Bioéthanol : à 20 ans, l'E85 confirme sa place malgré le ralentissement des conversions

À l’occasion de sa conférence de presse annuelle, la Collective du bioéthanol a présenté, mardi 3 février 2026, le bilan de l’année 2025. La filière célèbre les 20 ans du Superéthanol-E85. En 2025, la consommation de bioéthanol dans les essences progresse de 15 %, pour atteindre plus de 19 millions d’hectolitres consommés en France.
Cette progression s'explique par deux facteurs. D’abord, la hausse de la consommation globale d’essence, en augmentation de 5,6 % par rapport à 2024. Ensuite, la maximisation du taux d’incorporation d’éthanol dans les carburants. Le Superéthanol-E85 représente désormais 33 % de l’éthanol consommé dans les essences en France.
En 2025, près de 900 millions de litres de Superéthanol-E85 ont été distribués en France, soit environ 860 000 m³. Le carburant concentre désormais une part croissante des volumes d'éthanol consommés dans les essences. "On reste sur des niveaux très élevés. L’année 2022 avait marqué un pic historique pour le Superéthanol-E85 et, depuis, la consommation s’est stabilisée à un plateau haut, malgré un contexte de marché moins favorable", souligne Sylvain Demoures, secrétaire général de Bioéthanol France.
Vingt ans d’un carburant du pouvoir d’achat
Depuis 2006, le Superéthanol-E85 s’est imposé comme le carburant le moins cher du marché. En 2025, son prix moyen à la pompe s’établit à 0,73 euro le litre, contre 1,69 euro pour le SP95-E10, soit près d’un euro d’écart. Pour un automobiliste parcourant 13 000 km par an, l’économie atteint 705 euros, malgré une surconsommation estimée à 20 %. Pour 20 000 km, le gain monte à 1 137 euros.
Depuis vingt ans, 418 000 automobilistes sont passés au Superéthanol-E85. Le parc se compose majoritairement de véhicules équipés d’un boîtier homologué (259 000 unités, soit 62 %), tandis que les véhicules flex-E85 d’origine représentent 159 000 unités, soit 38 % du total.
La distribution poursuit sa progression. Fin 2025, 4 023 stations-service proposaient de l’E85, soit 42 % des stations françaises. "93 % des automobilistes résident à moins de 10 km d’une station équipée. Le réseau est désormais largement déployé. Le frein est davantage informationnel que géographique", précise le collectif.
Conversions : une dynamique moins soutenue
Comme les années précédentes, la croissance de la consommation ne s'accompagne pas d'une hausse équivalente des conversions. Fin 2025, le parc roulant E85 atteignait 418 000 véhicules, contre environ 400 000 un an plus tôt. La progression se poursuit, mais à un rythme plus modéré.
Les véhicules flex-E85 d’origine restent concentrés sur un nombre limité de modèles. En 2025, 11 300 Ford Kuga Flexifuel E85 ont été immatriculés, soit près de 2 000 de plus qu’en 2024. Ford demeure aujourd’hui le principal constructeur à proposer un modèle flex-E85 d’origine en France.
Ce positionnement intervient alors que le constructeur avait, ces derniers mois, affiché une stratégie clairement orientée vers le tout électrique, laissant entendre un retrait progressif de l’E85. Une trajectoire aujourd’hui réévaluée. Contacté par la rédaction, Fabrice Devanlay, directeur commercial de Ford France, indique : "Notre stratégie ne change pas, nous gardons l’E85 comme une solution de transition vers l’électrique."
Notoriété élevée, usages encore limités
La notoriété du Superéthanol-E85 progresse, mais ne se traduit pas encore systématiquement en usage. Selon l’enquête Ifop présentée par la Collective, 76 % des Français déclarent connaître le carburant, dont 12 % indiquent l’avoir déjà utilisé. 58 % le considèrent comme une alternative crédible aux carburants fossiles, aux côtés du véhicule électrique.
L’étude Ifop réalisée début janvier auprès de 1 000 personnes et présentée lors de la conférence met toutefois en lumière les freins persistants à l’adoption du Superéthanol-E85. 30 % des Français interrogés citent le manque d’information comme principal obstacle. 36 % estiment qu’il faut davantage de véhicules compatibles, tandis que 25 % attendent des garanties techniques claires sur la compatibilité moteur.
Pour Alexis Landrieu, dirigeant de Biomotors, l’enjeu est avant tout pédagogique : "Il faut continuer à expliquer et à rassurer. Beaucoup d’automobilistes hésitent encore par manque d’informations claires sur la compatibilité des moteurs, sur la fiabilité des boîtiers et sur les garanties associées."
Un constat partagé par Jérôme Loubert, responsable du développement Europe de FlexFuel Energy Development : "Quand un automobiliste a franchi le pas, il est généralement convaincu. Aujourd’hui, 67 % des clients qui ont adopté un boîtier reconvertissent leur véhicule suivant, ce qui montre que l’E85 répond à un usage durable."
En 2025, le bioéthanol consommé en France a permis de remplacer l’équivalent d’un million de tonnes de pétrole et d’éviter 2,7 millions de tonnes de CO₂ par rapport aux carburants fossiles, soit l’équivalent des émissions annuelles de près de 1,4 million de voitures.
"Sur l’ensemble du cycle de vie, le bioéthanol produit en Europe permet aujourd'hui une réduction moyenne des émissions de gaz à effet de serre comprise entre 70 et 80 % par rapport à l’essence fossile", précise Vincent Guillot, directeur environnement de la CGB.
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