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Éric Laforge, Stellantis Pro One : "Le marché n'est pas prêt à suivre la trajectoire imposée par la Commission européenne"

Publié le 22 janvier 2026

Par Robin Schmidt
5 min de lecture
Depuis le 1er janvier 2026, Éric Laforge est le nouveau responsable de Stellantis Pro One, la business unit mondiale du constructeur dédiée aux véhicules utilitaires. À l'occasion du salon de Bruxelles 2026 et quelques jours seulement après sa prise de fonction, il a accepté de répondre à nos questions, évoquant notamment les défis qui l'attendent à son nouveau poste.
eric laforge stellantis pro one
Depuis le 1er janvier 2026, Eric Laforge est le nouveau responsable de Stellantis Pro One. ©David Plas Photography

Le Journal des Flottes : Le Fiat Tris est la grosse nouveauté de Stellantis Pro One au salon de Bruxelles 2026. Parlez-nous de ce véhicule.

Éric Laforge : C’est la première fois que nous présentons le Tris en Europe. Déjà commercialisé au Maroc, ce triporteur électrique a initialement été développé par Stellantis pour les marchés qui ont besoin d’une mobilité à faible coût. En 2026, nous prévoyons désormais de lancer ce modèle en Italie avec, dans un premier temps, un nombre limité de véhicules. Mais il pourrait par la suite voir le jour sur d’autres marchés européens susceptibles d’être intéressés. Nous devons d’abord évaluer s’il existe un marché pour ce type de véhicules en Europe. Le but étant de proposer un modèle aux tarifs extrêmement compétitifs, avec un prix ne dépassant pas les 8 000 euros hors taxes.

 

JDF : Un commentaire sur la performance de Stellantis Pro One en 2025 ?

E.L. : Le marché du véhicule utilitaire a chuté de huit points en Europe. Nous avons suivi le déclin du marché mais nous restons tout de même leader sur le Vieux Continent. Nous sommes également en tête en Amérique du Sud, deuxièmes pour la région Afrique et Moyen-Orient et enfin troisièmes en Amérique du Nord.

 

La réponse de la Commission européenne n'est pas satisfaisante

 

JDF : Vous venez d'être tout fraîchement nommé à la tête de Stellantis Pro One. Quels sont les défis qui vous attendent à votre nouveau poste ?

E.L. : Les chantiers sont nombreux. Le premier défi concerne les émissions de CO2 des véhicules utilitaires. En décembre 2025, nous avons eu une réponse de la Commission européenne qui n’est pas satisfaisante, tant pour nous que pour nos clients, et qui génère d’énormes risques pour le marché. Ensuite, nous allons devoir continuer à lancer de nouveaux véhicules et à trouver de nouvelles opportunités de marché, comme avec le Tris par exemple. Enfin, Stellantis Pro One ne se contente pas uniquement d’apporter des solutions de mobilité pour nos clients professionnels. Nous proposons également des services en parallèle des véhicules. En 2026, nous allons donc continuer à développer notre offre de services, à l’image du programme "Custom Fit" pour la conversion et l’aménagement de véhicules utilitaires.

 

JDF : Quel sera le plan produits de Stellantis Pro One en 2026 ?

E.L. : En plus du lancement du Tris, l’année 2026 sera également marquée par la commercialisation de séries spéciales sur la gamme existante. Notre gamme a été renouvelée récemment donc il faudra attendre les prochaines années pour le lancement de notre nouvelle génération de véhicules utilitaires.

 

Fiat Tris

Déjà commercialisé en Afrique et au Moyen-Orient, le Tris fera également ses débuts sur les différents marchés européens en 2026, à commencer par l’Italie. ©Fiat Professional

 

JDF : Comment réagissez-vous aux nouvelles annonces faites par Bruxelles en décembre 2025 sur les utilitaires légers ?

E.L. : Nous ne sommes pas satisfaits des décisions prises par la Commission européenne. Elles comportent des risques pour nous, constructeurs, mais surtout, elles ne correspondent pas aux attentes des clients. Dans les pays les plus avancés en matière d’électrification, comme la Norvège par exemple, les véhicules électriques représentent presque 95 % des immatriculations de voitures neuves particulières. Cependant, les véhicules utilitaires électriques font, quant à eux, à peine moins de la moitié des ventes. Le marché du véhicule utilitaire n’est donc pas prêt à suivre la trajectoire imposée par la Commission européenne. Nous avions demandé des aménagements, notamment pour que le lissage des objectifs CAFE sur trois ans, amorcé en 2025, soit étendu à cinq ans. Nous souhaitions encore que l'objectif de baisse des émissions de CO2 de 50 % pour 2030 par rapport à 2021 soit réduit à 30 ou 35 %. Bruxelles a finalement décidé de l’abaisser à 40 %, ce qui est insuffisant. Nous allons donc devoir continuer à travailler avec les institutions européennes pour revoir cette approche.

 

JDF : De quelle manière comptez-vous stimuler les ventes de véhicules utilitaires 100 % électriques ?

E.L. : Le produit n’est qu’une partie de l’équation. Il y a également un sujet sur la recharge puisque certains professionnels ne peuvent pas toujours bénéficier des infrastructures adéquates, selon l’endroit où ils habitent ou selon leurs routines de travail. Il faut donc que tout l’écosystème travaille pour rendre la solution électrique adoptable de partout. Chez Stellantis, nous proposons déjà une gamme complète de véhicules utilitaires électriques. Mais nous allons continuer à travailler pour avoir une offre 100 % électrique plus performante et surtout plus compétitive en termes de prix.

 

15 % des utilitaires que nous avons produits en Europe en 2025 ont fait l’objet d’une transformation dans nos usines

 

JDF : Quelles sont les ambitions de Stellantis Pro One pour 2026 ?

E.L. : Il y a des pays en Europe où nous sommes largement leaders, à l’image de la France. Mais il y en a aussi d’autres, comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne, où nous avons une grosse marge de progression et où nous souhaitons améliorer nos parts de marché. Enfin, notre objectif en 2026 va également être d’augmenter les personnalisations et les conversions de nos véhicules utilitaires au sein de nos usines, via notre programme "Custom Fit". 15 % des utilitaires que nous avons produits en Europe en 2025 ont fait l’objet d’une transformation dans nos usines, tandis que 12 % ont eu recours à une personnalisation. Nous devons faire mieux car nous estimons qu’au moins un véhicule sur deux fait l’objet d’une transformation.

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