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Industrie

Jean-Patrick Teyssaire : "Le congrès Electric Road n’est pas une fête béate sur le véhicule électrique"

Publié le 30 septembre 2021

Par Catherine Leroy
4 min de lecture
Président d'honneur du congrès Electric Road, Jean-Patrick Teyssaire n'a pas pour habitude de prendre des gants, y compris lorsqu'il vante le véhicule électrique comme la moins mauvaise des solutions pour répondre à l'urgence climatique. A quelques jours de la manifestation, ce dernier présente les axes de réflexion qui seront débattus du 18 au 20 octobre 2021 à Bordeaux (33).
Jean-Patrick Teyssaire, président d'honneur du congrès Electric Road.
Jean-Patrick Teyssaire, président d'honneur du congrès Electric Road.

Journal de l’Automobile : Quel rôle voulez-vous donner au congrès Electric Road qui se tient du 18 au 20 octobre 2021 à Bordeaux ?

Jean-Patrick Teyssaire : Dans le domaine de la voiture électrique, chaque année est une année charnière. Et 2021 est une année cruciale car pour la première fois une évolution industrielle va suivre une décision politique. Cette décision de basculer vers le tout électrique est une injonction européenne. Mais la mutation est tellement importante que le congrès représente un rendez-vous indispensable pour le secteur automobile.

 

J.A. : La voiture électrique n’est plus simplement un objet lointain comme en 2013, lors de la première édition d’Electric Road. Son avènement est-il plus évident ou facile aujourd’hui ?

J.-P. T. : En 2013, nous avions de l’avance. A la création d’Electric Road, notre thématique portait bien sur la route électrique et non la voiture électrique uniquement. Electric Road se doit d’être visionnaire pour permettre au monde la finance, de l’économique d’intervenir sur ce sujet. Je ne connais pas un secteur de cette filière qui ne se pose pas de questions, qui n’a pas de doute. Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, a raison de dire que le problème vient d’une approche qui n’est pas à 360 °, qui ne vise que les constructeurs automobiles et qui ne prend pas en compte toutes les composantes de cette transformation.

 

J.A. : Quel regard portez-vous sur la main mise des politiques sur le choix des technologies de motorisations à horizon 2035 ?

J-P. T. : Il faut bien comprendre que nous sommes au pied du mur d’un point de vue climatique et les transports représentent, en tout cas en France, 31 % des émissions de CO2. Nous devons donc changer le mode des transports car nous sommes sur une voie sans issue. Alors bien sûr, on peut critiquer la mobilité électrique, dire que ce n’est pas la bonne solution. Mais une chose est certaine, aujourd’hui c’est la moins mauvaise. Le chemin vers le véhicule électrique est semé d’embûches. Et on le voit bien notamment avec le déploiement des bornes de recharge dont le nombre de 100 000 unités est désormais repoussé à fin 2022. Les constructeurs ont fait le job, ils ont franchi cette première étape et pour eux le problème de l’autonomie est réglé. Reste aux infrastructures de charge à faire de même.  Je crois à la mobilité électrique mais c’est une immense montagne à gravir. Travaillons, réfléchissons… Nous y arriverons, nous y serons obligés ! En revanche, je ne comprends pas toujours la position des politiques de Bruxelles, qui imposent la solution en Europe. Le problème climatique ne concerne pas que l’Europe. Quid de la Chine, de l’Inde, de la Russie, des USA ? Il va quand même falloir un jour être logique. Si la seule explication repose sur notre volonté d’être exemplaire, alors nous nous tirons une balle dans chaque pied.

 

J.A. : Mais pourquoi ne parle-t-on pas du véritable bilan environnemental de la batterie électrique ?

J-P. T. : Mais en même temps on parle peu du désastre causé par le pétrole. Aujourd’hui, nous sommes pris au piège d’un système énergétique à bout de souffle.  Et on le voit bien avec la flambée du prix du gaz et du pétrole. Or, l’abandon du pétrole est une solution pour la balance commerciale, pour régler également les problèmes de terrorisme et de guerre. Si nous parvenons à développer une énergie locale, nous réglerons une infinité de problèmes.

 

J.A. : Le consommateur est-il socialement prêt à abandonner son véhicule thermique pour passer à l’électrique alors que pour l’instant ce dernier affiche des tarifs plus élevés ?

J-P. T. : C’est vrai même si cet écart doit se réduire au fur et à mesure des nouvelles générations de batteries. Tesla a permis de rendre la voiture électrique sérieuse, jolie, moderne mais il reste des espaces vacants sur ce marché. Par exemple, les véhicules de livraison ne sont pas réellement disponibles. Les constructeurs continuent de proposer des véhicules magnifiques, hyper équipés mais le petit cordonnier s’en moque, lui. Il a besoin d'un véritable outil de travail. On le voit bien, il reste des espaces vides à combler. Tous ces sujets seront notamment évoqués lors du congrès Electric-Road.

 

Electric-Road, le forum expert de la mutation des mobilités : du 18 au 20 octobre 2021 au parc des expositions de Bordeaux (33).

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