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Industrie

Crise en mer Rouge : l'automobile mieux préparée aux problèmes d'approvisionnement

Publié le 9 février 2024

Par Nabil Bourassi
3 min de lecture
Alors que les rebelles Houthis terrorisent le trafic maritime sur ce passage stratégique du commerce mondial, les constructeurs automobiles ont appris à mieux gérer les risques sur la chaîne d'approvisionnement. Non sans impacts sur le coût final.
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Le trafic maritime est lourdement impacté par la crise en mer Rouge où les rebelles Houthis multiplient les attaques contre des bateaux occidentaux. ©AdobeStock-Yellow Boat

La situation sur la mer Rouge est toujours aussi critique… En janvier 2024, le trafic maritime dans ce bras de mer qui conduit au canal de Suez et permet de relier l’Océan indien à la mer Méditerranée, a baissé d’un tiers d’après le Fonds monétaire international. Cette diminution a même frôlé les 40 % d’après le FMI au plus haut de la crise avec les Houthis, c’est-à-dire sur la première quinzaine du mois de janvier.

 

Le transport maritime lourdement impacté par cette crise

 

Le géant du transport maritime, le danois Maersk, vient d'ailleurs de publier des résultats lourdement impactés par cette crise, puisque ses profits ont baissé de 87 % au cours du dernier trimestre, notamment en raison de la baisse du trafic en mer Rouge.

 

Depuis le 19 novembre 2023, les rebelles Houthis qui contrôlent une partie du Yémen ont multiplié les attaques contre des navires commerciaux circulant dans cette zone, notamment autour du golfe d’Aden. C’est près de 12 % du commerce mondial qui transite par cette zone. Les rebelles Houthis, armés et financés par l’Iran, disent agir en solidarité avec la Palestine, en guerre avec Israël depuis le 7 octobre.

 

De nombreux transporteurs ont décidé d’éviter cette zone et donc de passer par le cap de Bonne-Espérance, au sud du continent africain. Cet immense détour se traduit par un rallongement considérable des délais de livraisons compris entre dix et vingt jours. Il se traduit mécaniquement par une hausse du coût du transport. En janvier, le coût des conteneurs a été multiplié par deux… C’est moins que lors de la crise sanitaire lorsque le prix avait augmenté de 650 %, mais cela reste un coût à impacter.

 

Un surcoût conséquent pour les industriels

 

Pour l’industrie automobile, le problème va plus loin que le surcoût du transport, estimé autour de 400 euros par voiture selon certaines sources. Cela représente près d'un tiers du montant du transport hors droits de douanes, si l'on en croit Julien Robert, directeur commerce de MG Motors France.

 

A lire aussi: Tesla et Volvo bloqués par la crise en mer Rouge

 

En fonction des marques, le rallongement des délais peut complètement gripper la chaîne d’approvisionnement et interrompre les lignes de production. C’est le cas de l’usine Tesla de Berlin qui a suspendu sa production entre le 29 janvier et le 11 février. L’usine Volvo de Gand est également contrainte de débrayer. La marque suédoise, filiale du chinois Geely, accuse une rupture de stocks de boite de vitesse.

 

Une gestion des stocks moins rigide...

 

Mais l’ensemble du secteur a appris à gérer différemment ses stocks depuis la crise des semi-conducteurs, mais également les troubles qui ont suivi le déclenchement de la guerre en Ukraine et avaient interrompu de nombreux flux d’approvisionnements. Les constructeurs automobiles ont ainsi desserré la vis sur les flux tendus en matière de gestion des stocks (le fameux zéro stock), ce qui permet d’ajuster plus facilement la production. Le stock coûte plus cher, surtout dans un contexte de hausse des taux d’intérêt, mais suspendre une usine est encore plus onéreux.

 

Les constructeurs ont également réduit leurs achats, quand ils le pouvaient, en dehors des zones euro pour réduire le risque géopolitique. Car réduire à zéro les importations nécessitant de passer par le golfe d’Aden est impossible… Que ce soit les matières premières ou les batteries électriques, l’Europe reste dépendante du reste du monde. Et en matière de chaîne d’approvisionnement, il suffit d’une pièce pour stopper toute la production.

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