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Industrie

Agnès Pannier-Runacher : "La transition écologique ne doit pas aller contre l’industrie"

Publié le 21 septembre 2021

Par Catherine Leroy
16 min de lecture
Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie, a accordé un entretien au Journal de l’Automobile. Alors que la France se prépare à prendre la présidence de l’Union européenne début 2022, la ministre revient sur les dossiers qui illustrent la révolution vécue par le secteur automobile.
Agnès Pannier-Runacher (crédit photo PBagein)
Agnès Pannier-Runacher (crédit photo PBagein)
  Journal de l’Automobile : Un nouveau plan d’investissement doit être annoncé à la rentrée en supplément du plan de relance. Quelles sont les propositions faites par Bercy au président de la République ? Agnès Pannier-Runacher : C’est un plan d’investissement avant tout industriel, qui a vocation à améliorer la croissance potentielle de la France à l’horizon 2030. Je vous rappelle notre dispositif depuis le début de la crise sanitaire : d’abord, le plan d’urgence pour soutenir l’économie, éteindre les incendies et donner de l’oxygène aux entreprises en difficulté pour que les salariés ne soient pas brutalement licenciés. Ensuite, le plan de relance qui a permis d’accélérer la croissance. Notre volonté était d’agir immédiatement, sur des projets concrets prêts à être déployés dans les deux ans qui viennent, mais en ayant en tête cet horizon 2030. Enfin, avec ce nouveau plan d’investissement, nous souhaitons soutenir la transformation de notre tissu industriel en profondeur. Les arbitrages sont en cours.   JA : Quelle sera la part dédiée à l’automobile ? AP-R : L’automobile sera un des secteurs pris en compte, étant donné l’importance des mutations en jeu. La transition écologique, en premier lieu, que nous devons réussir et d’ailleurs, le rapport du Giec a été très clair sur ce sujet. La question de l’emploi et de l’accompagnement de la transformation des métiers ensuite et, enfin, les enjeux de souveraineté économique. Parce que derrière l’électrification des véhicules, par exemple, ou l’utilisation des technologies liées à l’hydrogène, il y a la question de la maîtrise de technologies qui peuvent être utilisées dans d’autres secteurs. On parle automobile, bien sûr, mais ces techniques peuvent s’appliquer à tous les modes de transport ou de gestion de l’énergie. Le milieu automobile est un peu à l’avant‑garde de ces transformations, sous l’effet des changements d’habitudes de consommation et des objectifs très ambitieux que nous nous sommes donnés pour réduire les émissions de CO2.   JA : La crise des semi‑conducteurs a mis en lumière de manière flagrante la dépendance de notre industrie face à l’Asie. Quelles leçons tirez‑vous de cette pénurie et comment la France peut‑elle amoindrir cette dépendance ? AP-R : Dans cette crise des semi‑conducteurs, il y a un premier élément lié à l’effet stop & go de l’économie mondiale, suite à la pandémie de Covid qui a créé un hiatus entre offre et demande. Mais derrière cette crise, réside également une transformation de nos modèles de production. C’est‑à‑dire que la crise sanitaire a accéléré une tendance sous- jacente d’automatisation et d’utilisation de plus de technologies liées au numérique et donc de semi‑conducteurs. De plus, nous assistons à un change‑ ment de génération dans ce domaine, avec probablement des ingénieries qui vont évoluer, en particulier dans l’automobile. On le voit avec certains modèles avancés en termes de connectivité, qui disposent d’un « cerveau central » pilotant l’ensemble de la voiture, avec des semi‑conducteurs plus puissants mais moins nombreux. Ce n’est donc pas une crise uniquement liée à un décalage ponctuel entre offre et demande. Nous avons tout de suite vu qu’il y avait quelque chose de plus profond. C’est pour cette raison que nous avons fait de l’électronique un des secteurs critiques depuis le début du quinquennat : avec le plan de soutien à l’industrie de nanoélectronique Nano 22, déci‑ dé en décembre 2018, pour lequel la France avait déjà mobilisé près d’un milliard d’euros pour soutenir les investissements massifs du secteur, et avec le plan de relance qui intégrait ce sujet dès septembre 2020, avant les difficultés d’approvisionnement en semi‑conducteurs. Nous avions anticipé ce niveau de dépendance et nous voulions, par ailleurs, accompagner la numérisation des chaînes de production. La France a fait le choix de la production pour le secteur des nanotechnologies. Nous allons travaille[...]

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