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Journal des Flottes

Les loueurs courte durée réclament un cadre spécifique pour leur électrification

Publié le 5 avril 2024

Par Jean-Baptiste Kapela
7 min de lecture
Les loueurs courte durée s’opposent à la proposition de loi du député Damien Adam visant à durcir les règles pour les entreprises et à imposer des sanctions. Face à une électrification qui ne séduit pas leurs clients, les acteurs du secteur réclament une réglementation spécifique.
Les loueurs courte durée se mobilisent pour une réglementation spécifique à leur secteur. ©Adobe Stock / kegfire

"Nous tenions à vous rencontrer pour vous faire part de notre vive inquiétude", lance en préambule Jean-Philippe Doyen. Le président de la branche des métiers de la mobilité partagée de Mobilians et président de Sixt pour le Sud-Ouest de l’Europe a convoqué les journalistes le 5 avril 2024 pour évoquer la proposition de loi du député Renaissance Damien Adam. Celle-ci vise à durcir les règles de décarbonation des flottes et à sanctionner les entreprises si les objectifs d’électrification dans le renouvellement de leur parc n’est pas respecté.

 

Un texte qui sera étudié par la commission développement durable de l’Assemblée nationale avant de passer en séance plénière le 30 avril prochain. Cette proposition de loi a jeté un froid pour les acteurs de la location courte durée, dont l’électrification s’avère être un chemin de croix. "Ce texte concerne l’ensemble des entreprises, mais ne prend pas en compte les spécificités de la location courte durée", pointe du doigt Jean-Philippe Doyen. Ainsi, les loueurs réclament un cadre réglementaire spécifique aux entreprises du monde de la LCD.

 

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"L'électrification est un challenge pour nous. Nous sommes prêts à accepter, en tant qu’entreprise, d’avoir le pourcentage de véhicules indiqué par le projet de loi dans notre propre flotte, à destination de nos collaborateurs. Néanmoins, en ce qui concerne notre parc à destination de nos clients, c’est presque impossible, présente Jean-Philippe Doyen. Qu'il nous soit demandé un certain nombre d’efforts, pourquoi pas, mais encore faut-il qu’ils ne soient pas totalement déconnectés du quotidien et de la réalité" ajoute-t-il.

 

Une électrification compliquée

 

"Nous ne comprenons pas pourquoi la loi LOM, déjà très ambitieuse, avait besoin d’être modifiée. Avec cette dernière, nous avons déjà joué le jeu en intégrant lors de nos renouvellements des véhicules électrifiés, hybrides rechargeables et électriques. Or, la proposition de loi exclut désormais les hybrides rechargeables, rendant l’équation beaucoup plus complexe. Surtout que la part de nos clients louant des véhicules à batterie reste marginal", se désole Fabrice Gueudet, dirigeant de Locanor, société de location courte durée.

 

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En effet, pour les entreprises du secteur, la transition vers l’électrique s'avère très compliquée. Actuellement, le taux de véhicules à batterie dans le renouvellement des flottes des loueurs est compris entre 6 % et 7 %, bien loin du seuil actuel de la LOM, fixé à 20 % depuis le 1er janvier 2024. La principale raison invoquée par les enseignes de la location réside dans la très faible demande pour les véhicules 100 % électriques.

 

Ainsi, le taux de location des véhicules électriques (47,5 %) est inférieur d’un tiers à celui des véhicules thermiques (73,6 %). "Concrètement, aujourd’hui, les VE particuliers achetés par une entreprise de notre secteur restent au garage en moyenne 16 jours par mois", renchérit le président du métier mobilité partagé de Mobilians.

 

Des difficultés à convaincre les clients

 

Les loueurs peinent d’ailleurs à convaincre leurs clients de se tourner vers un modèle à batterie. Jean-Philippe Doyen souligne en effet que les gares, où les loueurs génèrent une grande partie de leur activité, sont très peu équipées en infrastructures de recharge.

 

"Une grande partie des locations en gare pourrait se faire en électrique. Cela aurait un sens, économiquement, pour un grand nombre de nos clients. Mais malheureusement, en l’absence de points de charge sur ces sites, nous sommes dans l’incapacité d’assurer la recharge lors de la récupération du véhicule pour des locations de très courte durée", explique Fabrice Gueudet.

 

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Sur les près de 40 millions de véhicules en circulation dans l’Hexagone, la part des véhicules électriques demeure faible et s’élève à 3 %. Or, pour les loueurs, convaincre les Français d’appréhender une voiture à batterie dans un environnement géographique qu’ils ne connaissent pas et où la position des points de charge est inconnue relève du défi. En moyenne, les clients des loueurs, dont la moitié sont des professionnels, effectuent 3 000 km par mois, soit 200 km en moyenne par jour.

 

Des seuils de renouvellement trop exigeants

 

Le projet de loi du député Renaissance propose de passer à 30 % en 2025, 40 % en 2026, 50 % en 2027, 60 % en 2028, 70 % en 2029, 80 % en 2030, 90 % en 2031 et 95 % en 2032 le taux de renouvellement des véhicules électriques. Des seuils qui relèvent là aussi de l’impossible pour les loueurs.

 

"Une autre de nos spécificités, c’est que nous renouvelons nos véhicules à un rythme bien supérieur à celui d’une entreprise lambda. En général, ces dernières renouvellent leur flotte tous les trois ans dans le meilleur des cas. Pour notre part, nous le faisons tous les six à huit mois, six fois plus vite qu’une société classique. Ainsi, quand l’État nous dit 30 %, c’est 30 % deux fois par an", précise Jean-Philippe Doyen.

 

S'ajoute à cela le prix des véhicules électriques, environ 40 % plus chers à l’achat qu’un véhicule thermique. Les objectifs d’électrification semblent tout de suite plus étouffants pour les loueurs. D’autant que les caractéristiques des modèles à batterie évoluent d’année en année, poussant les loueurs à devoir choisir dans leur flotte des modèles plus performants en matière d’autonomie pour leurs clients. "Beaucoup d’enseignes ont fait des efforts,  ont investi des dizaines de millions d’euros dans l’électrification de leur flotte. Celles-ci s’en mordent les doigts aujourd'hui", présente Jean-Philippe Doyen en faisant référence à Hertz aux États-Unis.

 

Une loi qui ne convient pas aux loueurs

 

L’autre point noir de la proposition de loi pour les loueurs réside dans les sanctions potentielles réservées aux entreprises qui ne respectent pas les seuils. "La LOM, en l’état, incite déjà les entreprises à se verdir. Or, avec ce projet de loi, nous passons d’une politique d’accompagnement à une politique de sanction, de la carotte au bâton", s'inquiète Jean-Philippe Doyen.

 

"En 2026, si nous devons renouveler 40 % de notre flotte en électrique, sur les 1 400 véhicules que nous immatriculons en moyenne dans mon entreprise dans le cadre d’un renouvellement, cela doit se traduire par 600 véhicules électriques. Si dans ma société, il me manque 200 ou 300 véhicules à batterie, car je ne pourrais pas en acheter autant, on parle d'une pénalité qui se compte en millions d’euros. Cela se traduirait par une fermeture de mon entreprise", s’alarme Fabrice Gueudet.

 

Des demandes bien spécifiques aux loueurs

 

Les loueurs demandent que soit respecté l’esprit de la loi, soit une réglementation qui ne concernerait que les salariés des entreprises. "Nous voulons que cette loi s’applique aux sociétés pour leurs salariés, et à ce sujet, nous sommes prêts à respecter les règles du jeu sur cet aspect-là. Car nos salariés, nous pouvons les former et les forcer à utiliser ces véhicules, contrairement à nos clients", présente Jean-Philippe Doyen.

 

La question des seuils pourrait pousser les loueurs à rallonger les durées de détention de leurs véhicules dans leurs flottes. Ce qui serait contre-productif pour l'état soulèvent ces derniers. "Les LCD, c’est à peu près 230 000 véhicules immatriculés par an sur lesquels nous payons la TVA. Si nous renouvelons moins nos flottes, cela pourrait se ressentir dans les caisses de l’État", souligne Fabrice Gueudet.

 

Les loueurs courte durée demandent donc que soit reconnu le caractère spécifique de la location courte durée. Ils réclament enfin que les véhicules utilitaires soient retirés de l’équation, car l’offre n’est pas en phase avec la demande des clients BtoB, qui sont en général des artisans.

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