Stellantis Pro One passe à l’offensive et renouvellera sa gamme d’utilitaires à partir de 2029

La division utilitaire, baptisée Pro One, pèse lourd dans les résultats annuels de Stellantis. Avec 1,65 million d’unités vendues dans le monde en 2025, le groupe est leader en Europe (28,7 % de part de marché au premier semestre 2026) et en Amérique du Sud, numéro deux en Afrique et au Moyen-Orient, et numéro 3 en Amérique du Nord avec sa marque RAM.
La marge plutôt que l’investissement
Des résultats obtenus alors que sa gamme est la plus ancienne du marché avec une moyenne d’âge de presque 13 ans : 20 ans pour le X250 (Fiat Ducato…), 10 ans pour le K0 (Peugeot Expert…) et 8 ans pour le K9 (Citroën Berlingo Van…).
Le dernier lancement d’un nouveau produit en 2018 date de l’ère PSA car depuis la naissance de Stellantis en 2021, la stratégie consiste à apporter des évolutions aux VUL au gré des réglementations antipollution (norme Euro) et sécuritaire GSR (Global safety regulation).
Elle était clairement assumée par Carlos Tavares qui, en réduisant les investissements sur les nouveaux produits, jouait sur l’amortissement et au final sur les marges. Tout en soutenant la performance commerciale par une politique de remises agressives. Mais face à une concurrence qui renouvelle son catalogue (Renault Master…), à l’arrivée de nouveaux produits électriques (Kia PV5 ou Renault Flexivan), sans compter celle des constructeurs chinois (Maxus, Farizon ou Delivan) en Europe, Stellantis doit changer de braquet.
Autre constat, Stellantis revendique sa position dominante en Europe par le cumul des ventes de ses cinq marques (Citroën, Fiat, Opel/Vauxhall et Peugeot). En revanche, si l’on analyse les marques individuellement, aucune n’est en tête excepté Fiat en Italie. En France, par exemple, Renault mène la danse dans chacun des trois segments avec les Kangoo, Trafic et Master.
Stellantis, futur leader mondial en 2030 ?
Le 21 mai dernier, lors de la présentation du plan stratégique FaSTLAne, Antonio Filosa a fixé les objectifs pour 2030 : une croissance de 30 % des volumes (soit 2,1 millions d’unités), prendre le leadership mondial et assurer une disponibilité de 100 % des véhicules.
Par conséquent, Stellantis Pro One lancera onze nouveaux modèles d’ici à 2030 sur l’ensemble des marchés dont le renouvellement de deux de ses véhicules phares en Europe (X250 et K0) ainsi que l’introduction de nouveaux véhicules sur des segments jusqu’ici inexploités (triporteur Fiat Tris).
Au niveau industriel, Stellantis a renforcé sa capacité de production puisque l’usine Tofas en Turquie a débuté la fabrication du K0 (Fiat Scudo…) fin 2025 et celle du K9 (Peugeot Partner…) au troisième trimestre 2026. La capacité du site turc est de 150 000 unités/an pour chacun des deux modèles.
Désormais, les trois utilitaires (K9, K0 et X250) du catalogue disposent d’au moins deux sites de production pour alimenter le marché européen.
Deux nouvelles plateformes dédiées
Au-delà des produits, Stellantis doit investir dans de nouvelles bases techniques pour servir son ambition. Il prévoit deux nouvelles plateformes multi-énergies spécifiques pour les fourgons intermédiaires et grands modèles associées à l’inédite architecture électronique et logicielle STLA Brain qui fera passer le groupe dans le monde du SDV (Software defined vehicle).
À ce sujet, Stellantis a annoncé le 21 mai une collaboration avec la société américaine Applied Intuition qui accompagnera le développement, la simulation, la validation et le déploiement des logiciels dans les domaines fonctionnels du véhicule. Initialement, le développement de STLA Brain devait être assuré en interne avec un déploiement sur les nouvelles Alfa Romeo Giulia et Stelvio à partir de 2026, selon nos sources.
Mais face aux difficultés rencontrées et aux retards accumulés, le groupe a changé son fusil d’épaule. Une démarche équivalente à Volkswagen et sa filiale Cariad qui ont appelé le constructeur américain Rivian à la rescousse. Comme quoi on ne s’improvise pas expert des logiciels du jour au lendemain !
La propulsion hybride complétera l’offre
Sous le capot, Stellantis misera comme aujourd’hui sur le thermique et l’électrique avec "une attention particulière portée aux technologies hybrides". En ce qui concerne les véhicules utilitaires, elles prendront la forme d’hybride rechargeable et de REEV (électrique avec prolongateur d’autonomie), ce qui est une nouveauté chez Stellantis.
Le groupe annonce aussi deux nouvelles motorisations 100 % électriques sur l’ensemble de la gamme ainsi que des batteries LFP et NMC de nouvelle génération. Si les modèles électriques actuels sont des versions thermiques converties à l’électrique, les futurs véhicules seront conçus en intégrant les spécificités de chacune des technologies. Ce qui laisse présager de meilleures performances en termes de recharge et d’autonomie.
La réduction des coûts de l’électrique sera l’enjeu principal pour tendre vers une parité avec le diesel et accroître le volume des ventes, une nécessité pour remplir les objectifs CAFE de réduction des émissions de CO2.
Des alternatives économiques
L’offensive de Stellantis débutera à l’automne 2026 avec le Compact Smart Van (CSV). Sous ce terme marketing se cache en réalité une version d’entrée de gamme plus compétitive des actuels Citroën Berlingo Van, Fiat Doblo et consorts. Cette gamme se convertira au mild-hybrid courant 2027 avec le moteur 1,2 Hybrid de 145 ch, déjà connu sur les véhicules particuliers du groupe.
À la mi-2027, Fiat Professional commercialisera le Tris, un petit triporteur électrique de 3,20 m de long et 500 kg de charge utile, idéal pour la livraison urbaine. Déjà vendu au Maroc où il est fabriqué dans l’usine de Kénitra, ce trois-roues est facturé l’équivalent de 4 500 euros, ce qui explique sa faible batterie (6,9 kWh) et son autonomie de 90 km.
Stellantis profitera de l’entrée en vigueur de la norme Euro 7 en novembre 2027 (tous types) pour apporter de nouvelles évolutions techniques et esthétiques aux trois utilitaires (K9, K0 et X250) avant leur remplacement qui ne débutera qu’à partir de 2029.
Le X250 enfin remplacé
Né en 2006, le grand utilitaire de la gamme connaît une carrière fleuve jalonnée d’évolutions moteurs, en raison des nouvelles normes Euro, et de deux restylages en 2014 et 2024. Lorsqu’il sera remplacé en 2029, il affichera 23 ans d’âge. Mais comme annoncé en 2024 par Jean-Philippe Imparato (alors patron de Stellantis Europe), le X250 recevra une dernière évolution en 2027.
L’histoire de son remplacement ne remonte pas d'hier. Après son rachat par PSA en 2017, Opel s’était vu confier son développement en collaboration avec Fiat qui est le maître d’œuvre sur ce véhicule fabriqué à Atessa (Sevel Sud) en Italie. Le rapprochement entre PSA et FCA en 2021 a changé la donne.
Le constructeur allemand s’est vu destitué de ce projet au profit de Fiat désormais dans le giron de Stellantis. Les futurs Citroën Jumper, Fiat Ducato, Opel Movano et Peugeot Boxer, et probablement le Proace Max fabriqué pour Toyota, entreront en production courant 2029 en Italie et en Pologne. Ainsi qu’au Mexique puisque l’utilitaire italien est commercialisé en Amérique du Nord sous la marque RAM.
Contrairement à Renault pour son Master (qui a coûté 1,3 milliard d'euros), Stellantis ne cassera pas sa tirelire pour cette nouvelle génération puisque, selon nos sources, elle fera largement appel au carry-over en utilisant des éléments existants. Le tout dans le but de limiter les coûteuses modifications de l’outillage dans les usines.
Le 2,2 diesel d’origine Fiat sera toujours de la partie à côté de versions électriques inédites. La surprise pourrait venir d’une version à prolongateur d’autonomie (REEV), une technologie qui sera inaugurée en 2026 sur les gros pick-up aux États-Unis.
Les K0 et K9 suivront
Pour la suite, Stellantis n’a pas dévoilé son programme. Selon nos informations, le remplacement de l’actuel K0 (Citroën Jumpy, Fiat Scudo, Opel Vivaro et Peugeot Expert) interviendra en 2030. Fabriqué à Hordain dans le Nord de la France et en Turquie, il adoptera, comme son grand frère, une plateforme inédite. L'usine française fera dans ce cadre l'objet d'un investissement significatif. L'agence Bloomberg avance une somme d'un milliard d'euros.
Pour boucler la boucle, le groupe renouvellera le K9 (Citroën Berlingo Van, Fiat Doblo, Opel Combo Cargo et Peugeot Partner) vers l'horizon 2032. Le petit utilitaire de la gamme devrait être conçu sur la nouvelle plateforme STLA One qui couvre les segments B, C et D.
Une base technique qui, cela dit en passant, sera déjà déployée dans l’usine espagnole de Vigo (qui fabrique le K9) sur le nouveau Peugeot 2008 en 2029.
L’avenir de la logistique
Stellantis Pro One vient par ailleurs de dévoiler au salon IAA d’Hanovre le concept BOW pour "Box on Wheels". Ce concept 100 % électrique est un utilitaire autonome, sans conducteur de niveau L4, qui "réinvente notamment la livraison du dernier kilomètre".
Il est associé à un ensemble complet de services conçus pour simplifier les opérations et réduire significativement les coûts d’exploitation. De la science-fiction ? Non, cet utilitaire autonome de livraison est le prolongement des navettes autonomes.
Au mois de juin 2026, Stellantis avec Bolt et Pony.ai ont annoncé le début d’une expérimentation au Luxembourg de robots-taxis sur la base du Peugeot Traveller (version combi du Peugeot Expert). Stellantis prépare ainsi l’avenir de la logistique des dix prochaines années, surtout qu’une étape importante a été franchie en termes de réglementation.
En effet, le 24 juin dernier, le Forum mondial WP.29 de la CEE-ONU (Commission économique des Nations Unies pour l’Europe) a adopté le premier règlement international encadrant les véhicules équipés d'un système de conduite entièrement automatisée (ADS) de niveau L4.
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