Vers une rationalisation des flottes automobiles

L’Arval Mobility Observatory vient de publier les résultats du Baromètre des flottes et de la mobilité 2026. En France, l’enquête a été menée par l’institut Ipsos auprès de 300 entreprises dont la flotte inclut au moins un véhicule. À titre indicatif, 53 % d’entre elles comptent moins de 100 salariés, 27 % en possèdent entre 100 et 999, tandis que les 20 % restantes en emploient plus de 1 000.
Comme on pouvait s’y attendre, les récentes évolutions réglementaires et fiscales ont grandement accéléré l’électrification des flottes automobiles françaises. Les mises à la route de véhicules électriques ont en effet fortement progressé (+48,1 % ; 135 995 unités) et ont atteint une part de marché de 18,8 % en 2025, en hausse de 7,2 points sur l’année.
Sur les premiers mois de 2026, les véhicules électriques restent d’ailleurs très plébiscités par les professionnels (+53 %) et leur part de marché (VP + VUL) dépasse les 28 % (+12 pts en un an). Ainsi, selon l’étude, seules 39 % des entreprises interrogées estiment désormais que le calendrier réglementaire actuel de la transition écologique ne sera pas respecté, un chiffre en baisse de 48 points par rapport à 2024.
L’électrique va plus vite sur le VP que sur le VUL
En parallèle, l’enquête révèle que plus de huit entreprises sur dix (82 % des interrogées) sont déjà engagées dans la transition énergétique de leurs voitures particulières (VP) ou envisagent de le faire dans les trois prochaines années. Dans le détail, 67 % des sociétés sondées disent avoir déjà intégré des véhicules électriques ou hybrides rechargeables (PHEV) dans leur parc. Un chiffre en hausse de deux points par rapport à 2025 et qui place toujours la France au-dessus de la moyenne européenne (42 %).
Si l’on se concentre uniquement sur les voitures électriques, la part des entreprises qui en ont déjà intégré au sein de leur flotte augmente de trois points en 2026, à 35 %. Malgré tout, 53 % des sociétés interrogées déclarent en utiliser ou envisagent de le faire dans les trois années à venir. La France est là aussi au-dessus de la moyenne européenne (40 %). Elle se place au pied du podium des pays européens les plus engagés dans le tout électrique, derrière la Norvège (78 %), la Suède (62 %) et le Royaume-Uni (61 %).
Enfin, du côté des véhicules utilitaires légers (VUL), la transition énergétique est moins rapide, puisque seulement 26 % des entreprises disent avoir recours aux VUL 100 % électriques ou envisagent de le faire à l’avenir. Les grandes entreprises, davantage impactées par la fiscalité punitive, font ici figure de leaders. Car 37 % d’entre elles disent utiliser des VUL électriques ou l’envisager dans les trois ans à venir, un chiffre en hausse de dix points sur un an.
L’hybride perd en popularité
Si l’électrique convainc de plus en plus de professionnels, ce n’est plus tout à fait le cas des modèles hybrides rechargeables. Ils ne séduisent en effet plus que 62 % des entreprises ayant participé à l’étude, une proportion en baisse de quatre points sur un an, mais encore très supérieure à la moyenne européenne (43 %).
Comme les années précédentes, la motorisation full hybrid apparaît toujours comme la plus répandue dans les entreprises. Selon l’enquête, 67 % l’utilisent ou envisagent de le faire dans les trois ans à venir. Un résultat là aussi en baisse de quatre points sur l’année mais très au-dessus de la moyenne en Europe (42 %).
Quelles sont les motivations des flottes ?
Le baromètre de l’Arval Mobility Observatory met en exergue plusieurs motivations à l’électrification des flottes. D’abord, pour les VP, les entreprises mettent en avant un coût de possession inférieur (26 %), la volonté d’anticiper les politiques restrictives (33 %) ou encore le respect des engagements RSE (40 %). Pour les VUL, les raisons sont assez similaires mais le respect des politiques RSE prend le pas (36 %) cette année sur la réduction des dépenses de carburant (34 %).
D’ici à trois ans, les décideurs d’entreprise estiment que leurs parcs VP seront électriques à 30 % (+4 pts en un an), un résultat nettement supérieur à la moyenne européenne (22 %). D’après l’étude, le reste du mix énergétique serait composé à 18 % d’hybrides rechargeables et à 18 % d’hybrides non rechargeables. L’utilisation des motorisations thermiques recule de huit points à 33 %. Du côté des VUL, les entreprises estiment que 15 % de leurs flottes seront 100 % électriques (+4 pts par rapport à 2025).
Mais des freins persistent…
D’après l’étude, les freins à l’adoption des véhicules électriques restent identiques d’une année à l’autre et portent essentiellement sur les infrastructures de recharge. En effet, huit entreprises sur dix (81 % pour les VP et 79 % pour les VUL) mentionnent au moins une raison liée à la recharge. Toutefois, ces proportions sont en baisse cette année (-5 pts pour les VP et -4 pts pour les VUL), "notamment en raison d’une meilleure perception de la disponibilité de la recharge publique".
En deuxième position vient toujours un coût d’acquisition plus élevé (29 % pour les VP et 30 % pour les VUL), là aussi avec des proportions en légère baisse. Pour tenter de contenir les budgets et de limiter la hausse des coûts, les entreprises n’hésitent pas désormais à revoir leur car policy et à optimiser la taille des véhicules proposés. Ainsi, 32 % des décideurs admettent avoir déjà remplacé certains véhicules par des modèles à faibles émissions plus petits et plus accessibles, tandis que 56 % ont prévu de le faire dans les trois prochaines années.
Concernant la recharge, le développement de solutions adaptées en entreprise comme au domicile des salariés est la priorité des décideurs. En effet, 99 % des entreprises disposent d’au moins une politique de recharge ou en auront une dans le futur, de façon homogène, quelle que soit la taille d’entreprise.
Le développement des solutions de recharge sur site fait donc partie des pistes déjà en place ou envisagées pour 86 % des entreprises. 55 % ont déjà installé des points de recharge sur leur site ou envisagent de le faire dans les douze mois à venir. Deuxième solution, la recharge publique (ou en itinérance) fait partie de la stratégie de 63 % des entreprises, dont 43 % prévoient une prise en charge des coûts via des cartes "énergies".
Enfin, la recharge à domicile fait aussi partie de la stratégie pour 19 % des entreprises sondées, dont 54 % ont ou prévoient d’équiper leurs collaborateurs d’une borne murale. Aussi, 95 % accompagnent ou prévoient d’accompagner financièrement l’installation d’une infrastructure au domicile de leurs salariés, dont 49 % via un financement partiel, 24 % par l’allocation d’une somme forfaitaire, et 23 % par un financement intégral.
Des alternatives aux véhicules d’entreprises
Mais le baromètre interroge également les entreprises sur les autres solutions de mobilité. En 2026, 93 % des entreprises sondées ont implémenté ou envisagent de mettre en place au moins une solution ou politique de mobilité. D’ailleurs, 84 % des entreprises françaises sont déjà passées à l’acte, une proportion en progression par rapport à 2025, portée par les petites entreprises.
En termes de politique de mobilité, la location de courte ou moyenne durée reste la mesure phare (37 %), suivie du budget mobilité (34 %). Quant aux solutions de mobilité, le covoiturage se renforce (37 %), mais l’autopartage (27 %) et les applications pour réserver différentes solutions de mobilité (25 %) restent aussi des pistes d’intérêt.
Une rationalisation des parcs est-elle inévitable ?
En 2026, 86 % des entreprises ayant participé à l’étude s’attendent à ce que la taille de leur flotte reste stable ou augmente au cours des trois prochaines années, contre 89 % l’an passé. À l’inverse, 12 % envisagent une diminution de leur parc (contre 9 % en 2025).
Si la tendance globale est plus ou moins stable, on observe néanmoins une certaine rationalisation des parcs, qui peut notamment s’expliquer par le durcissement du contexte réglementaire et fiscal. La part des grandes entreprises qui envisagent une diminution de la taille de leur flotte est ainsi en nette augmentation à 23 % (+15 points en un an).
Sur le VP seulement, 20 % des entreprises françaises (29 % des grandes entreprises) estiment que leur parc va se réduire, contre 8 % pour la moyenne européenne. Les perspectives sont un peu plus optimistes pour le VUL, avec 88 % de répondants qui voient leur flotte croître ou rester stable à trois ans, contre 78 % pour les VP.
Sans surprise, la durée de possession des véhicules s’allonge en parallèle. Elle atteint 5,4 ans en 2026, contre 4,9 ans en 2025 et 4,8 ans en 2024. Un constat qui est ici autant visible sur les véhicules utilitaires que sur les voitures particulières. Pour autant, le kilométrage annuel parcouru reste stable.
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