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Constructeurs

Sergio Marchionne vu par...

Publié le 16 mars 2007

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Par Tanguy Merrien
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11 min de lecture
Luca de Meo, responsable de la marque Fiat Journal de l'Automobile. Comment s'est déroulée votre première rencontre avec Sergio Marchionne ?Luca de Meo. Sergio Marchionne est entré...
Luca de Meo, responsable de la marque Fiat Journal de l'Automobile. Comment s'est déroulée votre première rencontre avec Sergio Marchionne ?Luca de Meo. Sergio Marchionne est entré...

...dans mon bureau soudainement. Il m'est apparu comme quelqu'un de très sérieux, à l'écoute et qui avait vraiment envie de changer la situation de Fiat.
JA. Pourriez-vous nous décrire l'homme et le manager ?
LDM. C'est un homme très intelligent avec une capacité de travail énorme, et doté d'une grande lucidité dans l'analyse et la synthèse des choses. Travaillant depuis trois ans avec lui, j'ai eu la confirmation de ce que je soupçonnais avant. C'est-à-dire que pour être un bon manager, il suffit peut-être de s'appliquer et de travailler dur, de s'engager à fond dans le travail. Mais pour être un très grand manager, ou un leader, il faut aussi avoir des qualités humaines et personnelles un peu extraordinaires et Sergio Marchionne est ce type de personne.
JA. Qu'attend-il de vous, de ses collaborateurs directs ?
LDM. Il attend que nous soyons très focalisés sur le succès de notre business, que nous soyons capables de prendre nos responsabilités et que nous traitions les marques de façon assez différente pour maintenir l'identité de chaque marque. Chaque marque devant être une valeur très importante de l'entreprise.
JA. Sergio Marchionne est connu pour s'entourer de collaborateurs jeunes, les "kids", pensez-vous que cela soit un gage de pérennité pour le groupe ?
LDM. Je ne sais pas, je commence à devenir vieux… plus sérieusement, ce qui est important c'est que Sergio Marchionne ait pris là, une décision très différente, très en rupture par rapport au type d'organisation que nous avions par le passé. Cela ne concerne pas uniquement les jeunes, je pourrais évoquer également la valorisation des compétences internes de l'organisation de Fiat, d'une entreprise qui a plusieurs décennies d'histoire et donc des gens qui savent très bien faire leur métier même s'ils sont plus âgés. Cependant, le fait d'avoir créé une équipe très jeune pour une marque comme Fiat a facilité son repositionnement parce que nous arrivons à comprendre plus facilement ce que les nouvelles générations veulent.
JA. Quelles sont les décisions de Sergio Marchionne qui vous ont surpris ?
LDM. Beaucoup des décisions qui ont été prises au début nous ont étonnés mais nous nous sommes vite habitués. Par rapport à l'organisation précédente, ce qui nous a le plus surpris, c'est l'aptitude de Sergio Marchionne à décider très rapidement. C'est quelqu'un qui a un niveau d'exigence très haut et qui aime bien rompre les équilibres et les conventions.
JA. Fiat était tenu pour mort il y a deux ans, aujourd'hui le groupe est cité en exemple, qu'est-ce que cela vous inspire ?
LDM. Que nous soyons cités en exemple nous surprend et nous fait plaisir mais ce qui est important c'est que nous poursuivions le parcours que nous avons commencé il y a trois ans, c'est-à-dire que nous continuions notre travail. Ce que nous avons fait - je parle pour la partie qui est sous ma responsabilité - c'est ce que le marché attendait d'une marque comme Fiat. Maintenant, pour les années à venir, nous avons un autre challenge, celui d'innover et non plus seulement de répondre à la demande et de faire quelque chose de réellement surprenant, quelque chose que jamais personne n'a fait auparavant.
JA. Avez-vous les produits, aujourd'hui, qui vous permettent de progresser ?
LDM. Fiat a une très belle gamme de produits actuellement, l'une des plus jeunes sur le marché européen. Des voitures comme la Panda, la Grande Punto et maintenant la Bravo sont certainement, j'en suis convaincu, des produits leaders dans leur catégorie. Nous lancerons très rapidement, au mois de juillet, la nouvelle Fiat 500, une voiture qui va radicalement encore une fois changer l'image de Fiat. Mon objectif c'est de faire de ces nouvelles voitures des piliers solides de la présence de Fiat sur tous les marchés européens. Il faut que la Bravo et la Fiat 500 se vendent en de très grands volumes. Par ailleurs, nous avons la possibilité - et cela fait partie déjà du plan qu'on a annoncé - de rentrer dans le segment des familiales avec un concept innovant. Je pense qu'il y a de la place, notamment à l'international, pour une voiture qui soit entre la Panda et la Grande Punto. Nous y travaillons activement et ce sera l'une des décisions très importantes pour le développement à l'international de la marque Fiat.

Olivier François, responsable de la marque Lancia

Journal de l'Automobile. Quelle a été votre impression lorsque vous avez rencontré Sergio Marchionne pour la première fois ?
Olivier François. L'effet "Marchionne", c'est un peu comme l'effet Kiss Cool. Dans la publicité, la personne mange le petit bonbon et se met à faire des choses hallucinantes. Pour moi, cela s'est passé de la même façon, je suis allé manger deux fois avec lui et après ces deux fois cela a été comme "lâcher un pays qui est le mien pour aller dans un pays qui n'est pas le mien". Je suis allé m'installer dans une ville que je ne connaissais même pas, travailler dans une société dont, à l'époque, l'avenir était incertain. Aujourd'hui, j'en suis très content. L'effet Marchionne, c'est comme l'effet Kiss Cool, on fait des choses incroyables et on est content après.
JA. Comment définiriez-vous les qualités du leader et les qualités de l'homme ?
OF. Je dirais que la plus grande qualité du leader c'est qu'il est resté un être humain, et la plus grande qualité de l'homme, c'est que c'est un énorme leader. En ce qui concerne les défauts, en tant qu'être humain il doit en avoir, mais je ne les ai pas encore trouvés.
JA. Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans ses actions ?
OF. Il y a une décision qui m'a beaucoup marqué mais pour des raisons personnelles, c'est le désir de relancer Lancia et de me donner les moyens de le faire. C'est une décision qui était difficile à prendre et qui inspire beaucoup de respect.
JA. Comment Sergio Marchionne se comporte-t-il face au risque ?
OF. Son attitude se résume en une phrase qu'il nous dit de temps en temps et qui m'a beaucoup impressionné : "Les hommes ne suivent pas les hommes, les hommes suivent le courage". Je crois que c'est quelque chose de très important parce que du courage pour vendre 300 000 Lancia en 2010, je crois qu'il en faut.
JA. Quelle est sa définition de l'exigence ?
OF. L'exigence, Sergio Marchionne n'en a pas beaucoup, il nous demande juste une chose, faire l'impossible ! Là aussi, il a une phrase qui m'a profondément marqué et que je trouve très belle : "La différence entre le possible et l'impossible ? Il n'y en a presque pas, l'impossible c'est juste un possible qui n'a pas été réalisé".
JA. Est-ce que Sergio Marchionne est quelqu'un de secret, mêle-t-il vie privée et vie professionnelle ?
OF. A-t-il une vie personnelle à protéger ? Je me pose la question mais pas très longtemps parce que je pense que, s'il a la même vie privée que moi ou que mes collègues, et c'est le cas, il n'a pas grand-chose à nous cacher.
JA. Qu'est-ce qui est important pour lui ?
OF. Se donner des objectifs impossibles et faire beaucoup mieux.
JA. Quelles sont ses ambitions pour Lancia et quelles sont les vôtres ?
OF. Il a toujours dit 300 000 voitures pour 2010. Les miennes ? 300 000 et une voiture un peu avant 2010.
JA. Si vous deviez dresser le portrait du groupe Fiat Auto aujourd'hui, quel serait-il ?
OF. Le tableau exact qui décrirait le groupe Fiat, je ne saurais pas exactement vous le dire. Ce que je peux dire, c'est que ce serait évidemment un tableau de la renaissance, italienne évidemment.

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