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Distribution

Doit-on craindre la suppression de la clause de localisation ?

Publié le 14 octobre 2005

Par Tanguy Merrien
4 min de lecture
Depuis le 1er octobre, la clause de localisation est officiellement supprimée. Si les constructeurs la considèrent inoffensive, certains distributeurs, notamment les plus petits, craignent de voir débarquer des agresseurs européens. Témoignages. Le 1er octobre 2002, l'Europe...
Depuis le 1er octobre, la clause de localisation est officiellement supprimée. Si les constructeurs la considèrent inoffensive, certains distributeurs, notamment les plus petits, craignent de voir débarquer des agresseurs européens. Témoignages. Le 1er octobre 2002, l'Europe...

...de la distribution automobile entrait dans une nouvelle étape de son histoire. Le règlement européen 1400/2002 entrait alors en vigueur. Celui-ci mettait en œuvre une réforme visant à libéraliser la vente et la réparation automobile afin, en définitive, de réduire les écarts de prix en Europe. L'une des dispositions clefs de cette réforme est sans conteste la suppression de l'exclusivité territoriale accordée aux concessionnaires. Toutefois, cette initiative provoqua une telle levée de boucliers au sein de la profession que Bruxelles accorda le maintien d'une clause de localisation jusqu'au 1er octobre 2005. Celle-ci est donc aujourd'hui supprimée. Coup d'épée dans l'eau ou réelle menace ? Les avis sont partagés quant aux conséquences à venir de la suppression de la clause.

Davantage un risque qu'une opportunité

Pour Bruxelles, cela ne fait aucun doute, ce changement va permettre aux concessionnaires de se livrer une concurrence plus ouverte, encourager de nouvelles formes de distribution et provoquer ainsi une baisse des prix. Les constructeurs, quant à eux, longtemps réfractaires à l'abolition de cette clause, ne s'en inquiètent plus. La plupart d'entre eux, rencontrés lors du dernier Salon de Francfort, se rejoignent tous pour dire qu'il n'y aura pas de changements majeurs. Ainsi, Marie-Christine Caubet, directrice commerciale de Renault Europe rappelait : "Renault s'est préparé à cette échéance avec la mise en place des critères de sélectivité et ceci a renforcé le réseau. En outre, cela coûterait très cher à un investisseur de s'implanter dans tel ou tel secteur géographique." Pour Frédéric Saint Geours, directeur général de Peugeot, "aucun bouleversement n'aura lieu. En outre, les marges et les prix ont été harmonisés pour unifier tous nos distributeurs européens." D'autres avouent qu'il existera "certainement quelques initiatives mais que celles-ci resteront isolées".

Un différentiel de prix fort entre pays

De leurs côtés, les distributeurs avouent ne pas craindre, dans l'immédiat, la suppression de cette clause. Toutefois, confrontés à la réalité du terrain, nos distributeurs français se posent tout de même quelques questions. A commencer par la différence des prix hors taxes entre pays. "Pour se délocaliser, il convient d'y trouver un avantage compétitif, comme un différentiel de prix fort entre pays. Or, ce différentiel de prix des voitures est attractif pour s'implanter en France lorsque l'on distribue Renault à l'étranger", estime Denis Daumont, important distributeur de la marque en région parisienne.
A l'inverse, la plupart des distributeurs interrogés reconnaissent ne pas avoir l'intention d'en profiter pour tenter des expériences à l'étranger. "Je ne suis pas un cobaye", ironise Denis Daumont. Quand à Alain Manuel, distributeur Renault dans l'Isère, "la situation est déjà assez complexe en France. Ce n'est qu'une niche qui ne durera pas suffisamment longtemps pour offrir une rentabilité durable." C'est également un "non" ferme et définitif pour les groupes Bernier et Lamé, respectivement distributeurs Peugeot et BMW à Paris et en Bretagne. Cependant, certains, comme Jean-Louis Guilmaut (Renault à Laval), y voient peut-être "l'occasion de se développer sur le territoire national". Marc Faurie (distributeur Renault en Corrèze), quant à lui, se posera la question "s'il est agressé sur son propre territoire".

Les petits distributeurs les plus menacés

Enfin Henri Rousseau "a engagé une réflexion à ce sujet." En réalité, la majorité d'entre eux craignent davantage l'arrivée de nouveaux acteurs. Le droit d'essaimage est plus un risque qu'une opportunité. A l'instar d'Alain Manuel, qui estime que "ceux-ci arriveront par le rachat de groupes existants". "Des financiers tels que 3i, voire des groupes internationaux comme Inchcape, commencent déjà à s'intéresser à notre secteur d'activité", précise Jean-Louis Guilmaut. Même si pour Alain Manuel, le marché français "est déjà concurrentiel et reste un marché difficile, pauvre en marge, avec des coûts fixes immobiliers et salariaux qui relèvent le ticket d'entrée."
Tous ces grands distributeurs nationaux craignent que leurs équivalents européens viennent chasser sur leurs terres. Les grands groupes multimarques profiteraient notamment de la situation pour implanter des points de vente au sein de concessions déjà existantes affaiblissant les affaires en place, notamment les plus petits. Une sorte de Cheval de Troie. Jean-Marc Laferrière (distributeur Nissan à Rennes) ne voit d'ailleurs "guère d'avenir pour les petits distributeurs. Les réseaux vont s'uniformiser aux profits des gros investisseurs favorisant ainsi une déréglementation." Le distributeur breton demande "aux constructeurs d'être vigilants quant à la vie de leurs réseaux et d'anticiper tout changement de concessionnaire".


 Tanguy Merrien

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