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Constructeurs

DaimlerChrysler : Anatomie d’une fusion

Publié le 26 janvier 2007

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Par Alexandre Guillet
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6 min de lecture
Issu de la fusion historique de 1998, le groupe DaimlerChrysler présente le visage d'un géant hétéroclite. Le portefeuille des marques est d'une rare richesse, mais sa cohérence ne s'impose pas encore avec la force des évidences. D'ailleurs, après l'euphorie de la naissance de la "Welt...
Issu de la fusion historique de 1998, le groupe DaimlerChrysler présente le visage d'un géant hétéroclite. Le portefeuille des marques est d'une rare richesse, mais sa cohérence ne s'impose pas encore avec la force des évidences. D'ailleurs, après l'euphorie de la naissance de la "Welt...

...AG", un plan de restructuration drastique a rapidement été mis en œuvre. Aujourd'hui, si l'heure est toujours à la rationalisation, l'avenir du groupe s'annonce sous les meilleurs auspices.

De l'association des noms Daimler et Chrysler émane un parfum de mythologie automobile. Allemagne, 1865 : Wilhelm Maybach rencontre Gottlieb Daimler. Les deux jeunes hommes deviennent amis et partiront travailler ensemble à la Gasmotorenfabrik Deutz dès 1869. Par la suite, en dépit de multiples vicissitudes et de changements d'entreprises, ils œuvrent pour l'épopée de l'automobile en inventant une pléiade de moteurs et de voitures. Dans le même temps, Karl Benz dépose aussi un brevet de voiture à moteur. En 1902, la marque Mercedes est déposée. L'histoire raconte qu'il s'agit du nom de la fille d'Emil Jellinek, un concessionnaire autrichien qui commandait des modèles Daimler, mais les vendait sous le nom de Mercedes pour éviter des écueils juridiques. La terrible crise économique des années 20 engendre la fusion de Daimler et Benz qui deviennent Daimler-Benz AG. L'histoire contemporaine est lancée. Dans l'hexagone, la filiale française voit le jour en 1970, un an après le rachat de l'importateur Royal Elysées SA par la Daimler-Benz AG. Détroit, 1924 : Walter P. Chrysler, un ancien de chez Buick et de chez Willys, présente sa première limousine, la Six. Dès l'année suivante, il fonde la Chrysler Corporation. C'est le début d'une montée en puissance irrésistible avec l'intégration de Dodge et la création de marques comme De Soto et Plymouth. Et d'une rivalité avec GM et Ford, les trois groupes composant ce qu'il était convenu d'appeler, avant leurs déboires, le Big Three. Dès les années 20, le groupe prend position en Europe, mais son évolution ne suivra pas un cours linéaire. En 1978, le groupe vend ainsi ses activités européennes à Peugeot et disparaît des show-rooms. Il faudra quasiment attendre une décennie pour revoir des modèles du groupe. Et notamment des Jeep (marque officiellement déposée en 1950 mais révélée en tant que modèle par l'armée américaine dès 1941) suite au rachat d'American Motors.

Hiver 1997-janvier 1998 : à l'initiative de Jürgen Schrempp, alors président de Daimler-Benz, les premiers contacts entre Daimler-Benz et Chrysler sont noués. Moins de six mois plus tard, la fusion est annoncée et fait l'effet d'une bombe dans le monde automobile ! Le groupe s'invite en effet de facto sur la troisième marche du podium mondial et les chiffres impressionnent : 420 000 salariés, un chiffre d'affaires annuel de 130 milliards de $ et un bénéfice de près de 7 milliards de $. Jürgen Schrempp et Robert Eaton, les deux boss, annoncent que "chaque marque gardera son autonomie et ses spécificités" et martèlent leur volonté de "devenir la firme la plus rentable du monde". L'idée est aussi de peser fortement sur les équipementiers pour obtenir de meilleures conditions d'achat et de se développer en Asie où les deux groupes manquent de points d'ancrage. La photo de famille est splendide mais le ciel n'est pourtant pas complètement dégagé. On murmure déjà que ce n'est pas à proprement parler une fusion, mais bel et bien un rachat de Chrysler par son homologue allemand (la firme de Stuttgart détiendra ainsi 57 % du groupe et Jürgen Schrempp a négocié sa place de président). Cette histoire de "fausse fusion entre égaux" fait encore la une aujourd'hui, car plusieurs actionnaires-dont un certain Kirk Kerkorian- ont traîné le groupe devant les tribunaux.

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