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Constructeurs

Luca de Meo veut faire de Flexis le "Tesla de l’utilitaire"

Publié le 4 avril 2024

Par Damien Chalon
7 min de lecture
Avec Flexis, Renault Group, Volvo Group et CMA CGM entendent casser les codes sur le marché des véhicules utilitaires légers électriques. Luca de Meo va jusqu’à faire un parallèle avec le modèle "disruptif" de Tesla. Le FlexEvan, appelé à succéder au Trafic E-Tech, est présenté comme un projet sans équivalent en Europe.
flexis 3 avril
Krishnan Sundararajan (Flexis), Martin Lundstedt (Volvo Group), Luca de Meo (Renault Group), Rodolphe Saadé (CMA CGM) et Philippe Divry (Flexis) actent la naissance de Flexis. ©Flexis

Luca de Meo, Martin Lundstedt et Rodolphe Saadé main dans la main pour sceller une union industrielle, voici un cliché sur lequel peu d’observateurs auraient misé il y a un an. La photo a été prise le 3 avril 2024 pour acter la naissance de Flexis.

 

Les dirigeants de Renault, de Volvo Group et de CMA CGM ont décidé d’unir leurs forces pour casser les codes sur le marché des véhicules utilitaires légers électriques. "Place à la disruption", prévient d’entrée Luca de Meo, qui entend faire de Flexis le "Tesla du l’utilitaire".

 

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Le directeur général du groupe Renault avoue que ses équipes et ses partenaires ont également regardé du côté des pure players comme Rivian ou Arrival pour avancer sur leur propre projet, même si certains d’entre eux ont été contraints de mettre la clé sous la porte au moment de passer au stade industriel.

 

Flexis ouvert à d’autres partenaires

 

Si Luca de Meo plaisante sur le fait qu’il ne lui a fallu que 20 minutes pour convaincre Rodolphe Saadé de rejoindre l’aventure Flexis, il prend en revanche plus de précautions pour évoquer l’arrivée de nouveaux partenaires. "Des discussions sont engagées avec Nissan, reconnaît-il, mais par définition nous sommes ouverts à tous les investisseurs".

 

Trois silhouettes ont été dévoilées par Flexis. ©Flexis

 

Le directeur général de Renault assure ensuite que l’idée de Flexis a germé en 2021 mais qu’à l’époque, l’argent manquait au constructeur. D’où l’alliance avec Volvo Group et CMA CGM. Renault, dans l’intervalle, est redevenu profitable et "Flexis le sera aussi", ajoute-t-il.

 

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En attendant, la coentreprise est donc constituée de trois partenaires, un moyen de partager les risques. Renault et Volvo Group détiennent chacun 45 % du capital, pour une valeur de 600 millions d’euros, tandis que CMA CGM a officiellement fait son entrée à hauteur de 10 %, moyennant un investissement de 120 millions d’euros d’ici 2026.

 

L’armateur sera l'un des premiers à tester 1 500 camionnettes, annonce Rodolphe Saadé, qui espère, pour la touche humoristique, que Renault et Volvo lui feront "un bon prix".

 

Contrer la concurrence asiatique

 

Les trois alliés insistent de concert sur la dimension européenne de Flexis, à l’heure où le Vieux Continent est convoité par de nouveaux acteurs venus d’Asie. Le premier élément est évidemment que la fabrication du FlexEvan débutera dans l’usine Renault de Sandouville (76) en 2026.

 

"Nous savons aussi que la concurrence asiatique est de plus en plus forte", prévient ensuite Rodolphe Saadé. "Il s'agit d'être prêt dès les premiers jours de 2026", avec un véhicule "compétitif", ajoute-t-il. Le dirigeant de CMA CGM est rejoint dans sa réflexion par Luca de Meo qui estime que les "constructeurs chinois n'ont pas une génération d'avance dans les fourgons européens" et que, dans ce domaine, les européens ont "encore la main", avec Renault "parmi les leaders".

 

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Flexis, sur ce créneau spécifique du VUL modulaire, devra néanmoins batailler face à Kia, qui a récemment dévoilé, à l’occasion du CES de Las Vegas, un concept pratiquement identique.

 

La taille d’un Kangoo, la capacité d’un Trafic

 

Ce VUL nouvelle génération proposé par Flexis aura "la taille d’un Kangoo, la capacité de chargement d’un Trafic et tournera comme une voiture en l’absence de moteur à l’avant", dresse en guise de contours Luca de Meo. "Nous allons proposer quelque chose qui n’existe pas en Europe", poursuit-il.

 

Trois silhouettes ont été dévoilés ce 3 avril. On devine un fourgon classique, une version spécifiquement conçue pour le secteur de la logistique et un châssis-cabine sur lequel repose un module non identifié. Une dernière configuration sur laquelle les carrossiers partenaires seront évidemment invités à travailler.

 

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Philippe Divry, directeur général de Flexis, reconnaît que le FlexEvan mettra rapidement un terme à la carrière du Trafic E-Tech, qui a intégré le catalogue de Renault il y a peu. "Le Trafic E-Tech repose sur une plateforme multi-énergie qui coûte très cher, embraye Krishnan Sundararajan, le directeur des opérations. À un moment donné, le Trafic E-Tech va s’arrêter et le FlexEvan, qui est si sexy et économique, va décoller". Le Trafic continuera en revanche à exister en versions thermiques.

 

Des performances électriques inédites

 

Les deux dirigeants indiquent ensuite que le véhicule proposé existera en deux longueurs et deux tailles de batteries fournies par deux fournisseurs, dont Verkor. L’autonomie n’est pas encore précisée. "Elle sera en nette amélioration par rapport aux générations actuelles de véhicules utilitaires électriques", se contente de préciser Philippe Divry. Il donne toutefois une fourchette comprise entre 200 et 400 km à même de convenir aux futurs clients, particulièrement dans le secteur de la logistique.

 

Krishnan Sundararajan et Philippe Divry sont respectivement nommés directeur des opérations et directeur général de Flexis. ©Flexis

 

Jusque-là rien de révolutionnaire. En revanche, ce qui est totalement nouveau en matière d’architecture électrique, c’est que le véhicule fonctionnera avec un système 800 volts. Une proposition inédite dans la catégorie des VUL. "Nous allons ainsi proposer une recharge complète en seulement 18 minutes", assure Krishnan Sundararajan. La recharge bidirectionnelle sera également au programme.

 

Un VUL économique

 

Un autre sujet est celui du coût. "Le FlexEvan sera plus cher à l’achat qu’un équivalent diesel, reconnaît Luca de Meo, mais ces derniers seront de toute façon interdits dans dix ans". Le prix facial, quoi qu’il en soit, n’est pas ce que regardent les clients, souligne le directeur général du groupe Renault, qui raisonnent "davantage en TCO".

 

Sur ce dernier point, le fourgon proposé par Flexis "réduira le coût de l’usage jusqu’à 30 %", promettent les partenaires. Tout a été pensé pour baisser les coûts. L’ergonomie (portes coulissantes, accès aux colis depuis la cabine, plancher bas…), la connectivité (grand écran, mise à jour à distance, écosystème Google…) ou encore la réparabilité doivent contribuer à rendre ce véhicule plus compétitif.

 

Commercialisé classiquement

 

Concernant la commercialisation, elle se fera de manière traditionnelle, à partir de 2026, via les réseaux Renault et Renault Trucks, la filiale de Volvo Group. Il n’est pas exclu que les grands clients puissent apposer leur logo en lieu et place du logo constructeur. L’idée est de faire du sur-mesure à tous les niveaux.

 

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Le périmètre géographique se limitera dans un premier temps à l’Europe, qui constitue déjà un "gros programme", confie Philippe Divry. Des ambitions pourraient naître ensuite sur d’autres marchés, sans plus d’indications pour le moment.

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