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Constructeurs

Anatomie du crash de Stellantis en 2025

Publié le 26 février 2026

Par Christophe Jaussaud
5 min de lecture
Auréolé de résultats financiers flatteurs depuis sa création en 2021, Stellantis a connu un naufrage financier en 2025. Avec 25,4 milliards d’euros d’ajustements exceptionnels, le constructeur a enregistré une perte nette de 22,3 milliards d’euros. Voici l'analyse des charges enregistrées, qui doivent solder l'ère Tavares.
Pour la première fois de se recette histoire, Stellantis affiche une perte opérationnelle de 842 millions en 2025. ©Stellantis

2025 est, pour l'heure, la pire année que Stellantis ait connu depuis sa création en 2021. Il faut dire qu'avec un "reset" qui a eu pour conséquence de passer une charge exceptionnelle de 25,4 milliards d'euros dans les comptes annuels, il ne pouvait en être autrement.

 

La perte nette se monte donc à 22,3 milliards d'euros. Et pour la première fois, le résultat opérationnel du groupe est négatif, avec une perte de 842 millions, soit une marge du même nom affichant -0,5 %.

 

 

Qu'ils semblent loin les 13 % ou les 12,8 % de marge opérationnelle des exercices 2022 et 2023. Il y avait déjà des signes de faiblesse en 2024 avec "seulement" 5,5 % de marge opérationnelle.

 

Depuis sa création, Stellantis a cumulé 54,3 milliards de résultats nets. En un exercice, en 2025, il leste cette somme de près de la moitié avec une perte nette de 22,3 milliards.

 

 

Stellantis a donc soldé le bilan de Carlos Tavares et souligne que sur le second semestre 2025, piloté "par la nouvelle équipe de direction", les choses se sont améliorées avec notamment un chiffre d'affaires qui a rebondi de 10 %.

 

 

Il y a aussi une remise en cause de la politique commerciale, notamment en Europe, avec la fin du princing power, en espérant retrouvé des volumes et des parts de marché.

 

Anatomie d'un nettoyage massif

 

Les 25,4 milliards d’euros d’ajustements exceptionnels traduisent bien plus qu’un simple accident conjoncturel. Ils correspondent à une remise à plat stratégique.

 

La ventilation des charges est révélatrice. 9,1 milliards d'euros pour le réalignement du plan produit et l'annulation de programmes, 6,6 milliards de dépréciations pour l'abandon de plateformes, 4,1 milliards de révision de provisions liées aux garanties, 2,05 milliards de rationalisation des coentreprises sur les batteries, 1 milliard pour l'abandon du programme hydrogène et 622 millions pour la campagne de rappel des airbags Takata.

 

La liste est longue et repose sur un constat assez lucide sur les erreurs d'anticipation qu'a réalisé l'ancienne direction générale. Avec notamment une sur-estimation du rythme de transition vers le tout-électrique, des programmes devenus non rentables, mais aussi un sous-estimation des coûts de garanties et de qualité.

 

 

L’exercice 2025 marque donc une correction stratégique profonde. Le groupe a choisi de concentrer en une seule année les dépréciations et provisions liées à la fin d’un cycle, afin d’assainir le bilan et permettre aux nouveaux dirigeants de présenter de meilleurs résultats dès l'année prochaine.

6,49 milliards d’euros d’ajustements pour l'Europe

 

Sur les 25,4 milliards d’euros globaux, 6,49 milliards concernent l’Europe élargie, soit environ un quart du grand nettoyage 2025. Sur ce total, le rapport annuel présenté ce 26 février 2026 montre 2,21 milliards d'euros pour le réalignement du plan produit, 1,09 milliard pour la fin du programme hydrogène, 861 millions de restructuration et 1,4 milliard sur les garanties et les rappels Takata.

 

L’Europe n’est donc pas marginale dans cette remise à plat voulu par Stellantis. Historiquement pilier de rentabilité du groupe, elle devient aujourd'hui un centre de fragilité. En 2025, la région affiche un résultat opérationnel ajusté de -651 millions d’euros et une marge de -1,1 %.

 

La combinaison de la pression concurrentielle accrue sur les prix, des coûts réglementaires liés au CO₂, de l'ajustement lié à la qualité et au recalibrage stratégique est préoccupante.

 

 

Contrairement aux États-Unis, où une charge CAFE de 269 millions d’euros est isolée, l’Europe ne subit pas d’amende massive exceptionnelle grâce la flexibilité apportée par la Commission européenne à la fin de l'année 2025 dans son paquet automobile européen. Mais la pression réglementaire n’en est pas moins réelle.

 

Le constructeur a comptabilisé 500 millions d’euros de coûts liés à la conformité CO₂ sur les utilitaires légers. Cette charge, intégrée dans les coûts industriels, pèse directement sur la rentabilité opérationnelle.

 

Changement de cap commercial

 

Au-delà de l’effet comptable, 2025 marque aussi un changement de cap. Le nouveau plan stratégique du constructeur sera présenté le 21 mai 2026 par Antonio Filosa, près de 18 mois après le départ de son prédécesseur.

 

Au-delà de la stratégie industrielle, le groupe remet en cause sa politique commerciale, notamment en Europe. La stratégie fondée sur le pricing power est en partie abandonnée. En France comme sur plusieurs marchés européens, l’offensive commerciale est relancée. Objectif : regagner des volumes et des parts de marché, dans un contexte de concurrence accrue, notamment face aux constructeurs chinois, et de guerre des prix sur l’électrique.

 

Pour l’instant, l’exercice 2025 apparaît comme une année de rupture. Rupture comptable, rupture stratégique, rupture managériale. Reste à savoir si ce nettoyage massif permettra effectivement le redémarrage annoncé pour 2026, avec un retour à une marge opérationnelle positive et la reconquête d’une rentabilité durable en Europe.

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