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Industrie

L'Europe face à la pénurie de batteries pour réussir sa transition énergétique

Publié le 17 mai 2022

Par Catherine Leroy
4 min de lecture
Pour remplacer les hydrocarbures et atteindre la neutralité carbone en 2050, l'Union européenne aura besoin à cette date de 35 fois plus de lithium qu'aujourd'hui et de 26 fois plus de terres rares. Jusqu'en 2040, cette demande ne pourra être satisfaite que par une hausse des importations.
La dépendance de  l'Union européenne en métaux et terres rares va croître de façon exponentielle au moins jusqu'en 2040.
La dépendance de l'Union européenne en métaux et terres rares va croître de façon exponentielle au moins jusqu'en 2040.

Lors de la conférence Future of the Car 2022, organisée par le Financial Times, Carlos Tavares, dirigeant de Stellantis, mettait en garde contre une future pénurie de batteries et de matières premières dans le cadre de la transition électrique. Une prévision qui s'appuie sur une étude réalisée par l'association des producteurs et recycleurs de métaux non ferreux en Europe, Eurometaux, publiée en avril 2022.

 

Selon les scénarios de l'Agence internationale de l'énergie, une trajectoire mondiale alignée sur l'Accord de Paris nécessitera près de deux fois plus de métaux d'ici à 2050 par rapport à un maintien de la politique climatique actuelle. A titre d'exemple, 75 millions de tonnes de nouveaux métaux seraient nécessaires à comparer aux 1 855 millions de tonnes de d'acier et 8 561 Mt de charbon.

 

 

Selon des calculs réalisés pour Eurométaux par des chercheurs de l'université KU Leuven, pour remplacer les hydrocarbures et atteindre la neutralité carbone en 2050, l'UE aurait besoin à cette date de 35 fois plus de lithium qu'aujourd'hui (800 000 tonnes par an). Les prévisions ne s'arrêtent pas là. Jusqu'à 26 fois plus de terres rares seraient nécessaires (3 000 tonnes annuelles de néodyme, dysprosium, praséodyme, etc), deux fois plus de nickel, +330% de cobalt, tous ces éléments étant indispensables aux équipements de demain (voitures électriques, rotors d'éoliennes, unités de stockage...) Il faudra également 33% d'aluminium en plus (4,5 millions de tonnes annuelles), +35% de cuivre, +45% de silicium, +10 à 15% de zinc, selon cette estimation inédite des besoins européens.

 

 

Lire aussi : L'Europe ne peut sécuriser que 30 % de ses besoins en métaux stratégiques

 

L'association estime que la demande, qui sera croissante au moins jusqu'en 2040, ne pourra être satisfaite que par une augmentation des importations. C'est uniquement à partir de cette date que le recyclage de ces matières pourra devenir la principale source d'approvisionnement de l'Europe. "Mais cela va nécessiter des efforts considérables pour construire de nouvelles capacités de recyclage et de surmonter les goulets d'étranglement pour renforcer le leadership mondial actuel de l'Europe", explique les experts dans cette étude.

Peu de projets miniers en Europe

 

L'industrie minière européenne fournit 4 à 30 % des besoins en métaux primaires de l'Union européenne pour l'aluminium (bauxite), le cuivre, le zinc, le nickel et le cobalt. L'Europe n'a pas de capacité minière pour le lithium destiné aux batteries ou de terres rares.

 

Si des projets existent, qui pourraient en partie contribuer à répondre à l'augmentation de la demande attendue en Europe, ils présentent cependant des niveaux élevés d'incertitude et sont même inexistants pour le lithium et les terres rares.

 

Les projets concernant le cuivre, le zinc et le nickel permettrait principalement de compenser l'épuisement des mines existantes, tout en fournissant 3 à 9 % supplémentaires des besoins primaires de 2030. Par ailleurs, l'étude précise qu'il n'est pas prévu d'exploiter davantage de bauxite au niveau national, et la capacité d'extraction du cobalt est mineure par rapport à la demande.

 

Mais beaucoup de ces projets d'exploitation minière restent incertains, voire improbables, car confrontés à un ensemble de défis dont l'opposition des populations. De plus, les projets miniers ont un long délai d'exécution de 10 à 15 ans, ce qui signifie que l'Europe ne dispose que d'une fenêtre étroite pour faire avancer les projets à temps pour répondre au pic de demande de 2030 lié à la transition énergétique. Si aucune nouvelle mine n'est ouverte, la capacité minière de l'Europe s'épuisera davantage.

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