Renault s'appuie sur Geely pour sa conquête des marchés hors d'Europe

Après une année 2025 marquée par une intense séquence de lancements en Europe, Renault ne lève pas le pied en 2026. Le constructeur assume au contraire une nouvelle séquence stratégique, articulée autour d’un rééquilibrage entre l’Europe et les marchés internationaux.
Le changement de cadence s’inscrit dans la continuité du Renault International Game Plan, présenté en octobre 2023 au Brésil et désormais en pleine exécution. Le lancement du Filante en Corée du Sud, ce crossover de 4,92 m, constitue le cinquième modèle de la gamme dédiée à l'international, après les lancements du Kardian, du Koleos, du Duster, dont une nouvelle version dédiée à l'Inde sera présentée le 26 janvier prochain, et du Boreal.
620 000 ventes hors d'Europe en 2025
Pour Fabrice Cambolive, directeur de la marque Renault et de la croissance du groupe, 2026 signe l'année où le constructeur va appuyer son développement hors d'Europe. En 2024, ces marchés ont représenté 35 % des ventes globales du groupe Renault, avec 560 000 véhicules écoulés sur un total de 2,26 millions dans le monde. Le bilan commercial 2025 ne sera dévoilé que le 20 janvier prochain. Mais Renault avance d'ores et déjà une hausse de 11 % de ses ventes hors d'Europe à 616 800 unités.
Avec une présence dans 80 pays, un réseau de plus de 2 000 points de vente et d’après-vente, et 35 000 collaborateurs à l’international, Renault l'assure, cette zone n’est plus un complément, mais un véritable levier de croissance. Car les marchés hors Europe offrent encore des perspectives de progression rapides, notamment en Inde et en Corée du Sud.
Cinq hubs mondiaux pour structurer l’offensive
L'International Game Plan repose sur une organisation de cinq hubs stratégiques. L'Amérique latine (avec le Brésil en fer de lance, mais aussi l'Argentine et la Colombie), le Maroc et la Turquie (qui servent également de ponts entre l’Europe et l’international), l'Inde et la Corée du Sud (au cœur de la nouvelle phase).
Annoncé avec trois milliards d’euros d’investissement et huit nouveaux véhicules, ce plan vise trois objectifs. Il s'agit tout d'abord d'ancrer à l'international la montée en gamme déjà opérée en Europe. Cinq des huit modèles déjà lancés sur les segments C, D et plus. "Notre objectif est de doubler le chiffre d'affaires par véhicule vendu", précise Fabrice Cambolive. Ensuite, l'objectif est d'accélérer l’électrification pour atteindre un véhicule sur trois électrifié hors Europe d’ici 2027, en privilégiant une transition progressive et principalement hybride.
Enfin, la clé de la croissance repose sur une mutualisation des bases techniques. Les huit véhicules reposent sur deux plateformes : une évolution de la CMF-B (partagée entre Amérique latine, Maroc, Turquie et Inde) et la plateforme CMA (Compact modular architecture) dédiée aux segments D/E, avec la Corée du Sud comme base, en partenariat avec Geely.
Une montée en puissance modèle après modèle
Dans les faits, Renault avance "pas à pas". Le Kardian a relancé la dynamique en Amérique latine et au Maroc. Le Duster poursuit sa trajectoire mondiale et devient presque une marque à part entière en dehors de l'Europe. Le Grand Koleos a permis de rebondir fortement en Corée (+55 % de ventes) et de crédibiliser Renault sur le segment D. Le Boreal marque l’extension de la nouvelle plateforme partagée, avec un niveau de connectivité comparable à l’Europe (OpenR Link/Google) et une diffusion multirégions (Amérique latine, puis Moyen-Orient et Méditerranée).
Le Filante, dévoilé à Séoul, incarne l’ambition de Renault sur le segment E en Corée du Sud, un marché très orienté "prestige, confort, technologie et connectivité". Ce modèle, produit à Busan, doit aussi servir de base d’exportation vers le Moyen-Orient et certains pays d’Asie.
Une dépendance croissante au partenariat Geely
Le Filante illustre aussi la montée en puissance du partenariat avec Geely, devenu un pilier de la stratégie internationale de Renault. Plateformes, architectures électroniques, coopérations industrielles en Corée comme au Brésil : la relation dépasse désormais largement le cadre d’un accord ponctuel. Geely possède 34 % du capital de Renault Korean mais aussi 26,4 % de la nouvelle entité Renault do Brasil.
Pour Renault, cette alliance doit permettre d’accélérer les développements, de sécuriser l’outil industriel et d’améliorer la compétitivité sur des marchés très disputés, tout en conservant le contrôle de ses entités locales. Mais elle pose aussi un enjeu stratégique de long terme : celui du niveau de dépendance à un partenaire devenu incontournable pour la montée en gamme et l’expansion internationale du groupe.
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