Airbags Takata : circulez, il n'y a rien à voir
La gestion du rappel des véhicules équipés d'airbags Takata ne fera pas l'objet d'une enquête parlementaire. La conférence des présidents de l'Assemblée nationale a pris cette décision le 1er avril 2025.
Karine Lebon l'a annoncé dans la foulée à l'agence réunionnaise Imaz Press. La députée de la 2e circonscription de La Réunion avait pourtant porté à bout de bras cette proposition de résolution pour former une commission dédiée.
10 % des véhicules réunionnais concernés
Membre du groupe parlementaire Gauche démocrate et républicaine, l'élue comptait ainsi établir la transparence sur les responsabilités autour des multiples couacs de la campagne de remplacement de ces équipements dangereux, notamment chez Stellantis et Volkswagen.
En effet, contrairement aux États-Unis et à la Corée du Sud, les pouvoirs publics français ont choisi de laisser les constructeurs gérer seuls les rappels de véhicules concernés. Or, Karine Lebon juge ces résultats "disparates, opaques et inégalitaires".
Cette campagne de rappel concerne encore plus de deux millions de véhicules, tant en métropole qu'outre-mer. Par exemple, à La Réunion, 10 % du parc roulant serait concerné. De nombreux automobilistes subissent donc encore l'immobilisation de leur véhicule depuis de longs mois. Voire sont contraints de rouler avec, à leurs risques et périls.
Retrouvez la liste des modèle concernés
Pour la députée, "il s’agit d’une mise en danger délibérée des automobilistes, dans un silence complice de certains industriels qui connaissaient depuis longtemps la dangerosité des produits". Cette situation l'a poussée à lutter pendant plusieurs mois pour poser sa proposition d'enquête, dans un contexte plutôt favorable.
En effet, le 15 mars 2025, Manuel Valls, ministre des Outre-mer, avait évoqué "une urgence absolue", en plaçant les constructeurs devant leurs responsabilités. De passage en Guadeloupe, il les avait exhortés à "agir" rapidement.
Parallèlement, les 29 affaires judiciaires Takata en cours ont été centralisées et dépaysées au parquet de Paris, fin mars. La députée avait noué le dialogue et échangé avec les différents acteurs concernés, ainsi qu'avec Philippe Tabarot, le ministre des Transports.
17 morts répertoriés
Elle a donc été surprise par le refus des présidents de groupes politiques de l'Assemblée nationale. Karine Lebon explique que "jusqu’à la dernière minute, nous avons cru obtenir leur soutien. Force est de constater que 17 décès ne sont malheureusement pas suffisants pour que certains prennent leur responsabilité".
Elle martèle : "Malgré toute l’énergie déployée, malgré nos échanges avec le ministre des Transports et le travail conjoint avec les victimes et leurs représentants, certains parlementaires sont restés sur leur position".
Cependant, l'élue affirme que ce dossier n'est pas entièrement refermé. "Nous devons poursuivre notre lutte pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire." Elle affirme rester aux côtés des victimes et de leurs proches pour endosser leur combat. "Un tel scandale ne doit plus jamais se reproduire", insiste-t-elle.
L'annonce de l'enterrement de ce projet d'enquête parlementaire a été très mal accueillie par les Ultramarins. Leurs commentaires sur les articles en ligne annonçant l'information dans les médias locaux ne sont pas tendres. En effet, 16 des 17 décès formellement associés aux airbags Takata sur le territoire français ont été enregistrés dans les Drom-Com.
La seule Guadeloupe déplore notamment neuf tués par ce dispositif. Alors que la Guyane, la Martinique et La Réunion ont également été endeuillées. À ces victimes, il faut ajouter de nombreux blessés, en métropole comme en outre-mer.
Facteur aggravant : nos confrères de la presse ultramarine rapportent que les enquêteurs estiment que ce bilan serait sous-évalué. En effet, les experts n'auraient pas immédiatement repéré la responsabilité de ce système de sécurité défectueux dans un nombre indéterminé d'accidents.
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