Droits de douane : les réactions d'une industrie automobile mondiale sonnée
Le pavé dans la mare lancé par Donald Trump le 26 mars 2025 provoque de nombreux remous en Europe et dans le monde. Depuis le 3 avril 2025, les voitures importées aux États-Unis sont désormais imposées de 25 % de droits de douane — auxquels s’ajoute la taxe générique de 2,5 %. Un pourcentage particulièrement élevé qui devrait aussi concerner les pièces détachées à partir du 3 mai 2025.
Cette imposition salée entre en vigueur dans un contexte particulier, le "Jour de la Libération", où le président américain a dressé dans la nuit du 2 au 3 avril une liste de pays qui seront impactés par une forte hausse des droits de douane. Parmi ces derniers, l’Union européenne est impactée de 20 %, le Japon de 24 %, la Corée du Sud de 25 % et le Royaume-Uni de 10 % sur leurs marchandises. Il est important de préciser que ces taxes ne s'ajoutent pas aux 27,5 % qui touchent particulièrement l’automobile.
L’entrée en vigueur a eu un écho d’envergure mondiale, ayant suscité de vives réactions sur tous les continents. L’Union européenne assure de son côté être "prête à réagir" et prépare "un paquet de contre-mesures", selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, affirmant qu’il s’agit d’un coup dur pour l’économie mondiale. Le Japon, quant à lui, s’offusque : "Nous nous inquiétons sérieusement vis-à-vis des règles de l’OMC et de l’accord commercial entre nos deux pays" a lancé en conférence de presse Yoshimasa Hayashi, porte-parole du gouvernement nippon.
Si elle n’exporte pas de voiture aux États-Unis, la Chine fournit des pièces à l’industrie automobile américaine. Elle réagit aussi négativement aux mesures du président américain. "L'industrie mondiale de l'automobile est grandement dépendante de la production et des chaînes d'approvisionnement transnationales", rappelle He Yadong, un porte-parole du ministère du Commerce chinois relayé par l'AFP. Ce dernier critique d’ailleurs "l'unilatéralisme, le protectionnisme et le caractère d'intimidation des mesures des États-Unis".
Un coup dur pour l’industrie automobile allemande
Côté industriel, la déflagration des droits de douane ne touche pas de manière égale les constructeurs. À commencer par le Vieux Continent, où les constructeurs français sont relativement épargnés. Et pour cause, Renault ne vend aucune voiture aux USA. Stellantis, de son côté, est impacté notamment pour la marque Jeep, mais aussi Dodge et Ram dont la production se localise essentiellement au Canada et au Mexique.
En revanche, outre-Rhin, la situation est bien plus complexe. Sur près de 800 000 véhicules exportés et fabriqués en Europe, la moitié d’entre eux sont allemands. En particulier Volkswagen, qui a envoyé vers les États-Unis 160 000 véhicules en 2024. En réaction aux mesures de Donald Trump, le groupe de Wolfsburg a ainsi décidé le 2 avril que des frais d’importation s'ajouteront à ses voitures expédiées outre-Atlantique et que le transport des véhicules depuis le Mexique et l’Europe était temporairement stoppé.
Face aux risques d’une augmentation des prix des véhicules allemands impliquant un potentiel affaiblissement de la demande, la fédération de l’industrie allemande (VDA) s’alarme. "L'UE est maintenant appelée à agir de manière unie et avec la force nécessaire, tout en continuant à signaler sa volonté de négocier", a indiqué dans un communiqué la VDA. Pour le pays, les États-Unis représentent le premier marché d'exportation, avec 13,1 % de véhicules exportés outre-Atlantique, souligne l’AFP.
Aux États-Unis, les consommateurs vont subir "une inflation croissante et une réduction de la gamme de produits" du fait de ce protectionnisme qui va aussi "réduire la pression sur les entreprises américaines en matière d'innovation et affaiblir leur compétitivité", assure la VDA. Pour l'industrie automobile mondiale, les nouvelles mesures représentent "une charge et un défi considérables qui affectent également l'emploi", ajoute l'association. "Ce n’est pas l’Amérique d’abord, c’est l’Amérique seule", ironise Hildegard Mueller, présidente de la VDA, à nos confrères d’Automotive News.
Hausser le prix des véhicules et relocaliser les usines
Comme Volkswagen, certains constructeurs ont opté pour une hausse du prix de leurs véhicules, à l’image de Ferrari, les premiers à dégainer sur la question. Ainsi, les modèles les plus vendus du cheval cabré dans le pays de l’Oncle Sam verront leur prix augmenter de 10 %. Mais la réaction la plus répandue actuellement revient à augmenter la production sur le sol étasunien. Car la grande majorité des constructeurs produisent une partie des véhicules destinés aux États-Unis, au Canada ou au Mexique. Pour rappel, ces deux pays ne sont certes pas touchés par les "droits de douane réciproques" mais n'échappent pas à la taxe de 25 % sur les importations automobiles. Une mesure qui impacte les géants automobiles américains, GM, Ford et Stellantis qui militent pour un allègement des droits de douane pour les véhicules importés depuis le Mexique et le Canada.
Ainsi, Stellantis a annoncé, le 3 avril 2025, fermer son usine d’assemblage de Chrysler située à Windsor dans l’Ontario, au Canada, pour une durée de deux semaines, et a anticipé en janvier 2025, en annonçant un investissement de cinq milliards d’euros dans les usines américaines du groupe. "Les mesures immédiates que nous devons prendre comprennent l'arrêt temporaire de la production dans certaines de nos usines d'assemblage canadiennes et mexicaines, ce qui aura une incidence sur plusieurs de nos installations américaines de production de moteurs et d'emboutissage qui soutiennent ces opérations", affirme le groupe dans un communiqué.
Volvo Cars, filiale du groupe chinois Geely, annonce de son côté augmenter sa production de véhicules outre-Atlantique. "Nous allons devoir augmenter le nombre de voitures que nous fabriquons aux États-Unis, et certainement transférer un autre modèle dans cette usine", a dit Håkan Samuelsson à Bloomberg. La marque suédoise possède dans son usine près de Ridgeville en Caroline du Sud ses modèles électriques EX90 et Polestar 3 et va "devoir regarder attentivement" les modèles ajoutés à ses lignes de production, a-t-il ajouté au journal économique. La marque coréenne Hyundai, qui exporte sans doute le plus à destination des États-Unis, a aussi annoncé fin mars 2025 investir 21 milliards de dollars pour améliorer la logistique par le biais d’une nouvelle usine de composants en Louisiane.
N’oublions pas les équipementiers
"Le séisme vient plutôt du fait que les taxes concernent aussi le Canada et le Mexique. Contrairement à ce que nous pouvions imaginer il y a des années, la zone de libre-échange nord-américaine ALENA a explosé. Elle avait commencé à se fissurer sous Trump 1, et ne s’est pas complètement rétablie sous Biden. Dorénavant cette zone de libre a cessé de l’être, explique Bernard Jullien. Cela a un impact pour les constructeurs, mais il ne faut pas pour autant oublier les équipementiers comme Valeo ou Forvia, qui ont des usines au Canada et au Mexique.
"Certains d’entre eux produisent des pièces volumineuses, comme des boucliers ou des sièges. Ils sont liés aux stratégies de localisation des constructeurs et sont obligés de se placer proche des usines", soulève Bernard Jullien. "Si les constructeurs bougent leur fabrication, cela provoquera des actifs morts. Valeo, qui avait choisi de placer son usine au Mexique pour injecter ses pièces sur les chaînes d’assemblage américaines, est dorénavant handicapé par cette nouvelle mesure douanière", alarme Bernard Jullien. Il n’y a donc pas le choix, les constructeurs et les équipementiers vont devoir subir avant de potentiellement trouver la bonne solution.
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