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Constructeurs

Lettre ouverte à Christian Streiff

Publié le 16 février 2007

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Par Alexandre Guillet
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4 min de lecture
Monsieur, Vous venez d'entrer, si je puis me permettre, dans une zone de turbulence : le microcosme de l'automobile. Il est parfois difficile, certes, d'y distinguer ce qui procède d'un plan bien ordonné de ce qui, au contraire, relève de l'agitation la plus stérile. En tout cas, ça bouge...
Monsieur, Vous venez d'entrer, si je puis me permettre, dans une zone de turbulence : le microcosme de l'automobile. Il est parfois difficile, certes, d'y distinguer ce qui procède d'un plan bien ordonné de ce qui, au contraire, relève de l'agitation la plus stérile. En tout cas, ça bouge...

...et votre arrivée aux commandes de ce grand Groupe industriel en est un témoignage.

D'aucuns laissent cependant entendre que ça ne bouge pas assez. Ils ont sans doute quelque raison de le faire. Ainsi François Heisbourg, dans son très récent ouvrage "l'épaisseur du monde", écrit : "Si on appliquait ce rythme de progrès (celui du traitement de l'information ; note d'E.F.) à d'autres domaines, une voiture neuve coûterait moins d'un euro et roulerait plusieurs centaines de milliers de kilomètres avec un litre d'essence". Croyez-moi : on est assez loin de cet objectif, et vous aurez beaucoup à faire pour vous en approcher quelque peu. Pourtant, Dieu sait si on investit sur le Produit ! Comme dans quelques autres secteurs, on tend à considérer que le Produit est tout. C'est presque vrai, d'ailleurs. Dommage que notre petit monde soit en panne d'imagination, dans ce domaine comme dans quelques autres. Depuis longtemps, nous compensons notre absence d'idées de trois façons : en enrichissant "toujours plus outre" le contenu électronique des modèles ; en utilisant le pantographe, c'est-à-dire en reproduisant le même concept dans tous les segments de marché : c'est ainsi qu'est née, entre autres, la 1007 ; en recourant au grand mixer de l'automobile, qui est à l'origine de tous les cross-over qui naissent chaque jour.

Bref, l'automobile a quelque peu perdu ses marques, sauf celles qu'elle devrait perdre et qui continuent à vivoter. Des marques, d'ailleurs en bonne santé, vous n'en avez que deux, ce qui est une chance inouïe ; vous allez faire des envieux parmi vos égaux. Il n'est pas exclu, d'ailleurs, que l'amitié fraternelle ne pousse ceux qui en ont cinq ou six à vous en proposer une, à un prix imbattable et très inférieur à celui qu'ils ont payé eux-mêmes au moment de l'acquisition. Vous verrez bien, mais je vous conseillerais de vous méfier : vous avez mieux à faire que de prêter assistance à vos concurrents en les libérant d'un fardeau. Le Groupe que vous dirigez a intégré Citroën en quelques décennies, et lui a fait retrouver ses racines esthétiques. Comme vous l'avez sans doute déjà remarqué, il lui reste (et il vous reste) à parfaire l'opération en différenciant les cibles de clientèle auxquelles les deux marques peuvent s'adresser. Ce n'est pas une mince affaire, c'est une affaire d'expansion rentable, difficile à mettre en œuvre mais, à mon humble avis, indispensable.

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