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Comment Stairling compte devenir le chef d’orchestre du VTC

Publié le 14 septembre 2026

Par Robin Schmidt
11 min de lecture
D'une coopérative pour chauffeurs VTC à une plateforme multiservice, Stairling élargit progressivement son terrain de jeu. La start-up française revendique aujourd’hui 5 500 chauffeurs dans son écosystème, 2 000 véhicules et une flotte électrifiée à 40 %. Son ambition : devenir l’intermédiaire entre chauffeurs, loueurs, financeurs et plateformes.
Stairling
Fondée en 2024, la start-up française Stairling a construit tout un écosystème en faveur des chauffeurs VTC. ©Stairling

Le véhicule est au cœur du modèle Stairling. Mais la jeune start-up française entend désormais aller bien au-delà de sa seule mise à disposition. Créée autour d’une coopérative permettant aux chauffeurs VTC d’exercer sous le statut d’entrepreneur-salarié, la société développe progressivement un écosystème mêlant emploi, mobilité, financement, assurance et technologie.

 

 

"Notre ambition, c'est de construire un écosystème qui accompagne le chauffeur dans l'ensemble de son activité", résume Mimoun El Alami, directeur général et cofondateur de Stairling. Avant de lancer l’entreprise, l’entrepreneur avait déjà évolué dans l’univers du VTC avec FinDrive, une société spécialisée dans l’abonnement automobile destiné aux chauffeurs. Cette expérience lui a notamment permis d’identifier les difficultés rencontrées par cette population, particulièrement dans l’accès au véhicule et au financement.

 

Du statut au véhicule

 

Le point de départ de Stairling est le statut du chauffeur. Après avoir échangé avec de nombreux professionnels du secteur, les fondateurs ont voulu proposer une alternative permettant de concilier autonomie et protection sociale. "Nous nous sommes demandé comment réformer le cadre contractuel des chauffeurs. L'idée était de leur proposer un statut clé en main, tout en leur permettant de conserver leur autonomie dans la gestion de leur activité", explique Mimoun El Alami.

 

Le modèle repose ainsi sur une coopérative d’activité et d’emploi. Le chauffeur conserve son indépendance opérationnelle, sans avoir à créer sa propre société. Il rejoint la coopérative, qui héberge son activité et transforme les revenus générés en salaire, après déduction des frais professionnels. "Le chauffeur reste autonome et indépendant dans son activité, mais il n'a pas besoin de créer sa société. Il rejoint la coopérative et bénéficie du cadre de l'entrepreneur-salarié", poursuit le dirigeant.

 

Lancée en 2024 sous sa forme actuelle, Stairling s'appuie également sur Stairling Technologies, l'entité chargée de développer les infrastructures technologiques, financières et opérationnelles de l'écosystème. La société affirme avoir déjà accompagné plus de 2 000 chauffeurs depuis son lancement. Mais son ambition est désormais de toucher un périmètre beaucoup plus large.

 

C'est ici qu'intervient la dimension automobile du modèle. Avec sa marque Stairlease, Stairling ne porte pas directement les véhicules. L'entreprise agrège en revanche les offres de plusieurs loueurs afin de proposer aux chauffeurs différentes solutions de mobilité, allant des véhicules neufs ou d'occasion, la location courte ou longue durée, tout en passant par la LOA et d'autres formules de financement. "Nous avons agrégé l'offre de différents loueurs. Aujourd'hui, un chauffeur peut accéder à plus de 5 000 véhicules et nous pouvons lui proposer la solution la plus adaptée à sa situation", souligne Mimoun El Alami.

 

Mimoun El Alami, directeur général et cofondateur de Stairling. ©Stairling

 

Le chauffeur bénéficie pour cela d'un interlocuteur dédié, baptisé "Vehicle Solution Manager" ou VSM. Son rôle n'est pas de gérer directement une flotte, mais d'analyser la situation du professionnel et de l'orienter vers la solution la plus pertinente. "Le VSM va regarder son activité, ses revenus, ses besoins et sa capacité financière. L'objectif est vraiment de trouver le bon véhicule et le bon mode de financement au bon moment", explique le CEO de Stairling.

 

L'accompagnement doit également évoluer avec le chauffeur. Un professionnel qui ne dispose pas encore des garanties nécessaires peut, par exemple, commencer avec une location de courte durée avant de basculer vers une solution de financement plus longue. "Un chauffeur peut démarrer avec une location courte durée parce qu'il n'a pas encore accès à certains financements. Puis, lorsque sa situation évolue, on peut lui proposer une LOA ou une autre solution. Nous voulons l'accompagner tout au long de son cycle d’activité", poursuit-il.

 

Un enjeu important dans un secteur où les kilométrages sont particulièrement élevés. Selon le dirigeant, un chauffeur VTC parcourt généralement entre 5 000 et 6 000 km par mois, certains pouvant atteindre 10 000 km. "Le véhicule est l'outil de travail du chauffeur. C'est donc un élément central de son activité et de notre capacité à l'accompagner", insiste Mimoun El Alami.

 

Un loyer prélevé à la source

 

Pour autant, Stairling ne cherche pas à devenir un loueur supplémentaire. L'entreprise se positionne plutôt comme une interface entre le chauffeur et les différents acteurs de l'automobile. "Je ne gagne pas d'argent sur la voiture. En revanche, maîtriser l'actif automobile est un enjeu de rétention très important pour le chauffeur", assume le dirigeant.

 

Le raisonnement est simple. Pour un chauffeur VTC, changer de véhicule, trouver une solution de financement ou négocier un contrat d'assurance représente une succession de démarches. Stairling veut donc centraliser cette relation. "Nous voulons éviter au chauffeur d'avoir à aller voir un acteur pour son véhicule, un autre pour son assurance, un autre pour son financement. Notre rôle est de simplifier tout cela et de lui donner accès à l'écosystème dont il a besoin", explique Mimoun El Alami.

 

L'entreprise entend également concentrer progressivement ses volumes auprès de certains partenaires pour renforcer son pouvoir de négociation. "Plus nous sommes capables d'apporter du volume, plus nous pouvons négocier de bonnes conditions. L'idée est ensuite d'en faire bénéficier le chauffeur", ajoute-t-il.

 

 

Stairling a également développé une infrastructure financière destinée à répondre à l'une des principales problématiques des loueurs, à savoir le risque d'impayé. Baptisé en interne DirectPay, le dispositif permet de prélever le loyer du véhicule directement sur les revenus du chauffeur avant que le solde ne lui soit reversé. "Nous sommes capables de prélever le loyer à la source. Le chauffeur nous donne mandat et, lorsque les revenus arrivent, la part correspondant au véhicule est sécurisée avant le versement du solde", détaille Mimoun El Alami.

 

Le système repose sur une connexion entre les outils de Stairling et ceux du loueur. La société se positionne ainsi comme un tiers capable de sécuriser le paiement grâce aux flux générés par l'activité du chauffeur. "Pour le loueur, cela permet de réduire le risque. Et si le risque diminue, il peut aussi être possible de réduire certaines garanties demandées au chauffeur", poursuit le dirigeant.

 

L'enjeu est particulièrement important pour les chauffeurs qui disposent de peu de trésorerie au moment de renouveler leur véhicule. "Aujourd'hui, certains chauffeurs ne changent tout simplement pas de voiture parce qu'ils n'ont pas l'argent nécessaire pour avancer un premier loyer majoré ou un dépôt de garantie", constate Mimoun El Alami. "Si nous arrivons à sécuriser les loyers, nous pouvons faciliter leur accès au véhicule."

 

40 % du parc déjà en électrique

 

Cette problématique financière est étroitement liée à la stratégie d'électrification de Stairling. L'entreprise revendique une part de 40 % de véhicules électriques dans sa flotte de quelque 2 000 véhicules et affiche un objectif beaucoup plus ambitieux à terme.

 

"Notre objectif est de nous rapprocher d’une flotte intégralement électrique. Nous sommes déjà à 40 % de véhicules électriques et nous voulons continuer à accélérer, même s’il existe des exceptions, notamment dans les zones rurales, où cette technologie reste encore très peu implantée", affirme-t-il.

 

Stairling cherche notamment à intervenir directement au moment du renouvellement du véhicule. Dans certains cas, un chauffeur rejoignant la coopérative avec un nouveau véhicule pourra être orienté directement vers une motorisation électrique. Pour les véhicules déjà en circulation, l'entreprise envisage des mécanismes de transition.

 

Stairling souhaite se rapprocher d'une flotte de véhicules entièrement électriques. ©Stairling

 

Mais, là encore, le principal obstacle identifié par l'entreprise reste le financement. "Le frein n'est pas toujours le véhicule ou l'envie de passer à l'électrique. Très souvent, c'est la capacité à financer l'entrée dans le contrat", estime le directeur général. Qui ajoute : "S'il faut sortir plusieurs milliers d'euros au départ et que le chauffeur ne les a pas, le passage à l'électrique devient impossible."

 

Stairling veut donc s'appuyer sur ses garanties, ses partenariats avec les loueurs et les dispositifs d'aide pour rapprocher le coût d'accès à l'électrique de celui d'un véhicule hybride. "Notre objectif est de trouver des montages qui permettent au chauffeur de passer à l'électrique sans que la barrière financière soit rédhibitoire", résume-t-il.

 

Élargir l'écosystème au-delà de la coopérative

 

La coopérative ne constitue cependant plus l'unique horizon de Stairling. L'entreprise souhaite désormais proposer une partie de ses services à des chauffeurs qui conservent leur propre structure juridique. "Mon objectif, c'est d'aller chercher tous les chauffeurs présents sur le marché. Ils ne seront pas forcément tous dans la coopérative, mais ils peuvent tous avoir une raison d'être dans l'écosystème Stairling", souligne Mimoun El Alami.

 

L'entreprise travaille notamment sur une infrastructure financière intégrant un compte bancaire et des outils d'intelligence artificielle capables d'automatiser une partie de la gestion administrative et financière. "Nous travaillons sur des modèles capables de prédire les revenus d'un chauffeur en fonction de la demande et des prix. L'idée est ensuite de lui apporter de véritables recommandations pour l'aider à gérer son activité", explique-t-il.

 

Stairling réfléchit également à des outils permettant aux chauffeurs de développer leur propre clientèle et de redistribuer certaines courses au sein du réseau. "Nous voulons progressivement construire un réseau dans lequel les chauffeurs peuvent eux aussi créer de la valeur et la redistribuer à l'intérieur de l'écosystème", nous glisse-t-il.

 

Cette stratégie de diversification se traduit déjà dans les chiffres avancés par Stairling. Si la coopérative rassemble environ 2 000 chauffeurs, l'écosystème dans son ensemble compte aujourd'hui 5 500 professionnels.

 

 

Cette différence s'explique notamment par une activité de "supply", consistant à fournir des courses à des chauffeurs, ainsi que par la récente acquisition de MySam, un acteur historique du VTC fondé à Albi (81) en 2016.

 

Rebaptisée depuis Staircab, cette nouvelle plateforme de mobilité pensée pour les acteurs du tourisme, du transport, de l’événementiel, les grands comptes et les collectivités locales, est donc venue ajouter un total d'environ 4 000 chauffeurs actifs à l’écosystème de Stairling.

 

"MySam est un acteur reconnu du VTC, avec une vraie proximité terrain auprès des chauffeurs. […] Nos deux solutions sont très complémentaires. Stairling apporte un cadre plus stable, dans lequel les chauffeurs gardent le contrôle de leur activité et de leur rémunération. MySam apporte son expertise terrain et des outils concrets pour aider les chauffeurs à développer leur propre clientèle", déclare Mimoun El Alami.

 

Vers une flotte de véhicules autonomes ?

 

À plus long terme, Stairling regarde également vers l'arrivée du véhicule autonome. L'entreprise développe aujourd'hui des modèles d'IA prédictive pour aider les chauffeurs à optimiser leur activité.

 

Mais ces données et ces capacités logicielles pourraient, selon Mimoun El Alami, prendre une autre dimension lorsque le modèle économique du transport évoluera. "Il y aura une différence entre gérer une flotte aujourd'hui et gérer une flotte autonome. Il faudra des outils, du software et une capacité à exploiter les données", estime-t-il.

 

Le dirigeant considère que, même si les constructeurs ou les grandes plateformes maîtrisent la technologie du véhicule autonome, la question de la gestion opérationnelle des flottes restera entière. "Quelqu'un devra gérer ces véhicules, leur financement, leur exploitation et leur positionnement. Nous voulons construire dès maintenant les briques technologiques et les données qui nous permettront d'être présents sur ce marché", poursuit le dirigeant.

 

Le véhicule autonome fait également partie des ambitions de développement de Stairling. ©Stairling

 

Avec environ 60 collaborateurs, dont une vingtaine travaillant sur la technologie et les produits, Stairling veut ainsi dépasser progressivement son statut initial de coopérative pour chauffeurs VTC. "Notre ambition n'est pas seulement d'accompagner le chauffeur sur son statut. Nous voulons pouvoir l'accompagner sur son véhicule, ses revenus, son activité et, demain, sur les nouveaux modèles de mobilité qui vont émerger", conclut Mimoun El Alami.

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