus onéreuses, elle ne le deviendra jamais", prévient‑il. Une conviction résumée par une formule : la voiture européenne a été abordable et elle le redeviendra, y compris avec un contenu européen élevé.

 

Cette ligne de pensée a trouvé un écho à l’échelle communautaire. Relayé par d’autres équipementiers mais aussi les constructeurs eux‑mêmes, tout l’enjeu consiste désormais à déterminer le niveau de ce seuil afin qu’il soit suffisamment protecteur sans pour autant tomber dans le protectionnisme.

 

De nombreuses interrogations restent en suspens sur le sujet, dont bien sûr le seuil minimal (75 % ou moins), le périmètre (les seuls véhicules électriques ou le total des ventes), le secteur géographique (la stricte zone des 27 États membres ou un élargissement aux pays avec un accord commercial spécifique avec l’UE, comme la Turquie ou le Maroc)… Seule certitude : les composants de la batterie feraient l’objet d’un accord particulier et déconnecté du reste de la voiture.

 

Valeo, démonstrateur de la stratégie

 

Si la prise de position est politique, elle s’appuie aussi sur la trajectoire industrielle de Valeo. Malgré un marché européen en recul d’environ 20 % depuis 2017, l’équipementier affiche une progression comparable de son chiffre d’affaires sur le continent. La clé : l’augmentation du contenu par véhicule, portée par l’électrification, les aides à la conduite et le SDV.

 

Le plan stratégique Elevate 2028 présenté fin 2025 illustre cette logique. Après avoir actionné les leviers de la profitabilité puis du cash, Valeo prépare un retour à la croissance à partir de 2027, grâce à un carnet de commandes riche et de plus en plus multimodèle. "Nous nous positionnons comme un intégrateur de solutions pour les constructeurs", explique Christophe Périllat, revendiquant un rôle central dans la complexité croissante des architectures automobiles.

 

Une voix qui dépasse Valeo

 

En élisant Christophe Périllat Personnalité Automobile de l’Année, le jury a ainsi distingué un dirigeant devenu porte‑voix d’une filière entière. Son discours sur le contenu local, la compétitivité et la souveraineté industrielle dépasse désormais le cadre de son groupe pour nourrir les réflexions des pouvoirs publics, des constructeurs et des équipementiers.

 

À l’heure où l’Europe s’interroge sur sa capacité à rester une grande terre automobile, ce choix envoie un message clair : celui d’une profession qui appelle à des règles concrètes, lisibles et efficaces pour préserver sa base industrielle. Un message que Christophe Périllat n’a cessé de marteler et que le jury a choisi de mettre à l’honneur.

 

(*) Le jury de la Personnalité Automobile de l’Année 2025 est composé de : Franck Boittiaux (L’Argus), Florence Lagarde (Autoactu.com), Stéphane Meunier (L’Automobile Magazine), Peter Sigal (Automotive News Europe), Bertrand Gay (AutoStratInternational), Justine Vassogne (BFM Business), Albertina Torsoli (Bloomberg News), Pierre-Olivier Marie (Caradisiac), Nicolas Meunier (Challenges), Laurent Bodin (DNA/L’Alsace), Lionel Steinmann (Les Échos), Érik Bielderman (j’essaye.fr), Jean-Christophe Lefèvre (Flottes Automobiles), Sylvain Reisser (Le Figaro), Rémi Le Bailly (Investir), la rédaction du Journal de l’Automobile, Sophie Fay (Le Monde), Raphaëlle Baut (Numerama), Jean-Rémy Macchia (Ouest France), Matthieu Pelloli (Le Parisien), Lionel Robert (Paris Match), Yves Maroselli (Le Point), Benoît Alves (La Revue automobile), Jean-Luc Roy (RMC) et Antoine Vermeersch (L’Usine Nouvelle).

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