Antoine Delacroix, Toyota : "Nous souhaitons proposer des véhicules électriques écoscorés"

Le Journal des Flottes : Toyota a vu ses immatriculations baisser de 20,1 % sur les canaux BtoB en 2025, pour atteindre 28 257 unités. Dans un marché également baissier, elle reste néanmoins la quatrième marque la plus plébiscitée chez les flottes. Quelle est votre réaction ?
Antoine Delacroix : En 2025, nous avons malheureusement vu nos immatriculations de voitures particulières baisser par rapport à 2024. Cette baisse s’explique notamment par l’impact des évolutions fiscales intervenues l’an dernier. En effet, les avantages en nature et l’écoscore orientent désormais les entreprises vers des motorisations 100 % électriques. Si nos clients saluent toujours la pertinence de nos solutions hybrides, notre gamme ne propose pas encore de véhicules électriques écoscorés. En revanche, sur les segments plus compacts où l’offre électrique est moins fournie, nos modèles comme l’Aygo, la Yaris ou la Yaris Cross parviennent encore à se démarquer.
JDF : La performance de la marque est en revanche radicalement opposée sur les segments des véhicules utilitaires, avec 12 891 immatriculations (+34 %) recensées en 2025...
A.D. : Toyota a en effet très bien performé sur le segment des véhicules utilitaires. Nous avons atteint une part de marché de 4,5 %, mais nous avons surtout enregistré une progression de 34 % en l’espace d’un an. Toyota se hisse donc à la septième place sur le marché des utilitaires, un résultat très encourageant pour une marque présente sur ce segment depuis un peu plus de dix ans. Nous avons vocation à continuer de grandir ! D’autant que nous disposons désormais d'une gamme complète de véhicules utilitaires, enrichie par le lancement du Proace Max en 2024.
JDF : Quel a été l'impact de la nouvelle réforme des avantages en nature, rétroactive au 1er février 2025 ?
A.D. : Il y a d’abord eu de l’attentisme. Les clients professionnels ont en effet repoussé leurs intentions d’achat, notamment sur le canal de la location longue durée. Puis, à partir du mois de septembre 2025, à la suite d’une refonte de leurs car policies, les entreprises ont commencé à se réorienter vers des véhicules électriques écoscorés. Cette tendance est également visible en ce début d’année 2026. Nos commandes de véhicules hybrides sur les segments A, B et C ont un peu reculé, ce qui a mécaniquement pesé sur nos immatriculations en janvier et février. Néanmoins, la demande pour nos modèles hybrides reste soutenue car l’électrique ne correspond pas à tous les usages de nos clients. Certains d’entre eux sont aussi moins impactés par la fiscalité.
JDF : Cette réforme a-t-elle modifié la typologie de votre clientèle ?
A.D. : Les clients grands comptes ont, certes, diminué leurs achats, notamment sur les véhicules de fonction, mais ils ne les ont pas pour autant arrêtés. Notre clientèle historique, axée sur le transport de personnes, reste fidèle à Toyota. Nous travaillons également beaucoup avec les professionnels libéraux mais aussi avec les ADMR (Aides à domicile en milieu rural), dont les besoins et les usages sont en phase avec ceux de nos véhicules hybrides.
Nous devons être en mesure de proposer de l'électrique à nos clients
JDF : Vous payez l'absence d'une gamme complète de véhicules 100 % électriques…
A.D. : Nous devons être en mesure de proposer de l’électrique à nos clients, en complément de nos solutions hybrides et hydrogène. Nous lançons d’ailleurs cette année de nouveaux véhicules 100 % électriques et, à terme, nous souhaitons également commercialiser des véhicules électriques écoscorés. Pour autant, il convient également de ne pas imposer cette énergie aux consommateurs. L’enjeu reste de leur offrir un éventail de motorisations adapté à la diversité de leurs usages.
JDF : Quel sera votre plan produits en 2026 ?
A.D. : En 2026, nous aurons une grosse actualité produits. L’année a débuté avec la Toyota Aygo X, dont le lancement est très réussi, aussi bien chez les particuliers que chez les professionnels. Elle embarque la motorisation hybride reconnue de la Yaris, mais sur des dimensions plus compactes. La France est d’ailleurs très friande de ce genre de petits véhicules. Le C-HR+ arrivera quant à lui ce mois-ci en concessions, mais les commandes sont ouvertes depuis le mois de décembre 2025. Pour l’heure, il séduit majoritairement des clients particuliers car il ne bénéficie malheureusement pas de l’écoscore. Mais nous avons tout de même lancé le véhicule avec une offre de location longue durée par l’intermédiaire de Kinto, notre captive LLD, qui se positionne très bien par rapport à la concurrence. Le RAV4, véhicule iconique de la marque, emboîtera le pas, d’abord en version hybride puis dans un second temps en hybride rechargeable. Enfin, côté véhicule utilitaire, notre grosse nouveauté sera le lancement de notre Hilux 100 % électrique.

Avec le C-HR+, Toyota veut profiter de la dynamique électrique sur le segment C-SUV. ©Toyota
JDF : En 2025, vous avez lancé une offre exceptionnelle proposant l’électrique au prix du diesel sur votre gamme de véhicules utilitaires. Cette initiative sera-t-elle reconduite cette année ?
A.D. : Comme sur le VP, nous devons proposer des motorisations qui correspondent aux attentes de nos clients. Un utilisateur de véhicule utilitaire parcourt en moyenne 60 km par jour. Certains effectuent des trajets plus longs et se tourneront naturellement vers une offre diesel, tandis que d’autres rouleront moins, et trouveront donc la solution électrique pertinente qui, rappelons-le, coûte moins cher à l’usage qu’un véhicule thermique. En 2025, nous avons donc lancé une offre visant à proposer l’électrique au prix du diesel sur notre gamme de véhicules utilitaires. Cette initiative a été victime de son succès puisque 20 % des commandes passées sur nos VU étaient en électrique, soit deux fois plus que la moyenne du marché en immatriculations. Nous souhaitons poursuivre cette dynamique et, grâce à notre captive Kinto, les loyers de nos véhicules utilitaires électriques restent aujourd’hui moins chers que ceux du diesel. Nos clients peuvent d’ailleurs bénéficier gratuitement de notre stage d’écoconduite "Toyota Experience", avec notre partenaire Actua Formation, qui leur permet de se familiariser avec la conduite d’un véhicule électrique et d’optimiser son efficience. Résultat, ceux qui font le choix de passer à l’électrique font rarement machine arrière.
JDF : Longtemps très prisée par les professionnels, la technologie hybride rechargeable n'est aujourd'hui plus aussi intéressante fiscalement parlant. Pourtant, vous continuez à la proposer, y compris sur de nouveaux modèles. Pensez-vous que cette motorisation a encore de l'avenir chez les flottes ?
A.D. : Selon moi, l’hybride rechargeable est l’une des motorisations les plus pertinentes en termes de transition énergétique. D’autant que les véhicules PHEV embarquent aujourd’hui des batteries nettement plus grandes, leur permettant de réaliser plus de 100 km en full electric, comme sur notre futur RAV4. Cette autonomie correspond tout à fait à des usages quotidiens. Malheureusement, en France, il est dommage que la fiscalité ne nous permette pas de mettre en avant cette technologie.
Lexus va s'électrifier en 2026
JDF : Un mot sur la marque Lexus en France en 2025 ?
A.D. : Avec Lexus, nous avons réalisé un peu moins de 2 000 immatriculations chez les flottes en 2025. Nous démarrons l’année 2026 sur une dynamique de croissance et nous souhaitons continuer à grandir avec cette marque qui se veut access premium. Notre modèle phare est le LBX que nous proposons avec un loyer attractif et qui représente donc la grande majorité de nos volumes. Mais Lexus va s’électrifier en 2026, avec l’arrivée de la nouvelle ES 100 % électrique au mois de septembre, mais surtout du nouveau RZ que nous lançons en ce moment. Ce dernier est d’ailleurs accessible à un loyer similaire à celui d'un hybride, afin d’accompagner nos clients dans leur transition vers l’électrique.
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