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Constructeurs

Pour ou contre les centres PR Peugeot ?

Publié le 18 novembre 2005

Par Tanguy Merrien
7 min de lecture
Peugeot propose aux membres de son réseau de devenir ses grossistes régionaux en pièces de rechange. Si la démarche paraît logique pour les groupes qui disposent de sites géographiquement proches, la rentabilité du concept n'est pas garantie et incite les acteurs à marcher sur les plates-bandes...

...des concessionnaires Peugeot limitrophes. Témoignages.


"On nous voyait morts dès le départ et beaucoup ont parié sur la fermeture de notre site", se souvient Gervais Bayart, directeur du site Opal (Ouest Pièces Auto Logistiques). Ce site, inauguré en novembre 2003, centralise pour le groupe Dubreuil la vente de pièces de rechange au sein d'une même structure d'achat et de distribution. Sur une surface de 5 000 m2, la centrale stocke pour 5 millions d'euros de pièces de rechange sous 23 000 références. Située aux Essarts en Vendée, elle est idéalement placée pour approvisionner les 15 concessions Peugeot du groupe, ses 92 agents de marque mais également 2 300 MRA dans un rayon de 300 kilomètres. Opal s'approvisionne auprès du constructeur en réalisant deux commandes par semaine au centre PR Peugeot de Melun. Les pièces arrivent dans la nuit et les premiers camions partent aussitôt pour approvisionner les sites du groupe. "Quel que soit l'éloignement de la concession, tous nos sites sont livrés avant 8 heures du matin afin de pallier à tout manque", explique Gervais Bayart.
Depuis l'inauguration du site en 2003, Opal a fait du chemin et, comme le rappelle son directeur, "a trouvé son rythme de croisière". L'objectif de départ était d'atteindre un taux de service de 85 % contre 60 % pour les concessions ayant des magasins intégrés. Deux ans après, le taux de service mesuré au jour le jour "atteint 92 %", affirme le dirigeant qui ne tarit pas d'éloges sur ce système : "Tout est optimisé. Nos concessions disposent de stocks tampons inférieurs à 50 000 euros soit l'équivalent d'une agence. Cette rationalisation permet un meilleur service, une meilleure rentabilité et surtout une amélioration du chiffre d'affaires." Opal réalise aujourd'hui un chiffre d'affaires annuel de 35 millions d'euros contre 25 millions d'euros prévisionnel lors de son lancement.





FOCUS

Le groupe Dubreuil
18e groupe de distribution en France, 5e distributeur Peugeot avec 9 303 VN vendus en 2004 (en plus des 570 VN Citroën), le groupe Dubreuil est incontournable dans la distribution automobile avec ses 16 points de vente Peugeot et ses deux sites Citroën. Le pôle automobile du groupe Dubreuil (dont l'effectif est de 679 personnes) a réalisé un chiffre d'affaires consolidé en 2004 de 253 millions d'euros (+ 16 %) pour une rentabilité avant impôts de 0,8 %. Par ailleurs, le groupe est également présent dans la distribution de carburant, le transport aérien, la distribution alimentaire, le bricolage et la distribution de matériels de travaux publics.

La rentabilité de la centrale PR passe par un chiffre d'affaires minimum

La constitution d'une centrale de distribution PR offre donc de nombreux avantages mais ils ne sont pas garantis sur facture, comme le souligne Gervais Bayart : "Depuis le changement de règlement et la signature des nouveaux contrats, le constructeur a supprimé la livraison gratuite de nos sites secondaires. La distribution des pièces étant désormais à la charge des groupes, cela les incite à créer leur centrale d'achat PR. Le problème, c'est que la rentabilisation d'une telle centrale n'est possible qu'à partir d'un certain chiffre d'affaires." En effet, les groupes qui ont eux aussi lancé leur concept de centre régional de pièces de rechange (Bernier, Vauban, Bernard, Métin et Gemy) semblent rencontrer des fortunes diverses.
Le groupe Gemy, par exemple, a rencontré des difficultés dès sa première année d'existence (voir ci-contre). Le site, implanté à Torcé (35) et ouvert en fin d'année 2003, se trouve au milieu d'une dizaine de concessions Peugeot réparties entre la Bretagne et la Mayenne, épicentre du groupe que dirige Pascal Gérard. "Le bilan est plus que mitigé", témoigne un concessionnaire local qui poursuit : "Le groupe Gemy a dû procéder à une recapitalisation de 2,040 millions d'euros. Malgré un chiffre d'affaires de 5,662 millions d'euros en 2004, les pertes se sont élevées à 17,65 % du CA. Même pour un groupe important comme le groupe Gemy, ce genre de structures est mal adapté." Pour ce distributeur, "une telle centrale nécessite un coût de personnel élevé et une logistique coûteuse, alors que les prix de vente aux MRA et aux agents ne peuvent être augmentés sans risquer de les voir partir s'approvisionner ailleurs."

La fin de l'exclusivité territoriale ouvre grand les portes de la concurrence entre concessionnaires Peugeot

Ne disposant pas d'une offre multimarque, comme Motrio ou Motorcraft, les centres PR Peugeot en mal de rentabilité sont obligés d'aller marcher sur les plates-bandes des autres concessionnaires de la marque. Les premiers effets de la suppression de l'exclusivité territoriale imposée par le nouveau règlement. "Lorsque notre groupe a repris un site au Mans, ils se sont mis à prospecter et à démarcher sur notre territoire", s'insurge Gervais Bayard. "Juste retour des choses", répond, quant à lui, Pascal Gérard (lire par ailleurs).
Le cas s'est également produit en région parisienne quand le groupe Bernier a ouvert une centrale PR sur le territoire du groupe Vauban. Au départ, Denis Bernier avait demandé l'autorisation d'ouvrir un magasin PR très proche des sites du groupe Vauban, "avec une lettre d'intention expliquant qu'il n'irait pas démarcher notre clientèle", se souvient Olivier Hossard, P-dg du groupe Vauban. Toutefois, la nouvelle réglementation européenne est entrée en vigueur et les accords d'hier, "même entre amis", n'étaient plus valables.
Ces situations ne semblent pas émouvoir outre mesure le constructeur. De l'avis de certains distributeurs, celui-ci laisserait faire. Pour d'autres, il favoriserait même ces situations. "Peugeot a bien ficelé sa stratégie en forçant la main des distributeurs pour que ceux-ci mettent en place des centrales PR laissant notamment les coûts (logistique, facturation de la livraison des sites secondaires…) à la charge des concessionnaires." Néanmoins, pour Olivier Hossard, le résultat reste globalement positif : "On s'en sort finalement avec une qualité de service et une capacité de stockage bien supérieures." Il conclut : "la mise en place d'une telle centrale n'est pas évidente mais l'évolution vers un métier de grossiste PR est inévitable dans le cadre d'une organisation des groupes en plaques géographiques."


Tanguy Merrien





QUESTIONS A

Pascal Gérard, P-dg du groupe Gemy

Journal de l'Automobile. Votre centre PR a connu un démarrage difficile, avec un faible chiffre d'affaires et des pertes significatives qui vous ont obligés à procéder à une recapitalisation. Comment l'expliquez-vous ?
Pascal Gérard. Notre centre de distribution Gemy PR a eu en effet des débuts compliqués. Il n'a pas été en mesure d'être efficace immédiatement sur toute sa zone de chalandise. Au début de l'année 2004, notre centre PR n'approvisionnait que la zone de Laval. Il a étendu son activité progressivement tout au long de l'année, dans les zones de Vitré, Fougères, Angers et enfin Saumur à la fin décembre. Entre-temps, notre groupe a repris une plaque en Bretagne que le centre PR approvisionne également aujourd'hui. Cette mise en route progressive explique la faiblesse de notre chiffre d'affaires 2004 (5 millions d'euros). En revanche, nous tablons sur 45 millions d'euros cette année.


JA. La distribution des pièces de rechange semble être un sujet conflictuel dans le réseau Peugeot. Vos voisins vous accusent de marcher sur leurs plates-bandes. Que leur répondez-vous ?
PG. Opal, puisque c'est du centre PR du groupe Dubreuil qu'il s'agit, possédait quelques longueurs d'avance sur nous. Ce centre a commencé par démarcher au nord de sa zone de chalandise qui était, du coup, le sud de la nôtre. Naturellement, quand nous avons été capables de riposter, nous l'avons fait. D'autant plus, que le site Dubreuil, situé au Mans, est isolé et éloigné de 200 km d'Opal. Ce site n'a d'autre choix raisonnable que de s'approvisionner chez nous ou chez un grossiste local.


JA. Cette concurrence intramarque vous paraît-elle positive et vous sentez-vous capable d'y faire face ?
PG. Ces affrontements sont, somme toute, logiques, Gemy PR et Opal sont deux monstres qui testent leurs capacités. Je comprends l'énervement de certains de mes confrères. Gemy PR a aujourd'hui un fonctionnement plus économique et rentable que d'autres centres PR et apporte un service que nos concurrents ne sont pas capables de fournir. Honnêtement, cela me fait plaisir que notre réussite attise la convoitise de mes voisins.

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