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Les défis des bornes de recharge ne sont pas ceux que l’on croit

Publié le 21 juillet 2022

Par Damien Chalon
4 min de lecture
Zoom de l’Arval Mobility Observatory – Si les installations de bornes se multiplient dans les centres commerciaux, sur les autoroutes, dans les parkings publics ou encore sur la voirie des grandes villes, elles se font en ordre dispersé. Ce qui ne rassure en rien les possesseurs de véhicules électriques.

L’électrification des parcs automobiles européens est désormais gravée dans le marbre. Surtout depuis la décision du Conseil européen, le 28 juin dernier, d’interdire les véhicules thermiques en 2035. Sur le premier semestre 2022, cette montée en puissance s’est traduite dans les chiffres des immatriculations : en France, par exemple, la part de marché des VE et des hybrides rechargeables atteint 17 % à l’échelon national et 14 % sur le seul segment des entreprises.

 

Reste que, pour asseoir durablement cette nouvelle technologie, il faut non seulement des modèles proposés (là, les constructeurs répondent largement aux attentes), mais également une électricité bon marché (dans ce domaine, le conflit en Ukraine complique un peu la donne) et surtout, un réseau de bornes électriques adapté aux usages des automobilistes, bien réparti sur le territoire, et avec la bonne capacité de recharge.

 

Le sujet des bornes de recharge est loin d’être anodin. Dans la dernière livraison du Baromètre des flottes et de la mobilité (2) de l’Arval Mobility Observatory, réalisé par Ipsos, les décideurs d’entreprise français expliquaient clairement que les bornes de recharge (ou plutôt leur absence) constituaient un frein réel à leur décision d’électrifier leur parc. Ainsi, 52 % d’entre eux déclaraient que le nombre de recharges publiques représente un frein ; 29 % reconnaissaient ne pas disposer de bornes de recharge sur leur site et 26 % indiquaient que leurs salariés étaient dans le même cas à leur domicile.

 

Le magazine Le Point vient de consacrer une longue enquête à ce qu’il appelle "le fiasco des bornes de recharge" en France (1). Il pointe les occasions ratées, tant du côté des politiques que des industriels, de créer un réseau digne des ambitions du pays. "Renault et PSA (aujourd’hui Stellantis) ont refusé de faire équipe pour bâtir des bornes. De son côté, EDF a renoncé après des couacs techniques à concurrencer Ionity sur les autoroutes", écrit notamment l’hebdomadaire. Quant à l’administration, elle joue aussi les empêcheurs de tourner en rond, avec des délais à rallonge pour installer les précieuses bornes (jusqu’à deux ans, encore récemment, sur autoroute !). Résultat, pour le pauvre prosélyte du VE, une "chasse à la borne" érigée en "sport national".

 

Les annonces ne manquent certes pas, en ce qui concerne l’implantation de stations de recharge, dans les centres commerciaux, sur les autoroutes, dans les parkings publics ou encore sur la voirie des grandes villes. Pourtant, au lieu de rassurer, cette avalanche de communication de la part d’une kyrielle d’opérateurs, donne plutôt le tournis et l’impression d’un déploiement en ordre dispersé, sans véritable boussole, avec au final, beaucoup de zones d’ombres pour l’automobiliste. A chaque opérateur sa borne de recharge, serait-on tenté de dire et pour caricaturer la situation. Mais pour qui ? Pour quels usages ? Moyennant quels tarifs et avec quels moyens de paiement ? La confusion est encore plus grande dès qu’on aborde le sujet des recharges dans l’immobilier collectif. C’est d’ailleurs là que les infrastructures accusent le plus grand retard.

 

Alors bien sûr, d’aucuns affirmeront que les choses avancent, et prendront à ce titre l’exemple de l’interopérabilité (c’est-à-dire la possibilité de payer dans toutes les stations avec une même carte), rendue obligatoire depuis 2017, et pour laquelle un décret paru fin 2021 fixe des amendes administratives en cas de non application. Mais là encore, cette obligation avance lentement, alors que la disponibilité de la recharge est une nécessité de très court terme.

 

Consciente qu’il faut plus que jamais faire preuve de pédagogie et de clarté, l’Avere prévoit de fournir à compter de la rentrée, un état du réseau de recharge national, avec notamment le taux de disponibilité des bornes, leur taux d’utilisation et, un peu plus tard dans l’année, le coût moyen d’une recharge. Annonce faite, mi-juillet, lors du dernier webinar de l’association "Equilibre des énergies" présidée par Brice Lalonde. Dans ce domaine, toutes les initiatives sont bienvenues pour lever les freins à l’adoption d’une "watture", pour reprendre l’expression du Point…

 

L’Arval Mobility Observatory

 

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