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Constructeurs

Brexit : une indécision qui va générer 5 milliards d'euros de taxes

Publié le 9 avril 2019

Par Catherine Leroy
4 min de lecture
Dans l'attente d'une décision politique sur une date de sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, une rencontre organisée par le CCFA montrait le désarroi qui a saisi l'industrie automobile.
Le Brexit menace l'industrie automobile européenne.
Le Brexit menace l'industrie automobile européenne.

 

Semaine cruciale (encore une) pour le Brexit. Theresa May, Premier ministre anglais, s'est lancée dans une dernière course contre la montre en Allemagne puis en France avant la date fatidique du 12 avril 2019. Il faut dire que le temps presse puisque les Etats membres de l’Union européenne organisent ce mercredi un conseil européen extraordinaire pour accepter ou non un report du Brexit au 30 juin 2019.

 

Dans l'attente de ces décisons politiques, les industriels sont bien obligés de se préparer et d'anticiper. Encore faut-il savoir à quoi... C'était l'objet d'une rencontre organisée par le CCFA.

 

"Nous restons très inquiets", exprime Marc Mortureux, directeur général de la PFA. "L'interaction entre les marchés britannique et européen reste très forte. Il ne faut pas oublier que plus de 1 000 camions transitent chaque jour de part et d'autres de la frontière."

 

Côté français, le discours est alarmiste : "Nous devons nous préparer au pire", selon Hugues de Franclieu, chef du bureau de la politique commerciale et du soutien à l’export au ministère de l’Economie et des Finances. "Le Hard Brexit (le départ brutal du Royaume-Uni de l’Union européenne sans transition), entraîne une fin de reconnaissance mutuelle. C’est une situation très délicate pour les secteurs qui ont des chaînes de valeur ajoutée très intégrées comme l’automobile, l’agroalimentaire, la pharmacie…", a-t-il expliqué. Certains constructeurs ont d'ailleurs déjà anticipé cette situation, à l'instar du groupe Honda qui a quitté l'Angleterre en fermant son site de Swindon.

 

Deux impacts principaux ont d’ores et déjà été anticipés : le rétablissement des droits de douane (en cas de no-deal) et le retour aux barrières réglementaires.

 

Le rétablissement des droits de douane

 

Il semble d’ores et déjà acquis que les droits de douane sur environ 87 % des importations dans le Royaume Uni seront ramenés à 0. Les équipements et pièces automobiles font partie de ce no-tax mais les voitures font partie des 13 % de produits restant auxquels seront appliqués 10 % de taxes ; taux habituel pour tous les pays avec lesquels des accords commerciaux ont été signés.

 

Pour autant les pièces automobiles subiront une hausse du prix même si elles sont incluses dans la masse des importations sans droits de douane. En effet, les barrières réglementaires réintroduites généreront un coût direct ou indirect que les équipementiers devront intégrer dans leurs prix. "Nous considérons une élasticité prix-demande suite à la hausse des taxes de 1 pour 1", précise Gaétan Toulemonde, analyste à la Deutsche Bank. "Ainsi, lorsque les prix augmentent de 10 %, la demande baisse dans la même proportion. Le marché britannique pèse 2,4 millions de véhicules neufs, soit 17 % du marché européen. Environ 1,8 million véhicules sont importés du continent et 700 000 produits sur le sol britannique partent pour l’export. Ce qui va générer environ 5 milliards de taxes supplémentaires, soit 5 % du résultat d’exploitation des constructeurs européens en impact direct."

 

Parmi les constructeurs les moins touchés : les deux groupes français dont l’impact est évalué entre 100 et 200 millions d’euros pour Renault (sans Nissan…) et entre 200 et 400 millions d’euros pour PSA. Pour Jaguar-Land Rover, l'impact atteindrait 800 millions d'euros, comme pour Ford.

 

Le retour aux barrières réglementaires

 

Ce retour aux barrières réglementaires n’aura pas de conséquences directes sur les prix mais il va imposer de nouvelles et nombreuses contraintes aux industriels.

 

Par exemple, dans le cadre de l’automobile, la certification unique prend fin pour la Grande-Bretagne. Ainsi, l’organisme certificateur britannique ne sera plus européen et donc les voitures importées au sein de l’Union européenne mais émanant de la production britannique devront faire l’objet d’une homologation sur le territoire européen. Si l’on prend le cas de la France, les embouteillages sont déjà nombreux à l’Utac, notamment avec les nouvelles normes d’homologations WLTP.

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