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Industrie

Europe : le CO2 moyen émis par les VP neufs remonte en flèche

Publié le 4 mars 2019

Par Alice Thuot
5 min de lecture
Mauvaise nouvelle pour le réchauffement climatique. La bascule du diesel vers l’essence pour les VP neufs ainsi que l'engouement pour les SUV ont fait remonter, en 2018, le grammage moyen de CO2 à un niveau qui n’avait plus été atteint depuis quatre ans.

 

A l’heure où la lutte contre le réchauffement climatique s’est imposée comme une priorité, les derniers chiffres de Jato sur le niveau moyen de CO2 des VP neufs immatriculés rappellent deux réalités : les véhicules essence rejettent plus de CO2 que les diesel et les SUV sont de gros émetteurs. En 2018, le rejet moyen sur le Vieux Continent s’est établi à 120,5 g/km selon le cycle NEDC corrélé, soit +2,5 g/km par rapport à l’année précédente.

 

Il s’agit ainsi de la deuxième année consécutive de hausse ramenant ce taux à des niveaux qui n’ont plus été connus depuis 2014. A cette époque, le taux moyen de CO2 rejeté par les VP neufs atteignait 123,3 g/km avant de passer à 119,2 g/km en 2015 (voir graphique 1). Une mauvaise nouvelle directement imputable à trois phénomènes : WLTP, le déclin du diesel et le rouleau compresseur nommé SUV.

 

Dieselbashing, mesures gouvernementales, fiscalité moins avantageuse, les raisons pour lesquelles les européens se sont détournés du diesel n’ont pas manqué en 2018. Avec, comme conséquence, une demande en chute de 18 % l’an passé, au profit d’une remontée de la cote de popularité de l’essence, plus émetteur en CO2. Un essence émet en effet en moyenne 3,2 g de CO2 de plus qu’un diesel.

 

WLTP, SUV et essence

 

Cette corrélation entre baisse du diesel et remontée du CO2 n’est pas une surprise puisque constatée depuis 2016 déjà. Alors que, depuis 2007, le grammage moyen reculait de façon importante, l’ampleur de cette diminution a commencé à ralentir dès 2016 (-1,4 g/km contre -4,1 g/km en 2015), à mesure que les ventes de diesel commençaient à s’essouffler, n’enregistrant plus que 1 % de croissance en 2016 contre 7 % en 2015.

 

Cette tendance s’est ensuite confirmée en 2017, première année de hausse de ce taux moyen, avec +0,3 g/km alors que la demande en diesel déclinait de 8 %. Et plus le diesel décline, plus la hausse de CO2 est significative. Preuve avec les chiffres 2018 : 2,4 g/km supplémentaires pour un recul de 18 % des ventes de diesel.

 

L’analyse des grammages par marché confirme cette évolution inverse. En 2018, seuls trois pays considérés par Jato ont vu le grammage moyen en CO2 des VP neufs immatriculés reculer : la Finlande, la Norvège et les Pays-Bas. En Norvège, les électrifiés ont pesé pour 57 % des immatriculations totales permettant d’absorber le surplus de CO2 généré par le recul de 28 % des ventes de diesel. Avec comme résultat, un grammage moyen de 72,4 %. Aux Pays-Bas, la demande en véhicules à énergie alternative a progressé de 74 % pour représenter 11 % du marché tandis que le diesel a continué de peser pour 76 % du marché. A l’inverse les marchés ayant mené la bataille la plus radicale contre ce carburant ont vu le rejet moyen de CO2 grandir significativement, à l’image du Royaume-Uni avec + 4,3 % (voir graphique 2).

 

Les SUV les plus émetteurs derrière les voitures de sport, les berlines de luxe et les VUL

 

Autre cause de cette remontée des rejets moyens de CO2, la déferlante SUV : l’an passé 16 modèles ont été lancés. Le segment, qui a été le seul à connaître une tendance positive, a conquis le cœur des européens en s’octroyant 35 % de part de marché.  Avec un grammage de CO2 moyen en hausse de 1,4 g/km, il fait aussi partie des segments les plus émetteurs de CO2 derrière les voitures de sport, les berlines de luxes et les VUL (voir graphique 3). Et ce ne sont pas les citadines et les compactes, moins émettrices, qui auraient pu rendre le tableau un peu moins noir, puisque leurs immatriculations ont chuté en 2018.

 

Les grands perdants dans cette situation, les européens bien sûr, mais aussi les constructeurs automobiles qui voient leur grammage moyen croître alors que les objectifs en matière d’émissions, eux, se durcissent radicalement. Seuls cinq d’entre eux peuvent se targuer d’avoir réussi à diminuer ce rejet moyen en 2018 (voir graphique 4) : Toyota, Nissan, Suzuki, Seat et Volkswagen.

 

Sans surprise, Toyota et ses 60 % de ventes en hybride, est passé sous le seuil symbolique des 100 g/km, à 99,9 g/km exactement, soit -1,4 g/km. Autre performance à souligner, celle de Nissan en parvenant à réduire drastiquement ses émissions moyennes de 5,2 % grâce à sa Leaf, devenu premier modèle électrique vendu sur le Vieux Continent. Le japonais se place ainsi en 5e position dans le classement soit 2 places de gagnées. Les Français ne sont pas si mal embarqués puisqu’ils composent, comme l’année dernière, le Top 3 derrière Toyota. Peugeot, malgré une hausse du rejet moyen de 3,2 g soit 107,7 g est resté à la deuxième place, devant Citroën (107,9 g soit +2,4 g) et Renault (109,1 g soit +2,5 g)

 

Graphique 1

 

Graphique 2

 

 

Graphique 3

 

 

Graphique 4