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Constructeurs

Smart Hambach : le calendrier 2006

Publié le 17 février 2006

Par Alexandre Guillet
5 min de lecture
Alors que le projet "451" est en marche depuis début janvier sur le site d'Hambach, nous vous dévoilons la feuille de route de l'usine. Un échéancier aux accents d'épée de Damoclès pour la jeune filiale de DaimlerChrysler. Nous évoquions récemment dans nos colonnes...

..."une année à mi-temps" pour le site d'Hambach (voir JA n°945), ce qui a heurté certains responsables syndicaux de l'usine. Ils estiment "trimballer une mauvaise image, souvent amplifiée par les approximations des médias et même par la stratégie de communication de Smart France qui n'est pas des meilleures…" Certes, tout n'est pas rose… "Nous sommes conscients des erreurs de la direction, que ce soit pour l'installation de caméras dans les toilettes de l'usine ou, à une autre échelle, pour le lancement mal calibré d'un modèle comme la Forfour. Idem pour la mise en production hâtive du roadster alors que nous avions alerté la direction de l'époque sur les importants problèmes de qualité, au niveau des entrées d'eau, que nous rencontrions. Résultat : on reprenait les voitures trois ou quatre fois et on privilégiait la quantité à la qualité", reconnaît un représentant syndical, avant de poursuivre : "Mais l'essentiel n'est pas là. Smart connaît de grosses difficultés et nous devons nous accrocher pour sauver l'outil de travail et les emplois". Une opération survie qui sera largement conditionnée par le destin du modèle encore codé "451". Une opération survie qui ne se fera pas à n'importe quel prix.

Halte aux amalgames !

"On entend dire tout et n'importe quoi sur Hambach, alors que tout ne se passe pas si mal que ça. Ainsi, nous avons négocié une augmentation des salaires de 1,5 % en janvier et si tout se passe bien, une nouvelle augmentation de 2 % en octobre. Donc, il ne faut pas cracher dans la soupe", lance un représentant syndical tout en ajoutant : "De même, avec l'adaptation des lignes de l'usine pour le modèle "451", on fait l'amalgame entre absence de production et chômage technique. C'est absurde…". En fait, les différents syndicats (CGT, CFDT, CGC, FO et CFTC) ont négocié avec la direction en 2005, puis validé un report d'heures sur 2006 (repos compensateur pris par anticipation) correspondant à un panier de 80 heures. Ces dernières sont majorées comme les heures supplémentaires, c'est-à-dire à hauteur de 25 %. Par ailleurs, il convient de prendre en compte le programme de formation, de l'ordre d'une centaine d'heures pour l'ensemble du personnel concerné par les opérations de montage. Par exemple, une vaste session de formations est actuellement prévue du 7 au 23 juin. En outre, il y a les traditionnelles périodes de try-out (montage et faisabilité des nouvelles pièces sur le nouveau modèle) : les semaines 29 et 30 (juillet) sont figées car il s'agira de la première mise au point "produit&processus" sur la ligne de production ; le second try-out doit intervenir début octobre mais sa durée n'est pas encore strictement définie car des jours de production supplémentaires pourraient être dégagés sur cette période ; enfin, le 3e try-out devrait intervenir entre fin novembre et début décembre pour permettre la production jusqu'au 15 novembre et ouvrir la possibilité d'augmenter la durée du "Stress test" afin de rattraper un éventuel décalage lié aux contraintes de livraison. Enfin, des plages de travaux sont inévitables pour agencer la ligne d'assemblage en fonction de la nouvelle donne "production de l'ancien modèle-lancement du nouveau 451". Les mois de juin et juillet (semaines 23 à 28) s'apparenteront ainsi à un vaste chantier avec le vidage de la ligne pour le montage final prévu aux alentours du 6 juin notamment.

"Se battre pour sauver l'emploi"

En somme, comme l'affirme un représentant syndical, "nous ne sommes pas du tout dans un scénario d'inactivité totale ou de chômage technique, mais bel et bien dans une phase d'adaptation industrielle classique". Et d'ajouter : "par ailleurs, on peut reconnaître que la direction a toujours travaillé dans le sens de la flexibilité et du report d'heures, c'est-à-dire de la modulation. Donc, le personnel ne subit pas des coupes dans les salaires". Le fait que la réduction de temps de cycle (de 2,3 à 2,08 dans un 1er temps, puis de 2,08 à 1,87 entre la semaine 31 et 32) ne se fasse pas au détriment des conditions de travail des salariés semble corroborer cette affirmation. D'autant que simultanément, la direction assure que l'éventuel dégagement de jours de production supplémentaires (entre 9 et 12 jours) n'aurait pas "d'impact sur les compteurs", puisque les horaires seraient alors plus courts. Bref, loin de l'image du conflit social larvé parfois brossée ici et là jusqu'à la caricature, le site d'Hambach vit plutôt au rythme de la négociation et des efforts mis en œuvre pour sa survie. "Si l'ambiance est actuellement tendue, ce n'est pas à cause de supposés conflits ouverts avec la direction, même s'il peut y avoir les petites tensions inhérentes à la vie de toute usine, c'est tout simplement à cause de la peur de perdre son emploi. Il faut bien comprendre que le site a ouvert à la fin des années 90 avec une moyenne d'âge très jeune. Aujourd'hui, ces jeunes gens sont mariés, avec des enfants, des crédits…", assène un représentant syndical, avant de conclure : "Il faut se battre dans le bon sens : pour assurer la réussite du modèle 451 et sauver l'emploi". L'usine d'Hambach représente en effet 2 000 emplois, sans parler des emplois indirects liés aux fournisseurs. Un enjeu de taille qu'un représentant syndical résume ainsi : "La fin de l'usine serait désastreuse pour un bassin qui a souffert de la fermeture de ses mines de charbons et qui voyait en Smartville une chance et une opportunité de re-dynamisation de la région…"


Alexandre Guillet

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