Pierre-Emmanuel Chartier, Mercedes-Benz France : "Nous arrivons en 2026 avec 17 nouveautés produits"

Le Journal des Flottes : Mercedes-Benz a été chahuté en 2025 au niveau international, notamment en Chine et aux États-Unis pour des raisons diverses. En Europe en revanche, la marque a tenu le choc. Quels enseignements tirez-vous de l’année qui vient de s’écouler ?
Pierre-Emmanuel Chartier : Au niveau mondial, ce fut une année difficile effectivement. Vous connaissez les défis en Chine, un marché devenu hypercompétitif, où toutes les marques importées ont perdu du terrain. Et de l'autre côté, aux États-Unis, vous avez les barrières douanières qui n'ont probablement pas aidé non plus au développement du commerce des véhicules importés. Donc, dans ce contexte, le groupe a fait 1,8 million de voitures en 2025, un volume en baisse de 9 % comparé à 2024. C'est un recul significatif. En revanche, si vous neutralisez l'effet chinois, le recul se limite à 4 %. Et si vous regardez précisément la situation européenne, nous avons été stables, à -1 %. L'Europe est restée un pivot de stabilité dans un monde automobile qui a été chahuté tant en Chine qu'aux États-Unis.
JDF : En France aussi, l’année a été compliquée sur le plan comptable puisque Mercedes-Benz a reculé de près de 12 %, à 45 000 livraisons. Comment l’expliquez-vous ?
P.-E. C. : Au niveau de la France, il faut remonter un peu dans le temps pour comprendre notre année 2025. Précisément à fin 2024. À cette époque, tout le monde s’était préparé à un changement de fiscalité lourd, avec la fin de l’exonération du malus au poids pour les voitures hybrides rechargeables. Il y avait alors eu un effet d’anticipation des livraisons fin 2024 pour échapper à cette évolution fiscale. Je rappelle qu’en 2024, Mercedes-Benz était le plus gros vendeur, en valeur absolue, de véhicules hybrides rechargeables en France. Les PHEV représentaient alors plus de 50 % de nos volumes.
En fin de compte, cette fiscalité ciblant particulièrement les plug-in hybrides a eu un effet pour nous proportionnellement plus important que pour le reste des marques distribuées dans le pays. À l’accélération que nous avions connue fin 2024 a donc succédé un ralentissement de notre activité début 2025. Ajoutez à cela la réforme des avantages en nature du 27 février, que personne n’avait vraiment vue venir et qui n’a pas aidé dans la prise de décision des entreprises, notre canal de prédilection. Elles ont gelé leurs commandes, le temps de comprendre cette nouvelle fiscalité et de refaire leur car policy. Forcément, cela s’est traduit pour nous par une année 2025 en demi-teinte en immatriculations avec 45 000 unités, soit un recul de 12 %.
JDF : Toutes les marques premium ont globalement souffert en 2025…
P.-E. C. : Si vous prenez le top 20 des marques premium, vous obtenez un volume de livraisons sur 2025 qui baisse de 15 %. Nous faisons donc légèrement mieux que la moyenne. J’ajouterais même que certains concurrents qui étaient également très dépendants de l’hybride rechargeable ont plongé de 40 %. En revanche, le redémarrage sur la seconde partie d’année a permis de stabiliser les prises de commandes au cumul annuel.
Je tiens à souligner l’importance du BtoB pour Mercedes-Benz qui représente environ 45 % de nos volumes
JDF : Justement, comment avez-vous corrigé le tir ?
P.-E. C. : Il fallait pallier la baisse de 50 % de nos volumes de voitures hybrides rechargeables. Nous avons pour cela pu nous appuyer sur nos modèles électriques écoscorés, dans un premier temps sur l’EQA et l’EQB, puis en fin d’année sur la CLA. Cela nous a permis de développer fortement nos volumes d’électriques, puisque nous avons fini l’année 2025 avec un mix électrique de 21 %. Si je fais un focus sur la fin de l’année, nous sommes désormais plus proches des 35 %. Il y a donc eu un très fort effet de bascule, pour Mercedes-Benz, du PHEV vers l’électrique. Le plug-in hybride reste malgré tout une solution technologique très attractive qui représente encore 25 % de notre mix global.
JDF : Le BtoB, vous l’avez évoqué, est votre marché de prédilection. Comment les entreprises ont-elles digéré ces récents changements réglementaires ?
P.-E. C. : Toutes les grandes flottes ont bouleversé leur car policy en milieu d’année, le temps de réagir. Tout a été remis au clair au mois de septembre avec, dans un premier temps, une approche électrique écoscorée uniquement. On note à présent que les entreprises s’ouvrent à nouveau aux modèles électriques non écoscorés afin de proposer plus de diversité à leurs salariés. En revanche, au niveau des PME et PMI, qui ont des flottes plus modestes, il y a encore un gros mix d’hybrides rechargeables. Encore une fois, je tiens à souligner l’importance du BtoB pour Mercedes-Benz, qui représente environ 45 % de nos volumes.
JDF : Quel impact a eu l’arrivée du CLA électrique, à près de 800 km d’autonomie et éligible à l’écoscore, dans votre dynamique BtoB ?
P.-E. C. : En termes d’offres produit, 2025 a été une année de transition. La seule nouveauté, certes majeure, a été l’arrivée du CLA début septembre. Ce modèle n’a pas pu avoir un impact significatif sur notre bilan annuel en immatriculations, mais a dopé les prises de commandes de fin d’année. La dynamique actuelle est forte, puisque le CLA représente 15 % de nos commandes. D’ailleurs, j’en profite pour souligner que la dynamique générale de commandes de fin d’année nous a permis d’attaquer 2026 avec un portefeuille regonflé. Pour revenir au CLA, il a des atouts incontestables pour réussir en BtoB, avec sa plateforme 800 volts qui permet de récupérer jusqu’à 325 km d’autonomie en 10 minutes et qui offre près de 800 km d’autonomie. La voiture bénéficie d’un excellent accueil, elle a d’ailleurs été récemment élue Car of the Year et est la voiture la plus sûre en 2025 (toutes catégories confondues), selon l’Euro NCAP.
JDF : L’année 2026 s’annonce-t-elle plus riche en nouveautés ?
P.-E. C. : Nous allons avoir beaucoup de nouveautés, à commencer par le nouveau GLB qui repose sur la même plateforme que le CLA. Ce SUV sept places sera de ce fait décliné en versions électriques et hybrides. Il arrivera dans les concessions à la fin du premier trimestre. Nous pourrons également compter cette année sur le CLA Shooting Brake qui constituera une arme très intéressante en BtoB, puisque nous n’avons pas vraiment de concurrence sur ce segment. Et puis arrivera en fin d’année le GLA, avec les mêmes atouts technologiques. Nous aurons ainsi une offre profondément renouvelée sur le segment des compactes, qui plus est écoscorée, un réel atout pour consolider notre position sur le marché des flottes.
La Classe A actuelle s’arrêtera fin 2027
JDF : Mercedes-Benz a également annoncé du nouveau concernant le GLC et la Classe C…
P.-E. C. : En effet, nous allons lancer le nouveau GLC EQ dans les prochaines semaines. Il est extrêmement demandé avant même son arrivée dans les showrooms. Nous pensons qu’il ne sera probablement pas écoscoré, mais la bonne nouvelle est qu’il ne sera pas soumis au malus au poids. Le gouvernement a pris la bonne décision en supprimant l’entrée des électriques non écoscorés dans le champ du malus au poids. Cette décision bénéficiera également à la nouvelle Classe C électrique qui arrivera en milieu d’année. La Classe C thermique et hybride actuelle restera au catalogue et sera même relookée en fin d’année.
JDF : Quid de la Classe A qui reste l’une de vos meilleures ventes ?
P.-E. C. : La Classe A actuelle s’arrêtera fin 2027. Il y a certes eu des discussions en interne quant à sa date de fin de vie mais son fort succès commercial a éteint toute discussion. La Classe A n’a pas pris une ride. Elle reste au top de sa catégorie en termes de confort, de technologie et d’habitabilité notamment. Elle est disponible jusqu’à fin 2027, avec ses moteurs thermiques et hybrides.
JDF : Quelques mots sur le marché des particuliers, entrevoyez-vous une reprise ?
P.-E. C. : Ce n’est pas le marché qui a été le plus perturbé et d’ailleurs Mercedes-Benz s’y est plutôt bien tenu en 2025. Nous sommes assez optimistes, pourquoi ? Nous arrivons cette année avec 17 nouveautés produits, j’en ai évoqué un certain nombre. Nous allons de ce fait avoir énormément d’opportunités de prises de contact avec les clients particuliers, lesquels nous sont très fidèles, soit dit en passant.
JDF : Quelles sont vos prévisions pour 2026, tout d’abord au niveau global, puis pour la marque que vous dirigez ?
P.-E. C. : Je ne vois pas une réelle reprise du marché en 2026, qui devrait se situer selon nos prévisions aux alentours de 1,65 million de voitures. En revanche, je ne vais pas partager nos ambitions de volume, mais vous pouvez garder en tête qu’elles ne sont pas inférieures à celles de l’année précédente. Si vous préférez, au regard de toutes les nouveautés qui se profilent, nous pouvons légitimement nous attendre à ce que nos volumes se portent mieux.
Nous tablons sur une part de 35 % d'électriques au niveau global en termes de commandes
JDF : Anticipez-vous une accélération de vos livraisons de modèles électriques ?
P.-E. C. : Nous tablons sur une part de 35 % au niveau global en termes de commandes. C’est le niveau de nos prises de commandes depuis septembre/octobre, en somme depuis que le marché du BtoB s’est réanimé. D’ailleurs, sur les flottes, nous sommes très largement au-delà des 35 % d’électriques.
JDF : Dans quel état d’esprit se trouve le réseau Mercedes-Benz après cette année 2025 difficile ?
P.-E. C. : Le partenariat entre le constructeur et son réseau est réel et profond. Vous voyez assez peu de turnover dans le réseau. Nous sommes un constructeur qui s’est toujours inscrit dans la relation de long terme avec ses distributeurs. Nous accompagnons le réseau et le réseau nous aide aussi en étant peut-être plus offensif commercialement dans les moments difficiles. Le réseau a confiance en Mercedes-Benz et j’en veux pour preuve les investissements importants que nos distributeurs font dans la transformation des showrooms et des sites en général. La moitié des sites est déjà passée aux nouveaux standards de distribution Mar20XX, ce qui nous permet d’offrir une expérience client complètement différente, très haut de gamme. Nos investisseurs sont bien entendu très excités par le plan produits qui arrive en 2026 et 2027, ils sont dans les starting-blocks.
JDF : Qu’en est-il du contrat d’agent, reste-t-il d’actualité ?
P.-E. C. : La stratégie de distribution de Mercedes-Benz est très claire, elle a été annoncée il y a plusieurs années. C’est une stratégie de distribution par un modèle d’agent, elle se déploie en Europe et dans le reste du monde. Mercedes-Benz compte déjà 13 marchés qui fonctionnent en modèle d’agent et la France, comme le reste des autres pays, passera aussi en modèle d’agent. Le calendrier a été fixé.
JDF : Connaissez-vous d’ores et déjà la rentabilité du réseau pour 2025 ?
P.-E. C. : Il est trop tôt pour avoir le chiffre exact. Je peux néanmoins vous assurer que le réseau a gagné de l’argent en 2025, certes moins qu’en 2024.
JDF : Quel regard portez-vous sur la concurrence chinoise, qui s’invite sur tous les segments, dont le premium ?
P.-E. C. : Il ne faut absolument pas sous-estimer cette concurrence. Les marques chinoises innovent très rapidement et elles arrivent avec des offres très compétitives. Chez Mercedes-Benz, nous essayons de proposer quelque chose de différent, nous entendons être au top en matière de technologie et nos derniers produits en sont l’incarnation. Nous capitalisons aussi sur notre savoir-faire en termes de confort et de sécurité, deux piliers historiques de Mercedes-Benz. Cela se traduit par des valeurs résiduelles qui sont significativement plus élevées que les produits chinois. Et je n’oublie pas que l’un de nos atouts maîtres est notre réseau de distribution. Son professionnalisme et son expertise permettent d’offrir une expérience clients incomparable.
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