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L’éconduite, nouvelle alliée de la transition électrique des flottes d’entreprise

Publié le 28 août 2026

Par La Rédaction
9 min de lecture
Alors que les craintes relatives à l’autonomie des batteries et à la vitesse de recharge des véhicules électriques se dissipent, une nouvelle question interroge les flottes. Les conducteurs qui découvrent ces nouvelles motorisations sont-ils capables de les utiliser au mieux ? Dans un contexte de tension sur les coûts de l’énergie, l’écoconduite trouve désormais un intérêt renouvelé.
ecoconduite électrique
Grâce à l’écoconduite le collaborateur consomme moins d’énergie par kilomètre parcouru, y compris pour l’usage personnel de son véhicule de fonction. ©AdobeStock-Maria Vitkovska

Un alignement des planètes inédit est en cours au sein des flottes d’entreprises. Un carburant qui dépasse les deux euros le litre à la pompe et une ruée vers des modèles 100 % électriques, dont l’offre se démultiplie sous la pression des marques chinoises. Seuls ces véhicules à batteries et écoscorés paraissent en mesure de contenir l’augmentation des coûts d’usage (TCO). À condition toutefois qu’aucun grain de sable ne vienne gripper cette perspective.

 

En l’occurrence, le conducteur pourrait bien jouer ce rôle malgré lui, lorsque la transition d’une voiture de fonction thermique vers une nouvelle, tout électrique, s’opère sans l’accompagnement nécessaire. Laissé à lui-même face à un véhicule dont les subtilités peuvent lui échapper, il n’en tire pas toujours tout le potentiel énergétique.

 

Les électriques récupèrent en roulant de l’énergie mais l’adaptation du conducteur à cette nouvelle chaîne de traction nécessite quelques explications. Jusqu’à présent, les acteurs de la transition écologique des flottes avaient concentré leurs efforts de pédagogie sur d’autres urgences. D’abord, convaincre les collaborateurs de renoncer à des motorisations thermiques.

 

"Chez certains clients, on retrouve toujours ce volet de collaborateurs qui sont plutôt prêts à passer à l'électrique assez spontanément, mais c'est rarement plus que 20-25 %", concède David Decultot qui dirige le département consulting d’Ayvens France. Ce spécialiste de l’audit des flottes réalise ses propres enquêtes auprès de ses clients. Elles montrent la nécessité d’obtenir une adhésion en interne.

 

"On a quand même toujours un bloc de personnes qui ne se disent pas prêtes effectivement au passage à l’électrique et c'est tout l'enjeu également, au-delà des différentes parties prenantes avec lesquelles le responsable de flotte doit se coordonner, entre les RH, RSE, les opérations et la finance. Il y a aussi cette partie prenante, les collaborateurs, qu'il faut, « on-boarder » dans le projet", assure-t-il.

 

Rassurer avant d’optimiser la consommation

 

L’autre préoccupation qui a supplanté celle de la conduite elle-même concerne les craintes à l’égard de l’autonomie et de la recharge. Elles sont citées respectivement par 54 % et 51 % des répondants qu’a récemment interrogés C-Ways pour Ayvens dans le cadre du Baromètre France des flottes et de la mobilité des entreprises.

 

Certes, ce loueur propose à ses clients des webinaires pour accompagner leur transition énergétique mais la question de la recharge prend le pas sur celle de la conduite parmi ces contenus. Mêmes priorités affichées du côté des fournisseurs des bornes de recharge, tel que Bump.

 

"Le principal frein n’est pas la voiture en tant que telle mais le stress de la recharge", confirme Thomas Clavelier, directeur commercial. Cette start-up propose également des webinaires. L’information sur les bonnes pratiques de conduite est donnée mais elle passe au second plan. Au grand dam des gestionnaires de flotte qui y voient un enjeu d’actualité depuis l’emballement des prix des carburants.

 

Lorsqu’elle est conduite avec l’habileté nécessaire, une voiture électrique coûte cinq fois moins cher en consommation qu’une thermique. Encore faut-il avoir le "mode d’emploi" pour maximiser la récupération d’énergie. Ce qui n’est pas toujours simple et jamais universel, compte tenu de la variété des choix techniques qu’opèrent les constructeurs automobiles : touche "B", palettes au volant ou encore lever de pied en mode "One pedal".

 

Combler un déficit de formation

 

Cette situation a inspiré Didier Blocus pour créer Jumpivi, en 2025, une entreprise dédiée à l’accompagnement des conducteurs de véhicules électriques. Connaisseur de longue date de ces motorisations, notamment dans le secteur de la location longue durée, il a observé "qu’il y avait du conseil chez les loueurs mais qu’à chaque fois, on oubliait le collaborateur. On lui imposait une transition vers le véhicule électrique sans l’y avoir préparé et sans les informations nécessaires", déplore-t-il encore aujourd’hui.

 

Les entreprises qui font aujourd’hui appel aux services de Jumpivi ont compris l’intérêt de prendre le temps d’une formation centrée uniquement sur leurs conducteurs. "Il faut connaître deux ou trois éléments techniques pour savoir comment optimiser la conduite. On est sur une autre mobilité", rappelle Didier Blocus.

 

C’est pourquoi, sa structure propose des demi-journées de formation par collaborateur ou des packs par groupes d’une quinzaine de conducteurs. Pas davantage afin que chacun puisse poser ses questions, sans se restreindre.

 

Au programme, les fondamentaux techniques pour comprendre comment fonctionne le véhicule électrique, sa batterie, son chargeur embarqué. Il y est également question de conduite car les deux sont liés selon ce spécialiste : "Il faut comprendre l’anticipation et le frein moteur pour conduire de façon fluide et anticiper."

 

L’employeur comme le titulaire d’un véhicule de fonction peuvent y trouver leur compte en économisant du temps et de l’argent. Par exemple, en préparant un long trajet pour bénéficier des tarifs de recharge les plus avantageux ou encore en minimisant le temps de stationnement à une borne, qui fait l’objet d’une facturation salée.

 

"Il est fondamental d’aborder des notions de conduite car celle-ci conditionne l’autonomie", assure par ailleurs Didier Blocus. Économiser de l’énergie en roulant avec plus d’efficience permet en effet d’espacer davantage les arrêts à une borne.

 

Le retour de l’écoconduite

 

Pour exploiter au mieux le potentiel d’un véhicule électrique et en réduire les consommations, un passage par une formation à l’écoconduite semble judicieux. "L’écoconduite n’est pas née pour le véhicule électrique mais il a dopé ce genre de formation", se réjouit David Raffin, PDG d’Actua Formation.

 

Son entreprise forme 60 000 personnes chaque année, dont 90 % dans le cadre du travail. Elle répond à une demande croissante de la part des entreprises dont les collaborateurs qui roulent en véhicule électrique sont parfois déçus par leurs consommations donc par l’autonomie réelle.

 

Bien souvent, leur conduite explique une partie de ces écarts. "Plus on est dans l’innovation technologique, plus la façon de conduire a un impact, tranche cet expert du sujet. Énergétiquement, le véhicule électrique est mieux disant mais l’effet s’inverse s’il est mal conduit."

 

D’après des données internes d’Actua Formation, les écarts-types entre les conducteurs les plus et les moins sobres se creusent avec les parcs électrifiés. De 15 % pour les thermiques, il approche les 20 % pour les hybrides, 20 à 25 % pour les PHEV et jusqu’à 25 à 35 % pour les modèles électriques. Ce prestataire a développé une offre qui comble un besoin que ne satisfont ni les loueurs, ni les concessionnaires.

 

"Nous pouvons faire le convoyage du véhicule avec un formateur qui met en main le véhicule pendant une heure et demie", explique le PDG d’Actua Formation. Cette formation aide également à combattre des idées reçues chez les réfractaires au véhicule électrique. "En conduisant correctement, il va prendre beaucoup de plaisir et, plus on fait de kilomètres, moins on a besoin de s’arrêter donc c’est un gain de temps", plaide David Raffin.

 

Des gains multiples

 

Tout simplement parce qu’une conduite davantage dans l’anticipation ne fait pas perdre de temps. Au contraire. Et, simultanément, elle contribue à une meilleure sécurité car les modèles électriques sont susceptibles de générer des sinistres plus graves en raison de leur poids plus élevé et de leur forte capacité d’accélération.

 

"En centre-ville, les chocs contre des piétons, des cyclistes et des trottinettes sont plus importants avec des vitesses de 40 à 50 km/h, plutôt que de 30 km/h car les thermiques se lancent moins vite", affirme David Raffin sur la foi de données internes croisées avec d’autres études, notamment de l’Ademe et des assureurs.

 

Cependant, le passage par la case formation ne suffit pas. Encore faut-il en pérenniser les bienfaits avec des supports digitalisés, de la télématique… "Il faut avoir des indicateurs de performance et de management autour de tout cela", insiste également le responsable d’Actua Formation. Quant aux acquis d’une formation à l’écoconduite, ils ne sont jamais définitifs.

 

Comme pour toutes les questions de comportement, l’entreprise doit continuer à contrôler les éventuelles dérives, communiquer, animer en interne… Et ne pas hésiter à repasser par la formation pour un recyclage. Par exemple, "à chaque fois que le collaborateur changera de véhicule car il y aura une nouvelle marque ou une nouvelle technologie", explique le spécialiste.

 

Rendre l’écoconduite plus ludique

 

Un moyen de pérenniser les bonnes pratiques d’écoconduite au sein d’une flotte consiste à recourir à la "gamification". Autrement dit, à passer par le jeu et l’émulation entre participants pour motiver chaque collaborateur à mieux conduire.

 

Née en Grande-Bretagne et disponible en France, Lightfoot propose une plateforme dédiée au coaching des conducteurs qu’elle met en compétition et récompense. "On accompagne avec une approche plus proactive que réactive", plaide Donato Quagliariello, directeur des ventes internationales. Objectif : accompagner le conducteur pour qu’il améliore son comportement au volant.

 

"Le coaching est adapté à son véhicule et il l’accompagne tous les jours avec des conseils vocaux, au lieu que le management y consacre du temps", souligne le responsable. En outre, les conducteurs sont mis en compétition (individuellement ou par équipes, au choix de l’entreprise) pour remporter des récompenses. Les meilleurs (sur la foi des données collectées par un boîtier télématique OBD) ont une chance sur neuf de remporter un lot.

 

Lightfoot l’assure, les impacts de ce coaching sur le TCO sont visibles presque du jour au lendemain grâce à des progrès qui concernent la consommation, l’usure du véhicule, la maintenance, les immobilisations, la sécurité routière, l’assurance… Cette start-up propose d’ailleurs à ses prospects (à partir de 50 véhicules en parc) une période de test gratuit pour les convaincre.

 

Elle met également l’accent sur les bénéfices pour les conducteurs d’une conduite plus économe. "L’augmentation de l’autonomie de la batterie peut atteindre 10 à 25 %, ce qui a un impact sur l’activité quotidienne puisqu’on évite une recharge supplémentaire", affirme Donato Quagliariello.

 

Chez le fournisseur d’énergie Octopus (6 000 à 7 000 véhicules en parc), Lightfoot a optimisé le comportement de 260 conducteurs de fourgonnettes. Leur autonomie réelle a augmenté de 17,3 % et leur sinistralité s’est réduite de 80 %. Les résultats obtenus deviennent également utiles aux gestionnaires pour cibler les véhicules de la flotte qui paraissent "électrifiables".

 

Fin 2026, Lightfoot prévoit d’étendre son algorithme à la recharge. Autrement dit, il coachera et récompensera les conducteurs qui rechargeront leur véhicule électrique à domicile plutôt que sur des bornes publiques. C’est aussi une dimension qu’abordent les formations à la conduite. Leur ambition, comme le rappelle Didier Blocus consiste "à éviter tous les écueils relatifs à l’utilisation d’un véhicule électrique par des bonnes pratiques" or l’écoconduite coche aujourd’hui plusieurs de ces cases.

 

Dossier réalisé par Jean-Philippe Arrouet

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