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Constructeurs

“Norbert Reithofer est un président “Efficient Dynamics””

Publié le 21 avril 2015

Par Alexandre Guillet
4 min de lecture
Toujours aussi mesuré et affable, Serge Naudin se pique pourtant soudain d’enthousiasme lorsqu’il s’agit d’évoquer la présidence de Norbert Reithofer. Eléments de portrait d’un grand dirigeant charismatique, mais volontiers discret.
Serge Naudin, président du directoire de BMW Group France.

JOURNAL DE L’AUTOMOBILE. S’il ne devait y en avoir qu’un, quel fait marquant de Norbert Reithofer à la tête de BMW isoleriez-vous ?
SERGE NAUDIN.
Je me souviens avoir rejoint le bureau exécutif du groupe à la fin de l’année 2006 et début 2007, j’ai été convié avec d’autres dirigeants pour une réunion de travail sur le plan Number One. Je garde parfaitement en mémoire que nous notions nos idées et nos réflexions sur des petits murs et que nous avons ensuite fait tomber ces murs. Pour Norbert Reithofer, il ne s’agissait pas de faire table rase du passé, loin de là, mais de nous inciter à nous remettre en question, à réactualiser nos méthodes de pensée et à faire preuve de créativité. Le plan Number One, pour “New opportunities, new efficiency”, constitue assurément l’un des actes fondateurs notables dans la riche histoire du groupe. Norbert Reithofer voulait nous emmener dans son sillage pour tracer le chemin vers une croissance vertueuse et il avait dès le début une vision holistique de cet enjeu, bien au-delà des seules questions environnementales.

JA. A peine le plan Number One est-il mis en œuvre que la grande crise financière éclate : comment le groupe a-t-il géré ce séisme ?
SN.
Tout le monde a dû consentir à des efforts significatifs, mais la grande clairvoyance de Norbert Reithofer aura été de préserver à tout prix les projets et les compétences. Ceci a permis au groupe BMW de repartir très rapidement de l’avant dès le début de la reprise. C’est la marque d’un grand dirigeant.

JA. Le plan Number One que vous évoquez comprend aussi, dès 2007, un vaste volet sur la connectivité et les énergies alternatives : comment faut-il l’interpréter ?
SN.
J’y vois la marque des qualités d’anticipation de Norbert Reithofer. On peut dire que le stratège a une dimension visionnaire et les projets BMW i, Megacity, les programmes UR:BAN ou des initiatives comme DriveNow ou ParkNow en sont quelques exemples très concrets. Norbert Reithofer a identifié avant les autres, et de surcroît avec une grande précision, l’ampleur qu’allaient prendre les nouveaux enjeux de mobilité individuelle et de développement durable. Il a très tôt affirmé que BMW devait être le groupe leader pour les voitures Premium, mais aussi pour les services de la mobilité individuelle. Comme je le disais à l’instant, il fait valoir une vision holistique de l’évolution de notre secteur et les fondamentaux, comme l’optimisation de l’outil industriel ou des plates-formes ou les ressources humaines, sont aussi orientés vers l’innovation.

JA. Vous qui travaillez avec Norbert Reithofer depuis plusieurs années, quel portrait brosseriez-vous de lui en manager ?
SN.
Il est passionné par tous les projets, comme un ingénieur de formation. Dans un premier temps, il vous écoute très attentivement, en étant toujours très impliqué et en vous regardant droit dans les yeux. Ensuite, il pose des questions d’une grande précision, qui vont droit au but. Son aptitude à la synthèse est remarquable et en somme, on peut dire que sa présence dégage de la puissance, même si son charisme reste sobre.

JA. Comment expliquez-vous qu’il soit si peu médiatisé en France, ainsi qu’en Allemagne d’ailleurs si on tient compte de l’importance du groupe BMW ?
SN.
Il sait prendre les bonnes décisions quand il le faut et emporter l’adhésion de toutes ses équipes, mais il est vrai qu’il ne cherche pas à se mettre en avant ou à occuper outre mesure l’espace médiatique, y compris en Allemagne. J’évoquais à l’instant un charisme sobre et je peux me risquer au jeu de mots d’un président “Efficient Dynamics”. Vous pouvez par ailleurs constater qu’il ne se disperse pas, car outre BMW, il n’a pas d’autre mandat, hormis un seul, et encore très récent, au Conseil de Surveillance de Siemens. Il n’en reste pas moins très écouté et influent. Ainsi, l’an passé, lors du Conseil des Ministres franco-allemand organisé à l’initiative du Président François Hollande, Norbert Reithofer accompagnait la Chancelière Angela Merkel. On le voit aussi régulièrement aux rencontres franco-allemandes d’Evian.

JA. Si cela peut encore avoir un sens à l’ère de la globalisation, diriez-vous que c’est un grand patron allemand ?
SN.
Oui, dans la mesure où sa rigueur, sa précision et sa discrétion sont le reflet de la culture allemande. On peut ajouter que dans le privé, son naturel Bavarois ressort volontiers, dialecte compris. Mais bien entendu, Norbert Reithofer est avant tout un grand dirigeant cosmopolite, marqué par ses expériences professionnelles aux USA, en Afrique du Sud et un homme de culture. Volontiers francophile de surcroît et il a d’ailleurs été fait Chevalier de la Légion d’Honneur.

 

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