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Constructeurs

Patrick Cholton (FFC) : "Nos entreprises sont mieux structurées qu’en 2008"

Publié le 2 avril 2020

Par Mohamed Aredjal
5 min de lecture
Pleinement mobilisée dans la lutte contre le coronavirus, la FFC soutient également activement la filière pendant cette crise. Président de la fédération, Patrick Cholton se montre optimiste et prépare au mieux la reprise d’activité avec ses adhérents.
Depuis le début de l'épidémie, toute l'équipe de la Fédération française de carrosserie (FFC) s'est mobilisée pour apporter un service d'assistance à ses adhérents.
Depuis le début de l'épidémie, toute l'équipe de la Fédération française de carrosserie (FFC) s'est mobilisée pour apporter un service d'assistance à ses adhérents.

 

JA. Quel dispositif avez-vous mis en place pour soutenir vos adhérents dans vos différentes branches (constructeurs, équipementiers et réparateurs) face à cette crise ?

PC. Pendant les 15 premiers jours du confinement, nous nous sommes concentrés sur l’accompagnement de nos adhérents, ce qui explique d’ailleurs notre discrétion dans les médias. Toutes les mesures et actions du gouvernement ont été relayées à l’ensemble de nos chefs d’entreprises pour les aider à piloter au mieux leur activité dans le contexte actuel. Aujourd’hui, nous avons deux objectifs principaux au sein de la FFC. Le premier, c’est lutter le plus efficacement possible contre le Covid-19 en facilitant l’acheminement du matériel médical, des produits pharmaceutiques ou encore des denrées alimentaires. Notre deuxième objectif, c’est de conserver un minimum d’activité pour anticiper la reprise. Autrement, les conséquences de cette crise seront encore plus graves à sa sortie ! Il faut faire en sorte que les ateliers tournent même si c’est avec un minimum d’activité. Toutes branches confondues, 50 % de nos adhérents ont d’ailleurs choisi de maintenir leurs services avec, évidemment, une organisation réduite appliquant les recommandations sanitaires préconisées par le gouvernement. Même si elle n’a pas été placée en première ligne par le président Emmanuel Macron, notre filière est pleinement mobilisée dans le maintien des services de transport d’urgence notamment. La profession doit rester soudée et faire front à un "ennemi invisible", pour paraphraser le président de la République. C’est pourquoi nous avons adressé un courrier à six ministres pour leur signaler qu’il y a un décalage entre les discours et la réalité du terrain. Nous avons également demandé au gouvernement qu’il dédie un conseiller à la filière du véhicule industriel. L’idée est de remonter les informations du terrain auprès d’un relais identifié pour une meilleure réactivité.

 

JA. A quelles difficultés doivent faire face vos adhérents toujours en activité ?

PC. Les carrossiers constructeurs apportent un maximum de services à tous les professionnels du transport pour éviter l’immobilisation de leurs véhicules. C’est une course contre-la-montre quotidienne ! Mais dans les ateliers de production, nous manquons aujourd’hui de masques. Jusqu’à présent, toutes les source de production ont été bloquées par les Etats et nos entreprises ne peuvent plus s’approvisionner. Pour vous donner un chiffre, les carrossiers constructeurs représentent aujourd’hui 20 000 salariés : il nous faudrait donc 2 millions de masques pour maintenir nos activités. C’est pour cette raison que nous avons sollicité le gouvernement pour qu’il mette à la disposition des PME et TPE une filière spécifique pour commander ces équipements de protection. Quant aux carrossiers réparateurs, ils font face de leur côté à de grosses difficultés d’approvisionnement en pièces de rechange, de peinture, etc. Une majeure partie d’entre eux ont dû fermer leurs portes en gardant toutefois un service d’urgence.

 

JA. Quelles pourraient être, selon vous, les conséquences de cette crise sur la filière carrosserie ?

PC. Globalement, nos entreprises se sont renforcées depuis la crise de 2008. L’activité a été très bonne ces dernières années, ce qui devrait aider une partie de la filière à surmonter cette mauvaise passe. Le principal problème auquel nous faisons face, finalement, c’est le manque de visibilité. Il y a de nombreux paramètres que nous ne maîtrisons pas malheureusement. Pour vous donner un exemple, les ateliers de nos carrossiers constructeurs manquent aujourd’hui de pièces issues de la production chinoise. Or, les usines en Chine ont été arrêtées pendant deux mois et reprennent à peine leur activité. Avant de recevoir ces nouvelles productions, il faudra probablement attendre trois mois. Les dernières commandes ne seront donc pas livrées, au mieux, avant juin. La sortie du confinement suscite aussi de nombreuses interrogations. Le climat peut paraître anxiogène car nous ne savons pas encore quand cette crise prendra fin mais plusieurs éléments nous permettent de garder confiance. Nous sommes déjà mieux armés qu’en 2008. A l’époque, l’arrêt d’activité avait été tout aussi brutal et les entreprises avaient dû procéder à de nombreux licenciements. Aujourd’hui, les entreprises sont beaucoup mieux structurées. Quant au dispositif de soutien mis en place par l’Etat, il est sans commune mesure avec celui qui avait été déployé en 2008.

 

JA. Est-ce possible de préparer une sortie de crise en naviguant ainsi à vue ?

PC. Nous veillons dans ce but à maintenir une excellente relation avec le gouvernement, avec la PFA et le comité stratégique de la filière pour obtenir les dernières informations dans divers domaines (social, juridique, etc.) pour les remonter à nos chefs d’entreprises. Notre service FFC Expert est très sollicité puisqu’il reçoit plusieurs centaines d’appels depuis une quinzaine de jours. Nous faisons feu de tout bois pour répondre à ces interrogations ! La fédération étant notamment le seul représentant de la filière VI, nous veillerons à ce qu’elle soit soutenue. Je reste très optimiste : si tout le monde se serre les coudes, nous nous en sortirons ! D’autant que contrairement à certains de nos voisins européens qui ont privilégié une stratégie axée sur le volume, les carrossiers français ont misé sur les petites séries en développant un véritable savoir-faire autour de ces productions. Ces expertises et cette réactivité représentent de précieux atouts dans le contexte de marché actuel.

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