S'abonner
Constructeurs

Circulation différenciée : entre inefficacité et inégalités

Publié le 26 juin 2019

Par Alice Thuot
3 min de lecture
AAAData s’est penché sur le nombre de véhicules immobilisés en Ile-de-France suite à la mise en place de la circulation différenciée. Si environ la moitié du parc francilien est concerné, de fortes disparités ont été constatées selon les départements.
Cette mesure de circulation différenciée concerne près de 5 millions de véhicules, soit 60 % du parc roulant francilien.
Cette mesure de circulation différenciée concerne près de 5 millions de véhicules, soit 60 % du parc roulant francilien.

 

Face à l’épisode de pollution à l’ozone en région parisienne et en pleine canicule, la préfecture de police de Paris, sur l’ordre du gouvernement, a mis en place aujourd’hui, mercredi 26 juin, un système de circulation différenciée, qui sera d’ailleurs prolongé le jour suivant. Le principe : interdire l’accès aux véhicules arborant une vignette Crit’Air 5, 4 et 3 à toute la zone délimitée par l’A86, et donc réduire le parc roulant dans Paris et sa petite couronne. Selon AAA Data, cette mesure concerne près de 5 millions de véhicules, soit 60 % du parc francilien.

 

Mais certaines données jettent aujourd’hui le doute sur l’efficacité et le bien-fondé d’une telle mesure : d’une part, parce qu’il a été constaté, aujourd’hui, mercredi 26 juin 2019, un niveau d’embouteillage exceptionnel en Ile-de-France. Le réseau Sytadin, piloté par la direction des routes d'Ile-de-France (Dirif), enregistrait ainsi une circulation à un niveau inhabituel, puis exceptionnel, et ce, dès 6h du matin et jusqu’à 9h, heure à laquelle 316 kilomètres de bouchons ont été enregistrés, en grande partie sur l’A86. Ce niveau inhabituel de bouchon ne peut pas être imputé aux accidents, dont le nombre était, lui, à un niveau normal (quatre dont deux sur le boulevard périphérique). Ces chiffres incitent donc à se demander si les automobilistes étaient assez informés sur l’application de cette mesure, ou, ont tout simplement décidé de passer outre.

 

Une immobilisation plus forte dans les départements les moins riches

 

Mais d’autres données encore plus interpellantes posent la question de la pertinence de ce système de circulation différenciée. AAAData s’est penché sur le nombre et la proportion de véhicules immobilisés pour chaque département francilien. Constat flagrant : l’immobilisation ne touche pas les départements de la même façon, loin de là. A mesure que le revenu moyen mensuel des foyers fiscaux du département diminue, la proportion du parc de véhicules immobilisés augmente. Ainsi, en Seine-Saint-Denis, département métropolitain où les foyers présentent un des revenus moyens mensuels parmi les plus faibles, soit 1 760 euros en 2015 (dernières données de l’Insee disponibles à ce sujet), la part du parc immobilisé s’établit bien au-dessus de la moyenne à 70 % soit près de 682 000 unités concernées. Et la part des véhicules immobilisés décroît logiquement à mesure que ce revenu moyen augmente. Pour preuve, dans les Hauts-de-Seine, où ce revenu moyen atteint plus de 3 349 euros, ce taux d’immobilisation se limite à 48 %.

 

Il est donc logique de conclure que ces mesures représentent un facteur d’inégalité en matière de mobilité, en pénalisant les ménages les moins fortunés et, de surcroît, ne semblent pas porter ses fruits au regard du niveau d’embouteillage constaté.

 

Partager :

Sur le même sujet

Laisser un commentaire

cross-circle