...de la remise du prix de l'Homme de l'Année, il est revenu, toujours détendu et affable, sur son action à la tête de la Fiat, refusant d'endosser le costume de sauveur, mais affirmant avec force ses convictions et ses ambitions.
Journal de l'automobile. Pouvez-vous nous raconter les circonstances de votre arrivée surprise à la tête du groupe ?
Sergio Marchionne. Même si je siégeais déjà au conseil d'administration du groupe depuis 2003, à la demande de M. Umberto Agnelli, on peut effectivement parler d'arrivée surprise. Quand on m'a sollicité, je n'ai pas hésité longtemps. J'ai toujours eu un respect et un attachement très forts pour la Fiat, une institution qu'on ne pouvait pas laisser tomber ainsi en déliquescence… J'ai donc accepté de relever ce défi, même si je dois reconnaître qu'à mon arrivée, les choses étaient encore pires que ce que j'avais pu imaginer.
JA. Quelle a été votre recette pour remettre d'aplomb un groupe moribond que la plupart des spécialistes pensaient voué à une inéluctable perte ?
SM. Il n'y a pas de recette miraculeuse… Toutefois, j'avais quelques convictions et avec mon équipe, nous avons opéré plusieurs réorganisations salutaires. Historiquement, Fiat avait décidé d'opter pour une stratégie de diversification, au-delà de l'automobile, afin d'atténuer les effets de cycle propres à l'industrie auto. L'idée est tout à fait recevable, mais en fait, la vaste holding ainsi constituée ne fonctionnait plus… Elle souffrait d'une trop forte dilution et le pôle auto n'était pas assez soutenu. Nous avons donc décidé de nous recentrer fortement sur l'activité industrielle et de nous éloigner des sphères purement financières, comme en atteste la cession de notre participation dans la Banca Unione di Credito par exemple. Ce recentrage s'est accompagné d'une nouvelle organisation, avec de nouveaux hommes aussi, instaurant une différenciation entre le domaine de la créativité sur les produits et leur commercialisation et la problématique industrielle à proprement parler, située plus en amont. Ce distinguo est essentiel et n'existait pas auparavant. L'échec de la Stilo s'explique notamment par le fait que ce véhicule avait été uniquement pensé et conçu par des ingénieurs. Mon rôle principal est de gérer cette articulation majeure. En veillant d'une part, à ce que chacun dispose d'une grande liberté et d'une véritable autonomie pour développer les différentes marques et d'autre part, à ce que toutes les autres activités, ingénierie, qualité, production, etc., soient dans un périmètre voisin avec des applications transverses à l'ensemble des marques.