CEE VO : le pansement, pas le traitement pour les voitures électriques d'occasion

C’était une doléance des distributeurs automobiles. Elle a été entendue par le gouvernement français. Il aura fallu attendre longtemps, certes, mais les voitures électriques d’occasion ont fini par recevoir une aide financière. Celle-ci a été matérialisée quand, le 1er septembre 2026, le dispositif d’émission de certificats d’économie d’énergie s’est étendu au-delà des frontières du VN, à la demande du ministère des Transports et de la Transition énergétique.
Un soutien qui prend la forme d’une prime dont le montant peut dépasser 300 euros et qui est conditionnée à quelques points de règlement stricts : l’exemplaire négocié auprès d’un professionnel des voitures d'occasion doit avoir été premièrement immatriculé en France entre 2017 et 2023, peser moins de 1 800 kg, disposer d’une batterie offrant encore 80 % de son potentiel initial selon le rapport SOH, afficher plus de 200 km d’autonomie résiduelle et se monnayer moins de 25 000 euros TTC.
Un accueil bien mitigé
À six mois de l’élection présidentielle et en pleine flambée des prix des carburants fossiles, comment ne pas y voir une mesure à destination des consommateurs pris dans un étau entre la nécessité de continuer à se déplacer et la difficulté économique à remplir les réservoirs. Le geste politique a été accueilli favorablement par les distributeurs qui saluent avant tout l’initiative. "Magnifique principe", lâche un distributeur. Des appréciations vis-à-vis de ce coup de pouce qui font fi de la date limite.
Mais passé les politesses d’usage, les concessionnaires se montrent plus critiques. Quelques petites centaines d’euros ne feront pas sauter les verrous du marché des VE de seconde main. "Revendre des véhicules électriques d’occasion à plus de 20 000 euros s’avère compliqué face à la concurrence des voitures neuves, expose le directeur général d’un groupe de distribution du top 10. Tout est question d’équilibre entre les deux typologies et nous n’avons pas encore trouvé la bonne équation."
Clément Dupont-Roc, associé chez C-Ways, rejoint cette analyse, alors que les professionnels ont maintes fois incité le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) à avancer dans ce sens. "L’idée de départ était pertinente : les VN étant sursubventionnés, leurs loyers sont devenus anormalement bas par rapport à l’occasion. C’est cette subvention sur le neuf - et non l’incertitude technologique - qui détruit à 80 % la valeur résiduelle du VO. Au lieu de tout concentrer au même endroit, nous préconisions de ventiler les aides sur le VN et sur le VO pour rétablir une courbe de valeur résiduelle cohérente", révèle-t-il. Mais tout prête à croire que le jeu des négociations interministérielles a vidé le projet de sa substance.
Un niveau de prix record en septembre
Au moment où le gouvernement français se penche sur la question, le prix moyen des voitures électriques d’occasion n’a jamais été si élevé dans le pays. En se référant aux données compilées par Le Parking, la plateforme d’agrégation des annonces, il s’établissait à 31 689 euros de moyenne sur les sites des infomédiaires. Le précédent record datait de mai dernier quand il tutoyait les 31 250 euros, soit + 12,2 % par rapport au point bas de février 2026.
Le conflit au Moyen-Orient a clairement changé la donne en entraînant une hausse du prix des carburants dans les stations-service. La France a alors découvert une chose : au-delà de 2 euros/litre de gazole, la demande pour les VE d’occasion explose et l’offre peut parfois manquer. "Je pense que les distributeurs n’ont pas tiré le plein profit financier au printemps, car leur préoccupation était de déstocker les VE. Ils auraient certainement pu facturer un peu plus cher", retient Clément Dupont-Roc, chez C-Ways.
Les VO électriques français sont encore très exportés pour le moment
Une nouvelle "chance" de renflouer les caisses avec des VEO se présente en cet automne. Selon La Centrale, depuis que la situation s’est dégradée en août au Moyen-Orient, engendrant une nouvelle inflation à la pompe, les recherches ont fait un bond de 150 % le 13 septembre, sur le site de petites annonces. Alors qu’un ménage sur cinq consacre désormais annuellement plus d’un mois de revenus au seul poste carburant, soit deux fois plus qu’en 2021, selon une récente étude de l’Insee, il est assez logique d’apprendre que 60 % des Français envisagent de changer de motorisation dans le foyer. Mais il faut toujours avoir en tête que l’élasticité des prix a ses limites.
Plus largement, ce phénomène pourrait un tant soit peu changer le statut de la France dans le paysage européen. Historiquement, les aides à l’achat de VN avaient fait tomber les prix de revente des VEO si bas que l’Hexagone servait de réservoir pour les autres professionnels du continent. Or, entre le regain motivé par la pression de la demande comme expliqué précédemment et l’érosion des valeurs résiduelles observée durablement par ailleurs chez nos voisins, l’écart de valorisation se resserre au fil des mois. "Nous ne sommes plus aussi attractifs que par le passé pour les négociants qui nous sollicitaient", confirme un spécialiste français du remarketing. La machine ne s’enraye pas pour autant. "Les VO électriques français sont encore très exportés pour le moment, relativise toutefois Quentin Boffy, responsable du développement des partenariats chez Oveo. Nous restons le pays avec le niveau de prix le plus bas d’Europe."
La Spring reine de la VR
Lauréat des EMVO 2025, Oveo continue d’intervenir comme soutien au remarketing des véhicules des concessionnaires. Ses propres données transactionnelles BtoB révèlent que l’écart de valorisation entre VO électriques et VO thermiques s’est réduit de 7,3 à 1,4 point entre 2025 et 2026 sur sa plateforme de remarketing de véhicules issus du leasing. Il aurait d’ailleurs été nul sur la seule période de juillet-août 2026. L’automne doit apporter un éclairage sur la tendance.
La question a été étudiée de près par les statisticiens du groupe Leboncoin. Dans un rapport publié fin août, le géant des petites annonces automobiles a analysé le cas des dix voitures électriques les plus courtisées du marché, cinq ans après leur première immatriculation. La Dacia Spring est celle qui tient le mieux la distance. La VR des modèles de 2020 est en moyenne de 47 % (soit 53 % de décote sur un prix catalogue hors effet de bonus). Les Fiat 500e et Tesla Model 3 conservent en moyenne 44 % de VR d’après Leboncoin.
En France, le segment des voitures électriques d’occasion se décompose en trois grandes tranches. Celle des offres à moins de 10 000 euros, représentée par les Dacia Spring et Renault Twingo. Celle des véhicules à plus de 20 000 euros tournant en partie autour des Tesla Model 3 (23 180 euros de moyenne sur Leboncoin) et Model Y. Et entre les deux, un cœur de marché des voitures de 10 000 à 20 000 euros, où se livre une âpre bataille entre la Renault Zoe (11 477 euros de moyenne), les Peugeot e-208 (13 873 euros) et e-2008 (15 464 euros), la Volkswagen ID.3 (17 871 euros) ou encore la Kia Niro EV (18 722 euros).
Le SOH bientôt pris en compte
C’est précisément ce cœur de marché qui aujourd’hui pose un problème aux distributeurs. Pourtant pertinente en termes de réponses apportées aux attentes basiques des consommateurs, cette offre peine à rivaliser avec le catalogue VN. Comment positionner les électriques d’occasion sur l’échelle des prix ou des montants de loyer ? Comment valoriser la technologie ? Les outils d’hier ne sont plus totalement adaptés au quotidien des distributeurs. Au point que certains groupes de distribution se prennent à rêver de créer leur propre matrice si les coteurs n’apportent pas des mises à jour de leur logiciel.
Une méthode de calcul qui doit mieux prendre en compte ce qui fait la spécificité des VE d’occasion : le réel vieillissement de l’organe principal. Maintenant que le certificat de santé des batteries devient une obligation, les revendeurs gagnent un moyen de rassurer les clients et de défendre le montant indiqué sur l’étiquette. L’intégration d’un certificat SOH numérique dans les annonces est devenue un prérequis du marché : elle lève la défiance de l’acheteur. Ce sont d’ailleurs les véhicules électriques les plus anciens qui profitent le plus de cette revalorisation dès lors qu’un test SOH est présenté. Pas au point de défier la gravité dans les outils de cotation, mais au moins de remettre les VO dans ce rôle d’alternative aux VN.
A quand un grenelle de l’occasion ?
Malheureusement, le dispositif CEE VO a tout d’une coquille vide face à cette cascade de problématiques. Cela confortera les plus sceptiques dans leurs positions. De manière unanime, les concessionnaires auraient préféré que le gouvernement déterre la prime à la casse qui flécherait vers les VEO tout en participant davantage au renouvellement du parc roulant. D’autant que l’aide de quelque 300 euros n’est qu’une goutte d’eau au regard des montants d’achat ou de loyer.
Au niveau des analystes de marché, les opinions divergent sur le moyen de rendre plus compétitifs les véhicules électriques d’occasion. Entre une prime CEE plus conséquente et une prime à la casse, l’idée d’une TVA réduite n’a pas totalement disparu des conversations. Combien de temps Bercy jouera-t-il à "pas vendu, pas perdu" ? Le Mondial de l’Automobile apportera sans doute quelques annonces. Mais face à cette crise persistante et au pilotage impossible des tarifs, politiques, constructeurs, banquiers et représentants des distributeurs gagneraient à s’asseoir enfin autour d’une table pour discuter du pilotage de la dégressivité des tarifs. Il devient impératif d’organiser un Grenelle de la voiture d’occasion électrique.
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