Stellantis tente d’apaiser les tensions sur le télétravail

Stellantis éteint le départ de feu. Après une étude publiée le 18 mars 2026 par le syndicat du constructeur sur l’opposition des salariés concernant le recul du télétravail au sein du groupe, le groupe a tenu à rassurer. Dans une information fournie aux journalistes, Stellantis France assure que "toute augmentation du temps de présence sur site des salariés dans l’Hexagone se fera par la concertation et le dialogue social". Le groupe assure également que des discussions viennent d’être ouvertes avec les partenaires sociaux et ajoute que les évolutions se feront par voie d’accords.
Le constructeur indique que, s’il s’agit d’une décision prise à l’échelle globale, "sa mise en œuvre est locale". Cela sous-entend que le groupe compte tenir compte des spécificités de chaque pays et de chaque site concerné. "Les discussions visent à définir, avec pragmatisme et flexibilité les conditions du télétravail", précise le groupe.
Un recul du télétravail qui a inquiété
Pour rappel, Stellantis comptait parmi les pionniers du télétravail, dès 2014. Un second accord a ensuite permis de généraliser le dispositif durant la période de la pandémie. Mais le constructeur, qui traverse des turbulences, a récemment lancé son plan européen "Back together, we win". Ce projet vise à faire revenir les employés sur site avec le passage d’un jour et demi à trois jours de présentiel par semaine. Une démarche perçue par les salariés comme un retour intégral sur site, de manière progressive.
Le syndicat du constructeur, la CFE-CGC, a donc pris la température en publiant les résultats d’un sondage réunissant près de 5 500 salariés du tertiaire (soit un taux de participation de 65 %) sur les différents sites du groupe dans l’Hexagone le 18 mars 2026. Lorsque la question d’un retour à 100 % en présentiel est évoquée, l’enquête syndicale a recueilli 95 % de réponses négatives.
De nombreux salariés, au travers de cette étude réalisée du 16 février au 4 mars 2026, pointent du doigt une potentielle dégradation des conditions de travail en cas de retour sur site. Les collaborateurs s’inquiètent notamment de l’équilibre entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle. D’autant que, pour 90 % des interrogés, il n’y a pas eu d’amélioration des conditions de travail depuis le passage aux deux jours de présence imposés.
Une réponse satisfaisante selon le syndicat
"La réponse de Stellantis est en réaction au fonctionnement que nous avons eu jusqu’à présent et à notre étude, et c’est plutôt bien. Cela veut dire que nous avons été entendus et qu’ils ont écouté les salariés", se satisfait Laurent Oechsel, délégué central du syndicat majoritaire de Stellantis. La CFE-CGC précise qu’elle a communiqué sur l’ensemble des établissements les résultats du sondage, "ce qui a permis de mettre en mouvement les RH centraux".
Le responsable syndical a également envoyé un courrier à destination du directeur des ressources humaines France du groupe dans l’objectif de mettre le sujet sur la table des négociations. Laurent Oechsel reprochait avant tout l’approche "dogmatique" du retour en présentiel, ajoutant qu’il aurait été plus juste de "trouver des réglages suivant les métiers et les organisations, tout en redonnant la responsabilité aux managers, qui doivent être les seuls garants".
Le délégué central attend que les syndicats soient concertés pour discuter de l’écriture des nouveaux contours de la règle, en se basant sur l’accord existant de 2019, "qui est plutôt bien écrit", précise-t-il. En accord avec l’entreprise, il souhaite un accord sur le télétravail qui touche tout Stellantis, en tenant compte des spécificités locales.
Peu d’informations sur la nouvelle mesure avant l’étude de la CFE-CGC
Le syndicat assure qu’avant son étude, il n’y avait pas eu de concertation, à l’exception d’une information en CSE central qui présentait la motivation de faire revenir les salariés. "L’entreprise expliquait qu'il était préférable de revenir sur site pour une meilleure cohésion sociale. Une motivation étonnante dans la mesure où on nous avait dit le contraire à une époque", précise Laurent Oechsel. Dans l’Hexagone, 8 500 salariés ont reçu un mail le 9 février 2026 sur ce changement à trois jours par semaine à partir du milieu de l'année 2026, précise l’agence de presse Reuters.
Pour le délégué central de la CFE-CGC, la manière dont le groupe avait annoncé sa volonté de reculer sur le télétravail a "généré des irritants". "Quand on fait des projets de transformation de ce type-là, il faut l’accompagner avec une mise en œuvre sur les sites", ajoute-t-il. Cela passe par exemple par une augmentation des capacités d’accueil en fonction des sites. "Gardons de la flexibilité dans le processus de télétravail, en trouvant les bons réglages et l’équité entre les salariés. Il faut que nous fassions attention à ce que ce ne soit pas des réglages à la serpe", ajoute-t-il.
Un retour en présentiel "essentiel" pour Stellantis
Mais selon le délégué syndical, le sujet du retour intégral en entreprise fait de moins en moins de bruit dans les couloirs de Stellantis en France. Précisons qu’aux États-Unis, le retour à 100 % en présentiel doit être effectif à partir du 30 mars 2026. "Au regard de la situation de l'entreprise, de l’évolution du contexte automobile, notre volonté est de renforcer l’esprit d’équipe pour relever les défis auxquels l’entreprise fait face, mieux servir nos clients et retrouver une performance durable", précise le constructeur dans son message adressé aux journalistes, qui aimerait voir ses salariés passer plus de temps sur site.
"Le télétravail est un sujet qui remonte très fortement dans le secteur tertiaire, parfois davantage que la rémunération. Donc c’est un sujet très important et il faut que tous les salariés soient alignés. Les propos de Stellantis devraient rassurer les salariés. Après, il faut que l’entreprise respecte ses engagements en nous mettant autour de la table pour négocier", précise Laurent Oechsel. Pour le moment, la CFE-CGC n’a pas encore de date précise concernant le nouvel accord, mais assure que le sujet devrait être évoqué rapidement.
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