Élection à la présidence de Mobilians : Marc Bruschet veut rendre le pouvoir aux adhérents

Candidat à la présidence de Mobilians, Marc Bruschet défend une ligne plus offensive face à la crise de la filière automobile. Il plaide pour une réforme de la gouvernance, un lobbying renforcé, de nouveaux services aux adhérents et une remise à plat de la fiscalité automobile.
Le Journal de l'Automobile : Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à la présidence de Mobilians aujourd’hui ?
Marc Bruschet : J’avais, à titre personnel comme professionnel, toutes les raisons de ne pas y aller. Je suis heureux dans ma vie, mes fils prennent progressivement la relève dans l’entreprise, et je n’ai jamais cherché ni carrière syndicale, ni reconnaissance particulière, ni source de revenus complémentaire. Ma démarche est entièrement bénévole.
Si je me présente aujourd’hui, c’est par sens du devoir. Nous sommes à l’aube de la plus grande transformation qu’ait connue le secteur automobile depuis sa création. Entre l’électrification, la concurrence chinoise, la réglementation européenne, la fiscalité française et les tensions économiques actuelles, la filière entre dans une zone de turbulence majeure.
Dans un tel moment, je pense qu’il faut un capitaine pleinement disponible, capable d’incarner la fonction et de s’investir à plein temps dans la défense de la profession. C’est cette conviction qui fonde ma candidature.
J.A. : Quels sont les points forts de l’organisation Mobilians et les pistes d’amélioration ?
M.B. : Beaucoup de choses ont été faites ces dernières années. Il ne s’agit pas de tout remettre en cause, mais d’ouvrir un nouveau cycle. Mobilians a des atouts indéniables : sa représentativité, la diversité de ses métiers, son ancrage territorial et le travail accompli pour renforcer sa place dans la filière. Mais l’organisation doit désormais aller plus loin.
Le premier enjeu, c’est la gouvernance. Il faut clarifier les rôles entre un président stratège, qui incarne l’organisation et porte le lobbying, et un délégué général gestionnaire, chargé de l’exécution et de l’administration.
Le deuxième enjeu, c’est la transparence et le travail collégial. Le directoire doit retrouver toute sa place dans les grandes décisions. Enfin, il faut sortir d’un fonctionnement en silos et mieux articuler les métiers, les territoires et les instances nationales.
J.A. : Comment Mobilians peut-elle accompagner une filière qui traverse une réelle période de crise ?
M.B. : Pour moi, la réponse tient en trois verbes : anticiper, protéger, accompagner. Anticiper, d’abord, en se dotant d’outils de pilotage beaucoup plus fins. Il faudrait, par exemple, un tableau de bord trimestriel par métier, avec des indicateurs clés, ainsi qu’un véritable observatoire prospectif capable de produire des scénarios à un, trois, cinq ou dix ans.
Protéger, ensuite, en mettant en place une véritable cellule de crise pour les adhérents, avec un accompagnement économique, juridique et financier. Beaucoup d’entreprises ne connaissent pas suffisamment les outils qui leur permettraient pourtant d’anticiper ou de gérer les difficultés.
Enfin, accompagner signifie développer de nouveaux services très concrets pour les adhérents, notamment sur la RSE, la cybersécurité, la transmission d’entreprise ou encore la gestion de trésorerie. Ce sont des sujets essentiels, et Mobilians doit être capable d’apporter des réponses opérationnelles.
J.A. : Quelle est selon vous la menace la plus immédiate pour les entreprises du secteur ?
M.B. : La menace la plus immédiate, c’est la crise de trésorerie. Une entreprise peut supporter ponctuellement une mauvaise année. En revanche, elle peut se retrouver en très grande difficulté en quelques semaines si la trésorerie casse. Or, avec la baisse des marchés, la hausse des taux, l’inflation des charges et les tensions sur le financement, cette question devient centrale. Le vrai sujet vital, aujourd’hui, c’est donc le cash.
J.A. : À l’inverse, où se situe la principale opportunité ?
M.B. : Malgré la crise, je suis convaincu que notre filière a un avenir. Nos produits et nos services restent indispensables à la mobilité individuelle des Français, en particulier dans les territoires périurbains et ruraux, où la voiture reste souvent sans alternative.
À court terme, la principale opportunité est politique. Nous avons, dans les mois qui viennent, une fenêtre de tir exceptionnelle pour imposer la question de la mobilité individuelle dans le débat public, notamment à l’approche de la présidentielle.
À condition de savoir exploiter ce calendrier, Mobilians peut devenir un acteur incontournable de ce débat. Si nous sommes conviés à la table des décisions juste pour le café, il est certain que nous servirons de menu !
J.A. : La fiscalité automobile est-elle devenue un frein majeur à la croissance du secteur ?
M.B. : Oui, clairement. Nous avons développé en France une fiscalité automobile qui est devenue punitive, parfois même confiscatoire, et qui n’a pas d’équivalent en Europe. Elle pénalise à la fois l’industrie, la distribution, les emplois et, au final, les consommateurs.
Surtout, cette fiscalité est devenue contre-productive. Elle n’atteint pas réellement ses objectifs écologiques, mais elle contribue à casser le marché du véhicule neuf et à accélérer le vieillissement du parc.
J.A. : Face aux décisions européennes et à la fiscalité, quelle stratégie Mobilians doit-elle adopter pour peser davantage dans le débat public, notamment à l’approche de 2027 ?
M.B. : Il faut clairement adopter une stratégie beaucoup plus offensive. Si je suis élu, je compte lancer rapidement une grande pétition sur la remise à plat de la fiscalité automobile, ouverte aux adhérents, à leurs salariés et, au-delà, à tous ceux qui se sentent concernés par l’avenir de la mobilité.
Ensuite, en organisant de véritables assises de Mobilians pour faire remonter les attentes des métiers et des territoires, en matière de réglementation comme de fiscalité. Ces travaux doivent déboucher sur un livre blanc, qui servirait de base à un dialogue exigeant avec les candidats à la présidentielle à qui l’on demandera de se positionner sur tous nos sujets.
Enfin, il faut évidemment poursuivre le travail engagé au niveau européen. La création d’un axe franco-allemand à Bruxelles constitue une avancée importante, avec l'AME, organe où deux grands marchés automobiles sont absents, comme l'Italie et la Pologne. Mais il reste encore beaucoup à faire, notamment sur les sujets de contenu local, de neutralité technologique et de calendrier réglementaire. Et pour y parvenir, des élus doivent intégrer cet organisme. Il ne faut pas se contenter d'écrire un nouveau chapitre du livre. Je pense qu'il faut carrément écrire un nouveau tome.
J.A. : Le fonctionnement actuel de Mobilians est-il adapté ?
M.B. : Non, pas complètement. Des progrès ont été accomplis, mais le fonctionnement actuel n’est pas suffisamment clair, ni suffisamment démocratique. Il faut une gouvernance mieux séparée, plus lisible et plus incarnée, avec une véritable séparation des pouvoirs et un président qui assume pleinement sa fonction politique et stratégique et un délégué général qui soit opérationnel.
Il faut aussi plus de transparence, davantage de collégialité et un directoire qui ne soit pas simplement une chambre d’enregistrement, frappée d’une clause de confidentialité. Le directoire doit reprendre sa place qui est de déterminer la politique et les orientations générales de mobilisation. D’ailleurs, je pense qu’il faut refondre les statuts du système électoral. Plus personne n’y comprend rien ! (*). Je veux la mise en place d’un suffrage électoral universel, direct par les adhérents et pondéré selon le poids de leur métier.
L’organisation doit sortir d’une logique trop verticale et cloisonnée. Aujourd’hui, les métiers, les territoires et les instances ne travaillent pas encore assez ensemble.
Enfin, il faut assainir les finances et rétablir les équilibres financiers. Mobilians n'a pas de problème de trésorerie, mais il faut revenir à une saine maîtrise des coûts pour revenir à des exercices comptables bénéficiaires. D'ailleurs, si je suis élu, je demanderai immédiatement un audit des comptes.
J.A. : Faut-il renforcer le rôle des territoires ou aller vers une gouvernance plus structurée par métier ?
M.B. : Les territoires et les métiers ne sont pas opposés. Ils ont chacun une fonction spécifique et complémentaire. Les territoires assurent la proximité avec les adhérents, font remonter les sujets du terrain et relaient ensuite les décisions au niveau local, auprès des élus, des institutions et des acteurs économiques. Les métiers, eux, portent l’expertise et structurent les positions nationales.
L’enjeu n’est donc pas de choisir l’un contre l’autre, mais de mieux les faire travailler ensemble, avec plus de fluidité, plus de communication et davantage de transversalité.
J.A. : Comment mieux intégrer la diversité des activités de la filière ?
M.B. : La diversité des métiers est l’une des richesses de Mobilians. Peu d’organisations en Europe ont un périmètre aussi large. Mais cette diversité ne doit pas conduire à la dispersion. Aujourd’hui, Mobilians fonctionne encore trop comme une addition de métiers plutôt que comme un véritable rassemblement.
Il faut donc fédérer davantage. Cela suppose de créer plus de groupes de travail transversaux, de mieux coordonner les métiers sur les sujets communs, et de faire en sorte que cette diversité serve réellement l’intérêt général de la filière.
J.A. : Quelles sont les activités représentées au sein de Mobilians qui vous semblent les plus fragilisées aujourd’hui ?
M.B. : À mes yeux, c’est l’ensemble du secteur qui est aujourd’hui fragilisé. Nous sommes entrés dans une phase de crise aigüe, qui touche à peu près tous les métiers. Les impacts peuvent ensuite varier selon la taille des entreprises, leur structure financière ou leur exposition à certains marchés, mais le phénomène est global.
La crise n’épargne plus vraiment personne.
J.A. : Quelles seront les trois priorités dès le début de votre mandat si vous êtes élu ?
M.B. : Mes trois priorités sont claires. La première est de restaurer une forme de démocratie interne dans l’organisation, en redonnant une vraie place aux adhérents, aux élus et aux instances. La deuxième est de renforcer les actions de lobbying, avec une stratégie plus offensive, plus visible et plus structurée. Et la troisième sera de créer de nouveaux services aux adhérents, comme je l'ai déjà expliqué.
J.A. : Sur quel chantier souhaitez-vous obtenir des résultats visibles rapidement ?
M.B. : Il y a plusieurs sujets sur lesquels des résultats rapides sont possibles. Je pense d’abord au lancement de la pétition sur la fiscalité, à l’organisation d’assises de Mobilians et à la mise en place de groupes de travail transversaux sur les sujets prioritaires. Il faut aussi aller vite sur la sortie des silos et sur une nouvelle méthode de travail, plus agile et plus collective.
Enfin, sur le plan interne, certaines décisions peuvent être engagées rapidement pour améliorer la gouvernance et remettre de la cohérence dans le fonctionnement général.
J.A. : Après une phase d’expansion, Mobilians entre-t-elle dans une phase de consolidation ?
M.B. : Oui, clairement, nous entrons dans une phase de consolidation. Il reste sans doute des marges de progression sur certaines catégories d’adhérents, mais le sujet principal n’est plus seulement l’expansion. Il faut désormais consolider le modèle, structurer davantage l’organisation et sécuriser ses ressources. Cela suppose aussi de repenser la proposition de valeur faite aux adhérents, avec de nouveaux services concrets, utiles et directement mobilisables. La consolidation ne doit donc pas être subie : elle doit être organisée.
J.A. : Mobilians doit-elle faire évoluer ses missions ou son modèle ?
M.B. : Ses missions fondamentales ne changent pas : représenter, défendre et accompagner les entreprises. En revanche, son modèle doit évoluer en profondeur.
Il faut revoir la gouvernance, refondre le système électoral, assainir les finances, sortir des fonctionnements en silos et renforcer la légitimité démocratique de l’organisation. Sur ce point, je pense notamment qu’il faudra, à terme, revoir en profondeur les modalités d’élection du président, afin de redonner davantage de place aux adhérents eux-mêmes.
Enfin, le modèle doit évoluer vers plus d’efficacité, plus de lisibilité et plus de services. Mobilians doit entrer dans une nouvelle phase, plus structurée, plus offensive et plus utile pour ses adhérents.
(*) : Le président de Mobilians est élu selon un mode de scrutin indirect, reposant sur un collège d’environ 250 grands électeurs. Ceux-ci sont issus de trois composantes de l’organisation : les instances nationales (directoire, conseil de surveillance, conseil des territoires), les représentants des territoires (présidents régionaux et départementaux) et les représentants des métiers, dont le poids est déterminé en fonction de leur importance dans l’emploi de la branche.
Sur le même sujet
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.
