Comment Vygon a pris le virage de l’électrique

Lorsque Jérémy Mascot arrive chez Vygon en 2022, l’entreprise possède seulement une poignée de véhicules électriques en autopartage. Le fabricant de dispositifs médicaux à destination des professionnels de santé avait pourtant entamé l’électrification de sa flotte en 2018, en déployant des véhicules hybrides rechargeables, reconnus à l’époque pour leur fiscalité avantageuse.
"J’ai remplacé une personne qui gérait la flotte de l’entreprise depuis une trentaine d’années avec Excel. Une méthode qui avait le mérite d’être plutôt efficace bien qu’un peu archaïque", nous glisse Jérémy Mascot, acheteur indirect et responsable de la flotte automobile de Vygon.
À partir de 2023, l’entreprise a donc commencé à intégrer des véhicules 100 % électriques au sein de sa car policy. "L’offre était, en effet, plus attrayante comparée à celle des années précédentes. Les véhicules en question avaient des autonomies plus intéressantes, mais aussi des prix et des valeurs résiduelles qui permettaient de proposer des loyers plus pertinents", précise‑t‑il.
Jérémy Mascot a donc formalisé un premier catalogue où la possibilité de choisir un véhicule électrique reposait sur la base du volontariat. En revanche, seuls les collaborateurs qui étaient en mesure d’installer une borne à domicile pouvaient opter pour un modèle à batterie.
Dès la première année de la mise en place de cette nouvelle stratégie d’électrification, Vygon parvient à renouveler 15 à 20 % de ses véhicules par des modèles électriques. "Les déploiements se sont très bien passés et l’usage des véhicules 100 % électriques a plutôt bien été accepté par nos collaborateurs car c’était leur choix", nous confie le responsable de la flotte de Vygon.
70 % de renouvellement en électrique
Dès 2024, le groupe Vygon était donc largement en conformité vis‑à‑vis des seuils fixés par la loi LOM. Mais en mars 2025, la réforme des avantages en nature, rétroactive au 1er février, a conduit l’entreprise à accélérer sa politique sur le véhicule électrique. L’adoption de l’électrique n’était dès lors plus seulement réservée aux salariés pouvant installer une borne à domicile.
"Tous les collaborateurs non itinérants sont désormais contraints d’aller sur l’électrique, tandis que nos commerciaux, qui font beaucoup de route, peuvent encore choisir des modèles thermiques. Le but n’est pas de rendre leur travail plus contraignant car certains n’ont pas la possibilité d’installer une borne à leur domicile. Seuls les SUV thermiques sont exclus, car nous estimons qu’ils ne coïncident pas avec notre stratégie RSE", soulève Jérémy Mascot.
À ce jour, le groupe Vygon dispose d’un parc d’un peu plus de 130 unités en France. Avec seulement cinq utilitaires, la flotte est donc majoritairement composée de véhicules de fonction, dont une moitié est destinée aux commerciaux et l’autre aux postes de direction. Tous les véhicules sont financés en passant par les loueurs Arval et Alphabet.
"Nous travaillons avec les groupes Volkswagen et BMW. Ces deux constructeurs ont su très rapidement offrir des véhicules attrayants avec de bonnes valeurs résiduelles. Nous proposons cinq catégories de véhicules, selon le poste du collaborateur. Nous privilégions au maximum les voitures écoscorées mais il peut arriver que certaines ne le soient pas, notamment dans les catégories supérieures de véhicules. Dans ce cas‑là, nous proposons aux salariés de passer à la catégorie inférieure mais en ayant la possibilité de rajouter des options à leur voiture", précise le responsable.

©Vygon
Aujourd’hui, les modèles 100 % électriques représentent donc 20 % de la flotte de l’entreprise. Pour le reste, 15 % des véhicules sont hybrides rechargeables, tandis qu’encore 30 % roulent au diesel et 20 % à l’essence. "Mais la part de l’électrique augmente fortement puisque nous sommes aujourd’hui à plus de 70 % de taux de renouvellement sur cette énergie", se félicite Jérémy Mascot.
Avant de poursuivre : "La réforme des avantages en nature est pour moi l’argument sur lequel tous les responsables de parc doivent s’appuyer pour l’électrification. C’est vraiment notre atout car le choix du véhicule de fonction n’a aujourd’hui plus seulement un impact sur le budget de l’entreprise, mais également sur le portefeuille du collaborateur. Chez Vygon, nous précisons donc sur notre catalogue l’avantage en nature théorique de chaque véhicule afin que les salariés puissent faire leur choix en connaissance de cause."
Financement des bornes à domicile
Grâce à l’adoption de véhicules 100 % électriques, le groupe Vygon estime réaliser entre 15 et 20 % de gain par rapport à un thermique. Même si les loyers des modèles à batterie restent majoritairement plus élevés que ceux d’un thermique, les écarts se resserrent et leurs tarifs commencent à être de plus en plus attractifs.
"En ce qui concerne la partie maintenance, nous estimons que l’entretien d’un véhicule thermique est deux fois plus cher que celui d’un électrique. La fiscalité est aussi plus avantageuse pour une voiture à batterie. Enfin, nos collaborateurs qui roulent à l’électrique utilisent à 82 % leur borne à domicile et celles sur site plutôt qu’en itinérance. Dans ce schéma, un véhicule à batterie nous coûte deux fois et demie moins en consommation d’énergie qu’un thermique", détaille le responsable de flotte.
En parlant de bornes à domicile, Vygon a très tôt fait le choix de les financer. "En parallèle de l’électrification de notre parc, j’ai mené en 2022 un appel d’offres afin de consulter plusieurs prestataires qui pouvaient nous accompagner sur la partie bornes à domicile et en itinérance. Nous souhaitions un opérateur qui soit capable de gérer du remboursement réel et non sous la forme de notes de frais, comme c’était majoritairement proposé par les fournisseurs consultés lorsque nous avions lancé l’appel d’offres en 2022. Nous avons finalement retenu Ze‑Watt", déclare Jérémy Mascot.
Qui poursuit : "Mais au‑delà de la sélection de l’opérateur, il y a aussi beaucoup d’autres paramètres à prendre en compte lorsqu’on décide de mettre en place une stratégie de bornes de recharge à domicile. Notamment la partie prise en charge. Chez Vygon, nous avons choisi de financer leur installation afin de rendre notre politique sur le véhicule électrique plus attractive. Nous avons également décidé de céder gratuitement la borne de recharge en cas de départ de notre collaborateur de l’entreprise. Cela entraîne donc des avantages en nature, mais nous avertissons le salarié sur ces conditions dès l’installation de la borne. Concernant les déménagements, nous avons choisi de prendre en charge le premier mais le second est à ses frais à un tarif déterminé dès l’installation. En revanche, le déploiement de bornes à domicile peut également représenter quelques limites, notamment quand l’employé habite en copropriété."
Résultat, lorsque Vygon a réalisé une étude TCO pour comparer les coûts des véhicules électriques à ceux des thermiques, l’entreprise s’est rendu compte que la borne était amortie au bout d’un an, en se basant sur un kilométrage de 30 000 km par an en moyenne.
"Cela nous a donc confortés dans notre décision de prendre en charge les bornes de recharge de nos collaborateurs. Nous avons également choisi de passer par l’achat et non par la location, car c’était plus intéressant d’un point de vue des avantages en nature. Le coût pour l’entreprise à la cession de la borne est autour de 400 euros et environ 200 euros pour le collaborateur (avant cinq ans). Alors qu’avec la location, le coût en AEN est supérieur dès la troisième année", explique Jérémy Mascot.
Pour le volet recharge en itinérance, le groupe Vygon travaille également avec Ze‑Watt. "Nos collaborateurs peuvent donc se recharger sur 95 % des bornes du réseau ouvert au public. Il convient néanmoins de fixer quelques règles, notamment sur la durée maximale de branchement à une borne, car les tarifs sont très vite dissuasifs. Chez nous, elle est de 12 h car au‑delà, les coûts sont très prohibitifs", avance‑t‑il.
Enfin, le fabricant de dispositifs médicaux a également déployé, en parallèle, plus d’une centaine de points de charge sur ses sept sites français. Le groupe Vygon dispose davantage de bornes de 7 kW, mais l’entreprise commence également à installer des bornes de 11 kW.
"Pour ne pas créer d’injustice envers ceux qui roulent en véhicule thermique, nos collaborateurs payent, depuis deux ans, la recharge sur site au prix coûtant pour la société, afin que cela reste quand même attractif pour eux", conclut le responsable de la flotte de Vygon.
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.
