Electra veut devenir "l’Android" de la mobilité électrique

Déjà bien implanté dans le secteur très concurrentiel de la recharge ultrarapide – de plus de 150 kW –, Electra aspire à aller plus loin. En effet, l’opérateur français vient de partager ses performances en 2025 et ses ambitions à court et moyen termes.
À ce jour, Electra se présente comme le premier opérateur de recharge rapide en France et le quatrième en Europe. En mai 2026, l’entreprise s’affiche donc en pole position des opérateurs, avec 19,2 % de part de marché en kWh d’énergie délivrée sur la recharge rapide, devant Ionity (11,5 %) ou encore Izivia (9,8 %). Précisons que ce classement écarte Tesla, qui représente une part de marché comprise entre 15 % et 20 %.
En matière de taux d’utilisation, "un indicateur très regardé par les investisseurs et les partenaires fonciers", selon Aurélien de Meaux, directeur général de l’entreprise, Electra enregistre en moyenne 6,5 charges par jour et par borne. Un taux 2,3 fois supérieur à celui du marché, dont la moyenne tourne autour de 2,8 charges par borne de recharge et par jour.
En trois ans, Electra a vu ses revenus multipliés par 32, passant de 5 millions d’euros en 2023 à 23 millions en 2024, puis à 66 millions en 2025. L’opérateur de recharge français estime que ses revenus devraient atteindre 160 millions d’euros en 2026.
Devenir l’Android de la recharge
Dans un marché français où le parc de véhicules électriques devrait atteindre cinq millions d’unités en 2030, puis douze millions en 2035, Electra ne compte pas se reposer sur ses lauriers. L’entreprise, fondée en 2021, ne souhaite pas proposer une énième carte de mobilité et perçoit dans l’utilisation des véhicules électriques une rupture profonde.
En effet, l’opérateur prend pour modèle Tesla, qui a intégré la recharge dans un écosystème où le véhicule est entièrement connecté, sans nécessité d’utiliser un moyen de paiement, avec une disponibilité des bornes en temps réel et des itinéraires planifiés de manière automatique.
"Tesla agit sur un modèle similaire à Apple, avec une expérience très aboutie et une grande simplicité d’usage. Pour le reste des opérateurs, le parcours est moins intégré et nécessite en général plusieurs applications selon les réseaux pour comparer le prix des bornes", affirme Aurélien de Meaux.
En conséquence, le directeur général d’Electra ambitionne de créer l’équivalent de "l’Android de la recharge". L’entreprise souhaite donc simplifier au maximum l’expérience, quel que soit le véhicule.
Electra propose trois solutions. Dans un premier temps, l’entreprise souhaite lancer un outil copilote qui doit permettre de trouver facilement les bornes et d’organiser les trajets plus efficacement. Ensuite, pour répondre aux inquiétudes concernant l’opacité des prix de la recharge, l’opérateur souhaite proposer une tarification "juste et transparente". Enfin, l’entreprise compte beaucoup sur ses stations intelligentes de nouvelle génération, qu’elle déploie par anticipation de l’arrivée de nouveaux véhicules.
La nouvelle application Electra, la clé
Pour se donner les moyens de ses ambitions, l’entreprise compte exploiter au mieux une nouvelle application à partir du 29 juin 2026. Avec une seule carte, Electra donnera accès à 800 000 points de recharge, soit à un réseau 100 fois plus vaste de stations accessibles partout en Europe, où Electra opère.
L’application permettra également de guider l’utilisateur vers la meilleure borne la plus proche. Cela sera rendu possible grâce à un algorithme d’intelligence artificielle capable de recommander les stations les plus pertinentes.
De plus, la planification d’itinéraire se fera en fonction du véhicule et sera ajustée aux conditions de circulation. Un moyen de gérer la congestion en permettant aux propriétaires de véhicules électriques de basculer vers une station moins utilisée.
Une place importante pour le BtoB
Dans le volet des nouveautés, l’application permettra aux flottes BtoB de bénéficier de tarifs négociés, directement intégrés dans l’application. Précisons d’ailleurs que les recommandations de stations seront différentes pour les utilisateurs professionnels. "Que ce soit pour des trajets de proximité ou de long trajet, les utilisateurs BtoB pourront en priorité se charger sur des stations moins chères, ce qui permet de diminuer la facture in fine", affirme Aurélien de Meaux.
Il existe également des points d’accès spécifiques pour les professionnels. De leur côté, les gestionnaires de flottes importantes auront accès à la plateforme pro Electra via un ordinateur. "Nous avons une série de plateformes et d’outils permettant aux gestionnaires de flotte de gérer leur parc de la façon la plus transparente possible, avec des alertes lorsque le budget est dépassé".
"C’est un complément à l’application exclusive aux flottes", assure le directeur général d’Electra. Les clients BtoB représentent entre 25 % et 35 % des flux moyens chez l’opérateur. Electra compte ainsi plus de 600 flottes partenaires en BtoB, notamment Colissimo, Chronopost, DHL, G7, Uber ou encore Bolt.
Rendre transparents les tarifs
En ce qui concerne les prix, souvent présentés comme une jungle tarifaire entre les opérateurs, Electra a travaillé pour permettre aux clients de s’y retrouver plus facilement. Ces derniers peuvent en effet connaître le prix au kWh et les pénalités supplémentaires éventuelles via un système de notification. Ainsi, l’application donne accès à 800 000 points de recharge et propose trois niveaux de tarification différents.
Si un utilisateur se rend sur une borne du réseau Electra, le tarif est de 0,47 euro/kWh, et de 0,27 euro/kWh s’il possède l’abonnement Electra+ Smart. Ensuite, pour les réseaux partenaires – Ionity, Fastned et Atlante, membres de l’alliance ChargeLeague –, le tarif se situe à 0,49 euro/kWh avec abonnement et à 0,54 euro/kWh sans abonnement. Enfin, pour les autres réseaux de recharge, ces derniers sont au tarif public, "sans commission" selon l’opérateur français, à 0,59 euro/kWh.
Au-delà de ces niveaux, Electra a également ajouté la tarification dynamique et permet ainsi de se recharger jusqu’à 0,19 euro/kWh en heures creuses si le client possède un abonnement Smart. Un prix inférieur à celui d’une recharge à domicile selon l’opérateur français. "Nous voulons faire de la tarification dynamique un outil qui permettra aux conducteurs de gagner du pouvoir d’achat grâce à leur véhicule électrique en baissant le prix moyen de leur facture", explique Julien Belliato, cofondateur et directeur général adjoint chargé des opérations d’Electra.
Consolider son déploiement en Europe
Electra est présente dans dix pays européens et dénombre près de 750 stations, dont 401 en France. L’entreprise projette de multiplier par 3,9 ses infrastructures en portant le nombre de stations à 2 500 sur le Vieux Continent et à 650 dans l’Hexagone d’ici 2030. Une station connectée Electra de nouvelle génération a d’ailleurs ouvert à Lille-Lesquin en juin, permettant selon l’entreprise de recharger 400 km d’autonomie en 12 minutes.
"Nous avons un développement organique assez important, dans lequel nous allons déployer des sites sur du foncier public, parapublic ou privé, comme des hôtels ou des restaurants", détaille Aurélien de Meaux. Electra a pour vocation d’être un acteur qui va saisir des opportunités de consolidation, et une équipe scrute le marché pour réaliser des acquisitions de réseaux. L’entreprise l’a d’ailleurs fait l’année dernière en Allemagne.
C’est d’ailleurs outre-Rhin que la progression pourrait être la plus spectaculaire, avec l’objectif de passer de 33 stations à 800 d’ici 2030. Electra évalue son rythme d’implantation à une ouverture de station par jour. Ainsi, plus de 35 stations ont vu ou devraient voir le jour cette année, avec des bornes 600 kW qui seront déployées en 2027.
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