Flexibilité, disponibilité, prix cassés… la LLD VO marque des points

Proposer à ses salariés de rouler avec des voitures de fonction d’occasion n’est plus un tabou. Le sujet, inenvisageable il y a une dizaine d’années, trouve peu à peu son public et ses adeptes. Davantage les TPE et PME que les grands comptes pour le moment, mais cela constitue déjà un beau potentiel qui attise les convoitises.
Cependant, à la différence de la location longue durée de véhicules neufs, il n’existe pas de statistique officielle pour la LLD VO. Les volumes sont logiquement bien moindres. Le contenu est, en revanche, le même avec tous les services associés habituels (entretien, pneumatiques…).
Nouvelle génération de loueurs
Une réelle dynamique est à l’œuvre, portée par les grands noms du secteur de la LLD, mais aussi par une nouvelle génération d’acteurs qui n’hésite pas à bousculer l’ordre établi. Evera fait partie de cette seconde catégorie. Le jeune loueur longue durée mise sur les véhicules d’occasion, qui plus est majoritairement électriques.
La start-up française, cofondée en 2024 par Dorian Jorry, a réussi son premier coup en levant 2 millions d’euros début 2025, de quoi lui assurer les moyens de son développement. "Nous avons actuellement 1 500 voitures sous contrat et notre objectif est d’atteindre la barre des 5 000 fin 2026", précise le dirigeant en charge des opérations.
Flease, de son côté, a eu les honneurs, ces deux dernières années, de figurer dans le haut du classement des Champions de la croissance réalisé par Les Échos en collaboration avec Statista. Dans ce palmarès de 500 entreprises, celle dirigée par Constantin Eliard s’est hissée au 9e rang pour l’édition 2024 et au 15e pour celle de 2025.
Croissance express pour Flease
Le loueur longue durée de véhicules d’occasion a tutoyé les sommets grâce à une croissance de 150 % en 2022, à 2,4 millions d’euros de chiffre d’affaires et de 142 % en 2023, à 5,36 millions. "Ce classement nous apporte une belle visibilité", reconnaît Constantin Eliard. Il annonce d’ailleurs la couleur pour la suite, assurant que Flease restait sur un rythme de croissance supérieur à 100 % par an, en partie grâce au soutien de ses fidèles partenaires financiers.
Plus de 200 clients ont toqué à la porte de Flease, "avec des flottes de plus en plus importantes comme la RATP, Belambra Clubs, ou Tetra Pak", observe le cofondateur de l’entreprise aux côtés de Vincent Dreyfus. La flotte sous contrat s’élève aujourd’hui à 2 000 véhicules.
Fort de ces développements, Flease ne manque pas d’ambition pour la suite. "Le but est de continuer à accompagner au mieux nos clients et de garder la dynamique de croissance", prévient Constantin Eliard. "Nous sommes déjà bien implantés sur le marché des loueurs et d’ici 2030, nous souhaitons être un acteur de référence."
Lizy leader en Belgique
Une autre tête d’affiche de la LLD VO nous vient de Belgique. Il s’agit de Lizy. "Nous sommes les leaders du marché de la location longue durée de véhicules d’occasion en Belgique, devant les grands noms du secteur que sont Ayvens et Arval et l’objectif est clairement de faire la même chose en France, où notre croissance est très rapide", confie Sam Heymans, son directeur général et cofondateur.
En 2025, le loueur belge a multiplié par trois le nombre de véhicules sous contrat et a fait 50 % de business en plus que ce qu’il avait inscrit à son budget. "Cela reste de petits volumes, mais nous n’avons jamais connu un tel rythme en Belgique", poursuit le dirigeant.
Il est convaincu que le marché de la LLD VO va grandir très vite. Il peut ici compter sur une récente levée de fonds de 75 millions d’euros. De quoi investir dans le service client, le sourcing de véhicules et l’acquisition d’une nouvelle clientèle.
Environ 150 contrats par mois pour Ayvens
Les grands acteurs du marché de la LLD ne comptent évidemment pas laisser le champ libre à ces jeunes loups. Chez Ayvens, le sujet de la LLD VO a été pris à bras-le-corps lors de la crise Covid. "À cette époque, les clients avaient du mal à être livrés, il y avait un manque criant de véhicules. Certains ne pouvaient pas prolonger, d’autres avaient de nouvelles recrues à équiper, sans oublier ceux qui avaient signé de nouveaux contrats et qui avaient donc un besoin urgent en véhicules", se souvient Guillaume Maureau, directeur général adjoint d’Ayvens France.
Désormais, chaque mois, Ayvens France signe environ 150 contrats de location longue durée de VO. Loin des 10 000 commandes passées dans le même laps de temps pour des VN. Ce qui n’empêche pas les ambitions. Guillaume Maureau s’attend à "doubler chaque année l’activité de LLD VO, c’est un service qui est très clairement en train de s’installer dans notre paysage".
En 2025, le loueur table sur un volume de 1 800 contrats signés. Au rythme où vont les choses, le cap des 10 000 unités annuelles pourrait être atteint d’ici trois ans. Comme évoqué précédemment, les clients au rendez-vous de la LLD VO sont davantage les professions libérales, les TPE, le secteur associatif et les PME que les grands comptes.
Ces derniers, cible privilégiée d’Ayvens sur le neuf, sont dans un schéma peu compatible avec la LLD VO, même si le loueur ne renonce pas à les servir. "Les grands comptes ont généralement des négociations pour des remises importantes avec les constructeurs et des primes de volume qui font que la LLD VO n’est pas forcément intéressante pour eux, l’écart de TCO est réduit", admet Guillaume Maureau.
Ayvens n’a pas non plus le stock suffisant pour livrer 50 véhicules identiques en VO par exemple. "Il arrive de plus en plus fréquemment que des clients nous commandent plusieurs véhicules d’un coup", confie toutefois le DG adjoint.
Des loyers attractifs
L’argument déclencheur est, en règle générale, celui du prix. Chez Evera, l’écart de TCO par rapport au neuf va de 10 à 25 %, en fonction de l’ancienneté et du kilométrage des modèles proposés à la location. "Nous fonctionnons avec des véhicules pratiquement neufs, qui ont 1 an, 2 ans au maximum, et qui ont moins de 30 000 km au compteur. Nous ne sommes pas sur des occasions qui ont 5 ans et dont la valeur s’est effondrée", précise Dorian Jorry.
Et de compléter son propos en confiant que l’écart entre le VO et le neuf dépend aussi des efforts commerciaux des constructeurs. "Il y a des moments où les constructeurs vont appliquer des stratégies commerciales très agressives et qui vont rendre le neuf quasiment au même prix qu’une occasion très récente. L’intérêt de la LLD VO, à la différence du neuf, c’est que nous ne sommes pas dépendants de ce système de périodicité hyper-fluctuant, nous sommes sur des prix qui sont en moyenne moins élevés que ceux du neuf, tout le temps, peu importent les modèles."
Comme ses concurrents, Evera parvient davantage à convaincre les TPE et PME sur la LLD VO, même si le directeur des opérations constate que l’argument économique intéresse de plus en plus les grands comptes. Il arrive donc à ces derniers de franchir le pas pour des véhicules de service ou de pool partagés entre plusieurs conducteurs, pour lesquels l’argument du prix arrive en tête de liste.
Appétit pour les VO électriques
Guillaume Maureau, pour Ayvens, indique qu’il est "possible de trouver des véhicules électriques à partir de 249 euros, une offre jugée attractive qui permet de mettre le pied à l’étrier sur le VE". Globalement, les loyers proposés sont inférieurs de 20 à 30 % par rapport à du neuf et les offres sont d’ailleurs les mêmes pour les professionnels et les particuliers.
La LLD VO serait donc un bon moyen d’intégrer au compte-goutte des modèles électriques dans une flotte, à moindre prix. Chez Ayvens, le stock disponible dans le showroom virtuel est d’environ 1 000 véhicules en permanence. Y sont proposés aussi bien des voitures particulières que des utilitaires légers, électriques, hybrides ou thermiques. Les électriques représentent environ 20 % des commandes en LLD VO.
Chez Lizy, les modèles électrifiés constituent 50 % des véhicules sous contrat. "Nous proposons des loyers qui sont généralement 15 à 20 % plus bas que ceux pour des modèles neufs, ce qui équivaut à 50 ou 100 euros de moins par mois", met en avant Sam Heymans. "Les clients veulent bien rouler en électrique mais pas au prix du neuf et puis, cela permet à un salarié d’avoir une meilleure voiture pour le même budget."
Pour ses approvisionnements, Lizy a noué des accords avec des constructeurs, des distributeurs ou encore des loueurs courte et longue durée. Un sourcing varié qui lui permet de tirer les meilleurs tarifs, surtout sur les véhicules électriques pour lesquels il y a, selon le dirigeant, "trop d’offres et pas assez de demandes, ce qui est intéressant pour nous, cela nous permet de bien négocier les prix".
Des véhicules reconditionnés…
Encore faut-il que les véhicules proposés soient attractifs. Evera fait en sorte que les modèles loués aient l’aspect du neuf. Cela passe par un reconditionnement (rayures, jantes, bosses…) et un nettoyage en profondeur.
Le loueur s’approvisionne auprès des concessionnaires, essentiellement pour des modèles de démonstration, "un gage de sécurité et de qualité, puisque les véhicules y sont bien traités et bien suivis", rassure Dorian Jorry. "Nous n’allons pas acheter des véhicules auprès de particuliers."
L’inconvénient est que les clients n’auront pas nécessairement le véhicule exactement souhaité, que ce soit en termes d’équipements ou tout simplement de teinte de carrosserie. Un frein pour les modèles de direction, où la personnalisation est importante. En revanche, le directeur des opérations tient à indiquer que les véhicules loués par Evera ont tous les équipements nécessaires pour des véhicules de fonction, de service ou de pool.
Le loueur s’ajoute une difficulté en axant sa stratégie sur le véhicule électrique. L’effet nouveauté joue encore plus que sur du thermique, les clients souhaitant bénéficier des dernières évolutions technologiques. "Dès qu’un nouveau modèle sort, tout le monde le veut parce qu’il a peut-être plus d’autonomie", constate Dorian Jorry.
"Nous essayons de travailler très vite avec notre réseau de concessionnaires et de fournisseurs pour aller réserver des véhicules de démonstration qui seront les premiers que nous pourrons proposer en LLD VO." Il rappelle, au passage, que le sujet de la maintenance joue en faveur des modèles électriques d’occasion et la garantie de 8 ans sur les batteries est de nature à rassurer les clients.
…et récents
Flease propose également des véhicules pratiquement neufs, âgés de 1 an en moyenne avec environ 10 000 km au compteur. "Ils proviennent principalement des réseaux des constructeurs", assure Constantin Eliard. "Ils sont vérifiés et préparés par nos soins afin que les clients aient l’impression d’avoir des véhicules neufs."
En revanche, chez Ayvens, les véhicules exposés en ligne sont généralement âgés de moins de 3 ans et sont assez peu kilométrés. Le loueur a signé un partenariat avec la Refactory Renault de Flins pour toutes les opérations de remise en état. Un autre argument fort d’Ayvens est la parfaite connaissance des véhicules, puisqu’ils sont sa propriété depuis leur mise à la route.
Lizy a, de son côté, adapté sa stratégie au marché français, où les attentes ne sont pas nécessairement les mêmes qu’en Belgique et aux Pays-Bas, les deux autres pays couverts. Cela se traduit notamment par un catalogue de véhicules spécifiques.
"En France, les clients vont plutôt s’orienter vers des marques nationales, alors qu’en Belgique, ils réclament surtout des BMW ou bien des Kia aux Pays-Bas. Nous devons nous adapter à chaque pays", explique Sam Heymans.
L’argument de la flexibilité
Outre la qualité des véhicules, les spécialistes de la LLD VO ont introduit une bonne dose de flexibilité dans leurs contrats. Flease a compris que l’une des clés de la réussite se situait à ce niveau. Ses contrats vont de 12 à 50 mois, mais les clients ont la possibilité de changer de véhicule dès le 18e mois, sans frais.
Pour Constantin Eliard, comme la réglementation "évolue sans cesse", il devient de "plus en plus difficile pour les entreprises de s’engager sur 3 ou 4 ans sur un même véhicule". Flease a développé en parallèle une offre de location moyenne durée pour des contrats de 1 à 24 mois. Une formule pensée pour les missions temporaires, les périodes d’essai, les pics d’activité ou encore les attentes de livraison de véhicules neufs.
Spécifiquement pour les périodes d’essai, les entreprises bénéficient d’un véhicule sans engagement jusqu’à la validation de ladite période de leurs nouveaux collaborateurs. En outre, en cas de départ du salarié, le contrat peut être arrêté sans pénalité financière de rupture anticipée. "La flexibilité, le service et la transparence, c’est ce qui nous différencie le plus dans le métier", estime le dirigeant.
Même Ayvens se plie au jeu. Ses contrats sont basés sur une durée de 36 mois, mais les clients peuvent se désengager au bout de 12 mois révolus sans la moindre pénalité. "Cela participe beaucoup à la séduction de nos clients sur le sujet, mais à la fin, moins de 10 % des contrats font l’objet d’une sortie anticipée", constate Guillaume Maureau. Il suffit alors à Ayvens de remettre ces véhicules dans le circuit et de les relouer via la plateforme, laquelle se caractérise par un parcours client complet, allant jusqu’à la signature en ligne.
Plusieurs cycles de location
Lizy, qui propose des contrats à partir de 12 mois, mise aussi sur la multiplication des cycles de location. "Nous arrivons à relouer 70 % de nos véhicules pour un troisième contrat, aucune autre société de leasing n’y parvient", apprécie Sam Heymans.
"Si nous réussissons à remettre un véhicule en location sur plusieurs cycles, surtout ceux électriques qui ont besoin de beaucoup moins de maintenance et de réparations, nous entrons dans un modèle de leasing circulaire unique."
Pousser les électriques jusqu’à 8 ou 10 ans d’âge est une possibilité et si les modèles en question ont une valeur résiduelle nulle arrivés à ce stade, "c’est tant mieux, comme ça, il n’y a plus de risque", assure le fondateur de Lizy.
La LLD VO, c’est par ailleurs l’assurance d’avoir les véhicules dans des délais imbattables. Tous les loueurs promettent des livraisons en moins d’un mois, soit au domicile du salarié, soit sur le site de l’entreprise. La profession a enfin le souci d’accompagner les clients autant que possible, en prodiguant des conseils, en ayant une approche TCO ou encore en proposant des outils de gestion de flotte. Une façon de rendre la LLD VO encore plus attrayante.
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