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Constructeurs

Big is not beautiful

Publié le 17 septembre 2004

Par Tanguy Merrien
4 min de lecture
Le cabinet d'études Eurostaf a réalisé un classement multicritère des firmes du secteur automobile, constructeurs et équipementiers. Celui-ci, élaboré exclusivement à partir de données financières, donne une bonne idée de la santé des entreprises de ce secteur. Les plus importantes ne sont pas...

...les plus performantes, loin de là.

L'intérêt premier du classement multicritère des constructeurs et grands équipementiers automobiles, établi par les experts d'Eurostaf, est de fournir une vision synthétique de la performance, et donc de la santé, de chacune de ces firmes. Il ressort de ce classement la confirmation que le "big" n'est pas forcément "beautiful".



FOCUS

Méthodologie et évolution

Le classement final a été élaboré à partir du classement de chaque entreprise au sein des différents indicateurs financiers. Par exemple Nissan, qui occupe la première place du classement multicritère, occupe le deuxième rang pour le taux de marge brute et le troisième rang pour le taux d'endettement. Par rapport au même classement établi l'an dernier, il apparaît que Toyota est passé de la première à la quatrième place alors que Nissan qui se trouvait au huitième rang l'an dernier prend la première place cette année.

L'exemple des premiers constructeurs mondiaux en termes de volumes, General Motors et Ford, en est la parfaite illustration : ils n'apparaissent qu'à la 16e et 17e position. Il en va de même pour Delphi, le premier équipementier mondial, qui ne se situe qu'au 19e rang. Trois constructeurs nippons se classent parmi les quatre premiers. Leurs performances commerciales, en particulier sur le continent nord-américain, ne sont pas étrangères à leur bonne santé financière. Eurostaf explique que nombre de constructeurs, à la recherche de la meilleure rentabilité possible, ont opéré un double mouvement de recentrage et de diversification. Dans cette stratégie de recentrage, certains ont abandonné des diversifications hors de l'automobile : Fiat s'est retiré de l'aviation, des assurances, du BTP, de la chimie et du ferroviaire ; Ford a cédé ses activités dans le crédit immobilier ; GM et DaimlerChrysler ont abandonné les services informatiques.

Un désengagement d'activités connexes

Des constructeurs ont cédé des activités automobiles plus en amont. Ainsi, Renault a vendu à Sylea son activité câble et à TRW une usine de mécanique. Rappelons que GM s'est séparé de Delphi et Ford de Visteon. Enfin, des constructeurs se sont désengagés d'activités connexes comme la logistique, la fabrication d'outillage ou encore la transformation des métaux. Citons la cession par Renault des Fonderies du Poitou, de la CAT et de Renault Automation. Dans le même temps, toujours selon les analystes d'Eurostaf, les constructeurs tentent de se diversifier vers l'aval. Cette diversification s'est notamment opérée par le rachat de chaînes de réparation rapide avec, il est vrai, un niveau de réussite peu probant. Ford, avant de chercher à se désengager, a racheté Speedy via Kwick Fit, de même que Midas a été repris par Fiat via Magneti Marelli. Toujours dans la même philosophie, mais cette fois avec davantage de réussite, plusieurs grands constructeurs ont créé leur propre réseau de réparation rapide, tels par exemple Renault Minute, Peugeot Rapide, Citroën Chrono ou encore Opel Masterfit. Certains ont mis en place des enseignes de centres-autos multimarques et de lignes de pièces détachées également multimarques comme Motrio pour Renault, Motorcraft pour Ford ou Eurorepar pour Citroën.

Seul Toyota poursuit sa diversification

Mais surtout, et cela est vrai pour la majorité des grands constructeurs mondiaux, ils renforcent leurs activités financières, d'assurance et de location. Pour beaucoup, celles-ci représentent une part importante, voire majoritaire, de leurs bénéfices globaux. Les exemples sont légion, citons Europcar et Lease Plan pour le groupe Volkswagen, Hertz pour Ford ou encore Renault Rent pour Renault. Eurostaf constate que seul Toyota poursuit la diversification de ses activités hors du secteur de l'automobile, en particulier dans les télécoms, la construction et la logistique. " Du fait de la forte augmentation des cours des matières premières, les équipementiers atteignent la fin de leur couverture et commencent à devoir grignoter sur leurs marges, note Patrick Chiron, responsable du secteur automobile chez Eurostaf. Ceci est beaucoup moins vrai pour les constructeurs." Un phénomène qui devrait affecter la rentabilité de tous les acteurs d'un même secteur ne touche donc qu'une partie de ces derniers. Car dans l'industrie automobile, le constructeur est en position de dicter ses conditions aux autres acteurs. Ceci peut expliquer que, dans le classement multicritère établi par Eurostaf, se placent huit constructeurs parmi les dix premiers. "Le secteur automobile est le secteur où la mainmise d'un seul acteur, en l'occurrence le constructeur, est la plus importante. Aucun autre secteur industriel ne connaît un tel phénomène", souligne Patrick Chiron.

Cyril André

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