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Distribution

L’automobile d’occasion : un facteur d’accélération de l’inflation ?

Publié le 8 novembre 2021

Par Gredy Raffin
4 min de lecture
L’augmentation très nette des prix de transactions des véhicules d'occasion va jouer un rôle durable sur le phénomène d'inflation. Un risque sur lequel Emmanuel Labi, le directeur général de la société Autobiz, veut attirer l'attention, chiffres à l'appui.
Emmanuel Labi, directeur général d'Autobiz (©Mélanie Robin)
Emmanuel Labi, directeur général d'Autobiz (©Mélanie Robin)

Si l’on a beaucoup entendu parler ces derniers temps de la flambée des prix de l’occasion aux Etats-Unis et en Europe, on s’est peu intéressé à son impact sur l’inflation. Or il existe bien un lien de cause à effet entre la montée des prix des véhicules d’occasion et l’augmentation du coût de la vie. Un phénomène qui devient visible en France et qui ne semble pas prêt de s’arrêter...

 

Selon l’Insee, la hausse des prix à la consommation s’est fortement accélérée au mois de septembre 2021 à +2,1 % sur un an, contre +1, 9 % en août et même +1,2 % en juillet. Or, depuis dix ans, ce phénomène avait pour ainsi dire presque disparu. Toujours selon l’Insee, de 2002 à 2021, l’inflation n’a dépassé le seuil des 2 % en moyenne sur une année qu’à quatre reprises (en 2003, en 2004, en 2008 et en 2011). Les causes de ces phases de hausse de prix étaient à chaque fois connues, lisibles et extérieures : variations des conditions climatiques impactant les produits alimentaires frais par exemple en 2003 et 2004 ou déstabilisation de l’environnement géopolitique pour ce qui concerne les produits pétroliers en 2008 et en 2011.

La hausse des prix des véhicules d’occasion devient un facteur majeur de l’inflation…

 

Bien qu’ils ne soient pas mesurés en tant que tel par l’Insee, les prix des VO sont un facteur réel et palpable d’augmentation du coût de la vie. Et c’est bien le caractère endogène de ce facteur d’inflation qui doit retenir notre attention. Alors que traditionnellement, les VO perdent de leur valeur mois après mois (de -50 à -200 euros chaque mois, pour un même véhicule – même modèle, même kilométrage et même âge), cette tendance tend à se freiner, voire à s’inverser. Sur le seul mois de septembre 2021, nous avons ainsi pu constater que les véhicules d’occasion ont gagné en moyenne 39 euros.

 

Lire aussi : Les ventes de véhicules d'occasion chutent de 13,3 % en octobre 2021

 

Certes, les véhicules d’occasion qui arrivent sur le marché sont plus coûteux car en moyenne mieux équipés et plus grands. Mais en septembre 2021, le prix moyen d’un un véhicule d’occasion présenté à la vente sur Internet était, tout de même, en moyenne 1 300 euros supérieur à celui de janvier 2019. Un gap considérable !

 

… Et ce phénomène ne semble pas prêt de s’arrêter !

 

Si cette appétence pour l’occasion s’est confirmée ces dernières années, cette tendance s’est accélérée à travers la crise Covid-19. En 2020, le marché du véhicule d’occasion s’est ainsi révélé beaucoup plus résilient à la crise que celui du véhicule neuf : le premier a connu un recul de ventes de -3,5 % contre -25,5 % chez le second.

 

Un phénomène qui se prolonge en 2021 avec une hausse de +12 % sur les premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2020 et même +6% par rapport à 2019, année non marquée par la crise sanitaire. Sur la même période, empêchées par la crise des semi-conducteurs, les immatriculations de véhicules neufs vendus aux particuliers sont en baisse de près de -3% par rapport à 2020, année pourtant frappée de plein fouet par le Covid19.

 

Ces chutes des ventes de véhicules neufs sont aussi synonymes d’une ratification future de l’offre VO que ce soit via la location courte durée (revenant 12 à 24 mois après leur immatriculation sur le marché), le leasing (36 à 60 mois) ou via la reprise entre particuliers (entre 60 et 96 mois). Quand on sait que la pénurie de semi-conducteurs pourrait se prolonger jusqu’en 2023, on peut, sans prendre trop de risques, envisager que le phénomène de manque d’offre VO continuera au moins 24 si ce n’est 36 mois de plus. Face à une demande toujours croissante, on peut donc anticiper que cette crise de l’offre ne pourra pas entrainer une baisse des prix de l’occasion à leurs niveaux d’avant crise avant au moins l’année 2024.

 

Lire aussi : Léger regain de stock VO chez les professionnels

 

Un autre détail d'importance doit être considéré : 81% des ménages possèdent au moins une voiture et 35 % d’entre eux en détiennent au moins deux (toujours selon l’Insee, en 2021), ce phénomène de hausse des prix pourrait donc s’installer durablement comme un catalyseur d’une inflation plus soutenue sur les deux à trois années à venir.

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