Pour Stellantis, l’Europe doit revoir sa réglementation sur les véhicules utilitaires

Le marché européen des véhicules utilitaires légers (VUL) a accusé une forte baisse en 2025. Ce sont en effet environ 1,4 million d’immatriculations qui ont été enregistrées sur ce segment l’an dernier, contre 1,6 million en 2024. Encore marginaux, les VUL 100 % électriques représentent à peine 10 % des ventes sur l’année 2025, alors que l’électrique affiche une part de marché de 17,4 % sur le VP.
Face une électrification jugée encore trop lente sur le marché des véhicules utilitaires, la Commission européenne a décidé, en décembre 2025, d’assouplir la trajectoire imposée aux constructeurs. Bruxelles a ainsi annoncé une réduction de l'objectif de baisse des émissions de CO2 de 50 % à 40 % pour 2030 par rapport à 2021. Insuffisant au regard des constructeurs…
"De nombreux emplois sont en jeu"
En décembre dernier, Stellantis a été l’un des premiers constructeurs à réagir à cet assouplissement de la Commission européenne sur les utilitaires. "Malheureusement, les propositions ne répondent pas de manière significative aux problèmes auxquels l'industrie est actuellement confrontée. Plus précisément, le paquet ne propose pas de trajectoire viable pour le segment des véhicules utilitaires légers, qui se trouve dans une situation critique", pouvait-on alors lire sur le compte LinkedIn du groupe Stellantis.
Car le défi de la conformité sur les émissions de CO2 est plus élevé pour les utilitaires que pour les voitures. L'écart moyen par rapport aux objectifs 2025-2027 est en effet de 20 g CO2/km sur le VUL, contre seulement 4 g/km pour le VP. Stellantis fait d’ailleurs partie des mauvais élèves, avec un retard de 24 g de CO2/km.
"L'Europe nous demande de réaliser un minimum de 20-25 % de nos ventes de véhicules utilitaires légers en électrique, alors que le marché européen est actuellement à 10 %. Pour vous donner un exemple, Stellantis réalise environ 42 % de part de marché sur le marché des véhicules utilitaires 100 % électriques. Mais cela ne représente pourtant que 30 000 utilitaires par an, donc des tous petits volumes…", nous explique Xavier Duchemin, président de Stellantis France.
Qui poursuit : "Il y a une espèce de plafond de verre qui fait que, pour des raisons d'usage et d'habitude, il est très difficile de réaliser 20-25 % des ventes en électrique sur ce marché. Chez Stellantis, nous demandons à la communauté européenne d’être pragmatique. Nous proposons par exemple que le lissage sur trois ans, amorcé en 2025, soit étendu à cinq ans, ou de revoir une nouvelle fois les seuils d’émissions de CO2 pour les véhicules utilitaires légers."
Lors d’un entretien réalisé au salon de Bruxelles 2026, Éric Laforge, le nouveau responsable de Stellantis Pro One, nous confiait vouloir que l'objectif de baisse des émissions de CO2 soit plutôt de l'ordre de 30 ou 35 %, au lieu des 40 % récemment imposés. "Le marché du véhicule utilitaire n’est pas prêt à suivre la trajectoire imposée par la Commission européenne. Nous allons donc devoir continuer à travailler avec les institutions européennes pour revoir cette approche", nous glissait-il.
Selon Stellantis, la trajectoire imposée par Bruxelles pourrait représenter une menace pour le marché des véhicules utilitaires en Europe, déjà en fort déclin, mais aussi pour l’industrie. "De nombreux emplois sont en jeu. Nous avons une très grosse usine à Hordain (59) où nous fabriquons des utilitaires. Nous devons donc rester prudents, car le niveau de pénalités ou d'amendes que nous pourrions avoir à payer, pourrait rendre l'équation économique sur le véhicule utilitaire extrêmement compliquée", alerte Xavier Duchemin.
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