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Jean-Philippe Doyen, CNPA : "Chaque voiture louée remplace l’équivalent de huit voitures"

Publié le 12 octobre 2021

Par Christophe Bourgeois
5 min de lecture
A l’occasion de la présentation du plan France 2030, Jean-Philippe Doyen, président des métiers mobilité partagée au CNPA et président de Sixt France, dévoile les propositions des acteurs de la location courte durée pour promouvoir la voiture électrique.
Par la voix de leur président Métiers Mobilité Partagée au CNPA, Jean-Philippe Doyen, les enseignes de la location courte durée souhaitent que leur activité soit reconnue comme acteur de la mobilité durable.
Par la voix de leur président Métiers Mobilité Partagée au CNPA, Jean-Philippe Doyen, les enseignes de la location courte durée souhaitent que leur activité soit reconnue comme acteur de la mobilité durable.

JA. Quel rôle jouent les acteurs de la location courte durée dans le déploiement de l’électrification du parc automobile ?

J-P. D. Les loueurs de courte durée sont des acteurs de premier plan dans le développement d’une mobilité partagée et intermodale. Chaque voiture louée remplace l’équivalent de huit voitures. Ils sont des prescripteurs importants en matière d’accès et de promotion du véhicule basses émissions auprès d’usagers très divers. Ils donnent la possibilité aux consommateurs de tester des véhicules électriques, de développer leur attractivité et de susciter ainsi un comportement d’achat. En outre, la location de véhicules s’insère dans une logique de complémentarité avec les autres moyens de transports (train, avion, etc.), en particulier pour les trajets des derniers kilomètres qui s’adaptent parfaitement à la mobilité électrique. Pour autant, nous constatons que la location de courte durée est souvent la grande absente des politiques de mobilité, qui encouragent plutôt l’achat de véhicules propres.

 

JA. Quel est le taux d’utilisation de location de véhicules électriques ?

J-P. D. Relativement faible. À 38 %, il est presque de moitié inférieur au taux d’utilisation du véhicule thermique (72 %). Cela signifie que le parc de voiture électrique passe 62 % du temps sur un parking.

 

JA. A quoi attribuez-vous ces résultats ?

J-P. D. Moins de 10 % de la clientèle demande naturellement de louer une voiture électrique. Les raisons d’une demande encore assez faible sont avant tout psychologiques. Les clients se posent beaucoup de questions sur l’autonomie et sur les bornes de recharge. Pourtant, les loueurs n’ont pas ménagé leurs efforts pour proposer une offre complète ; ils ont multiplié par deux leurs achats de véhicules électriques par rapport à l’année 2020. Et les achats de véhicules hybrides et hybrides rechargeables ont respectivement été multipliés, par 3,5 et 7 lors de l’année écoulée. Au total, la part des véhicules hybrides et électriques au sein des flottes des loueurs de courte durée s’élève désormais à 26%. À nous d’être pédagogiques pour rassurer le client.

 

JA. Quelles sont les propositions des acteurs de la location courte durée pour développer la location de véhicules électriques ?

J-P. D. Il nous paraît urgent que les entreprises qui sont concernées par l’obligation de verdissement de leurs flottes telle que mise en place par la LOM, et qui sont clientes des services de location de courte durée, puissent intégrer à leur reporting les véhicules électriques loués en courte durée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Cette intégration permettrait de créer une incitation directe pour les sociétés, qui existe déjà pour la location de longue durée. Alors que les montants ont été réduits au 1er juillet dernier, et qu’ils suivront une trajectoire progressive de baisse en 2022, nous souhaitons également le rétablissement d’un bonus à 5 000 euros pour les entreprises. Il s’agit d’un enjeu fondamental dans la mesure où les entreprises contribuent pour 50 % à l’achat de véhicules neufs en France – les loueurs de véhicules représentent à eux seuls 12% des immatriculations de voitures.

 

JA. Avez-vous également des propositions en faveur des clients ?

J-P. D. Nous proposons la mise en place d’un chèque « location électrique », ciblé uniquement sur les véhicules électriques et hybrides. Nous proposons que ce chèque, à destination des particuliers, soit exonéré de charges sociales et puisse être déduit directement de la facture de location. Il permettrait à de nombreux Français d’essayer le véhicule électrique et de l’adopter.

 

JA. Estimez-vous qu’il existe suffisamment de bornes de recharge en France ?

J-P. D. La France a pris un retard considérable dans l’installation de bornes. Seulement 43 000 points sont effectivement ouverts au public, si bien que l’objectif des 100 000 bornes fixé par l’État pour 2021 a été repoussé à 2022. Or, ce sont bien ces bornes qui sont utilisées par la clientèle des loueurs de courte durée, largement non-résidente de l’endroit où elle loue. N’oubliez pas que les loueurs sont présents aussi bien en centre-ville qu’au sein des « nœuds » stratégiques de mobilité (gares, aéroports, parkings). Ces derniers constituent des environnements particulièrement complexes et nécessitent des équipements en bornes plus onéreux. En outre, les loueurs doivent pouvoir disposer d’un réseau de bornes rapides, fonctionnel et interopérable.

 

JA. Quel est le rôle des agences de locations dans ce déploiement ?

J-P. D. Avec une capacité de plus de 2 500 bornes électriques, le maillage territorial des agences de location constitue une opportunité majeure qui permettrait d’atteindre en partie les objectifs publics en matière de déploiement de bornes de recharge. Toutefois, l’installation d’un réseau de bornes adapté aux spécificités de la location représente des investissements financiers colossaux pour ces acteurs déjà pleinement investis dans l’électrification de leur parc.

 

JA. Les agences pourraient-elles alors être soutenues financièrement pour l’installation de bornes ?

J-P. D. Pour les prochains mois, nous attendons une confirmation de leur éligibilité au fonds ADVENIR (outil qui contribue au financement des bornes accessibles au public NDLR). Mais cela ne résoudra pas forcément tous les problèmes, notamment dans les gares ou les aéroports où les coûts d’installation sont très importants à cause de la complexité des lieux - les parkings où sont stationnées nos voitures sont bien souvent souterrains - et des normes de sécurité inhérentes.

 

 

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