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Constructeurs

André Citroën, un industriel au Panthéon ?

Publié le 24 juin 2024

Par Jean-Baptiste Kapela
6 min de lecture
Depuis 2021, Henri-Jacques Citroën tente de faire entendre sa voix pour faire entrer son grand-père, André Citroën, au Panthéon. Pour l’histoire sociale, économique et industrielle du père de la marque aux chevrons, la démarche crée l’engouement de nombreuses personnalités d’horizons variés.
André Citroen
André Citroën et sa femme Geogina Bingen. ©Henri-Jacques Citroën

Quel Français n'a pas d'histoire avec une Citroën ? Que ce soit avec la traction, la deux-chevaux ou encore la DS, l’affection pour la marque aux chevrons est commune à tous. Il serait ambitieux de comptabiliser le nombre de trajets réalisés dans ces véhicules. Plus de cent ans après la première voiture Citroën, le rayonnement de la marque a supplanté l’homme qui l’a créée et lui a donné son nom : André Citroën.

 

Un nom que l’on ne retrouve pas assez dans les livres d’histoire d’écoliers, mais qui a pourtant marqué l'industrie et l'économie française. Son petit-fils, Henri-Jacques Citroën, a pris la décision de remettre le nom de son grand-père sur le devant de la scène en faisant la demande de panthéonisation de ce dernier.

 

"J’ai eu cette idée en 2021, lorsque le président Emmanuel Macron a décidé de faire entrer Joséphine Baker au Panthéon. C'était une grande copine de mon grand-père. Elle a d’ailleurs revisité sa célèbre chanson J'ai deux amours en faisant l'éloge de Citroën. Je me suis dit qu’elle avait tous les mérites d’y entrer, mais que mon grand-père aussi. La présidente du comité Joséphine Baker, soutient aussi la démarche, explique Henri-Jacques Citroën. La suggestion a donc été émise en 2021 auprès du directeur de cabinet, en pleine campagne pour la présidentielle, ce qui a retardé la proposition."

 

Un engouement autour de Citroën

 

Pour appuyer sa démarche et la proposer au bon moment, Henri-Jacques Citroën attend septembre 2022 et constitue un comité. "Il faut que la société française soit représentée dans toute sa diversité avec des personnalités qui viennent de tous bords", précise le petit-fils de l’ingénieur. La liste du comité se compose de 81 personnes dont des députés, des sénateurs, des ambassadeurs et des personnalités du monde de l’entreprise, de l’automobile et des médias.

 

"En août 2023, j’ai remis les dossiers avec la liste du comité et tous les arguments en faveur de sa panthéonisation. Pour faciliter la prise de décision, nous avons élaboré une liste d’événements qui pourraient permettre de donner lieu à une annonce du président. L’intronisation de mon grand-père permettrait d’envoyer un message fort en faveur de la réindustrialisation, de la cohésion, du renforcement du rôle de la femme et de l’avant-garde technique et économique", souligne Henri-Jacques Citroën.

 

Un engouement pour la marque aux chevrons

 

Le petit-fils de l'industriel se mobilise énormément pour permettre la réalisation de ce projet. Toutes les deux semaines, il publie des posts sur son grand-père sur les réseaux sociaux qui cumulent des milliers de likes et des centaines de commentaires positifs. À chacun de ses déplacements en France, le petit-fils d’André Citroën attire de nombreuses personnes enthousiastes à l’idée de voir l’industriel panthéonisé.

 

"Depuis le centenaire de Citroën en France, je ressens une émotion incroyable dans tous les rassemblements. Un centenaire qui a d’ailleurs été fêté pendant plus d’un an. Rares sont les entreprises qui célèbrent aussi longtemps un anniversaire", met en avant Henri-Jacques Citroën.

 

A lire aussi : Thierry Koskas : "Citroën est et doit rester une marque populaire"

 

Une effervescence qui s’étend au-delà des frontières hexagonales. Comme en Pologne, l’un des pays d’origine d’André Citroën, en février 2024. "Quand je me suis rendu sur place, pour l’inauguration d’une place dédiée à mon grand-père, je ne m’attendais pas à ce que ma visite suscite un tel engouement. Lorsque je suis sorti de la voiture pour rejoindre l’ambassadeur, c’était la ruée vers ma personne et je n’ai jamais parlé devant autant de micros et été filmé par autant de caméras. J’ai même fait des autographes sur le capot de vieilles Citroën, sur des moteurs ou encore sur des petites voitures", s’amuse Henri-Jacques Citroën.

 

Plus qu’un simple industriel

 

André Citroën a eu un parcours atypique et avant-gardiste pour son époque. Fils d’immigrés, d’un père néerlandais et d’une mère polonaise, il obtient la naturalisation française à l'âge de 18 ans pour intégrer l’école polytechnique. Pour la petite histoire, c’est à ses 20 ans, en vacances en Pologne, lors de la visite d’une fonderie, qu’il découvre l’engrenage à chevrons, qui deviendra l’emblème de la marque. Il achète le brevet et ouvre sa première entreprise en 1901 : Engrenage Citroën.

 

Quatorze ans plus tard, la Grande Guerre le rattrape et il combattra dans les tranchées. Au front, la faiblesse de l’armement français le pousse à se placer derrière les lignes pour mettre à profit ses talents d'industriel pour la fabrication d’obus. En quatre mois, après une réunion avec le ministre de la Guerre, il fait construire une usine d’obus sur le terrain de Javel dans le XVᵉ arrondissement de Paris.

 

Début dans l’automobile

 

La manufacture emploie 3 500 personnes dans un premier temps, et atteindra progressivement les 13 000 employés. Majoritairement des femmes, il fait installer une nurserie, une infirmerie et des primes mensuelles naissance et allaitement pour celles qui ont accouché. Une considération pour les femmes peu commune pour l’époque. Dans les années 1930, il lancera d’ailleurs une campagne de publicité ayant pour slogan "la femme moderne ne circule qu’en Citroën". Une communication qui choque à une époque où l’automobile était empreinte de machisme.

 

Inspiré par le fordisme aux États-Unis, il convertit son usine dans la production automobile de série afin de proposer des véhicules accessibles et dans l’air du temps. Les premiers véhicules sortiront d’usine en 1919 et l’aventure automobile que l’on connaît débute. Elle donnera naissance à la mythique Traction qui célèbre cette année ses 90 ans, à la B10, la première voiture entièrement en acier ou encore à la Rosalie. Il met en avant l’aspect social avec une politique novatrice en la matière.

 

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©Henri-Jacques Citroën

 

Pas encore de retour du président

 

Une aventure qui ne durera qu’une quinzaine d'années puisque André Citroën décèdera en 1935, à l'âge de 57 ans. L’automobile française navigue au rythme de la marque aux chevrons durant tout le vingtième siècle avec l’emblématique 2CV, la présidentielle DS, la Méhari ou encore la C6. Des modèles qui se placent comme de véritables marqueurs temporels et qui attirent toujours de nombreux adeptes et collectionneurs dans le monde. Il est fait Grand-Officier de la Légion d'honneur et comptera parmi les personnalités de l’Automotive Hall of Fame outre Atlantique.

 

"Le président François Hollande s'est dit qu’il serait intéressant de panthéoniser un industriel. Pour lui, deux personnalités cochent toutes les cases : Michelin et Citroën", sourit Henri-Jacques Citroën. Le manifeste est dans les mains du président et lui seul peut rendre le verdict final. "Je n’ai pas encore eu de retour quant à ma proposition, mais je sais que la demande est étudiée. Dans le contexte social et géopolitique actuel, mon grand-père serait un bel exemple à donner aux industriels", soutient Henri-Jacques Citroën.

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