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Schizophrénie dans l’automobile : c’est grave docteur ?

Publié le 28 octobre 2021

Par Damien Chalon
4 min de lecture
Zoom de l’Arval Mobility Observatory - La voiture n’a pas dit son dernier mot, n'en déplaise aux politiques qui veulent l'exclure des centres-villes. Les chiffres montrent que l'auto demeure le moyen de déplacement privilégié, au détriment des transports en commun.
Périphérique Toulouse
Périphérique Toulouse

A entendre les politiques qui veulent "bouter" les automobiles hors des centres-villes, voire des villes tout court, les ménages qui n’achètent plus de véhicules neufs en raison de prix d’acquisition "hors-sol", les jeunes générations qui affirment que la voiture ne les fait plus rêver et qu’ils peuvent faire "sans elle", on a bel et bien l’impression que l’auto a mangé son pain blanc, qu’elle n’est plus tendance.

 

Et puis, dès que l’on retourne dans la vraie vie, changement de décor : l’automobile est omniprésente dans notre environnement. Il n’est qu’à voir les immuables kilomètres de bouchons, en semaine comme le week-end, sur les périphériques et autres nationales et autoroutes franciliennes. Et de se poser la question : où sont ces fameuses "mobilités douces" dont on parle à l’envi ? Allons-nous vraiment pouvoir tirer un trait, dans les dix prochaines années, sur un moyen de transport aussi incontournable, sur la simple incantation du politique ?

 

Certes, dans les grandes villes, les moyens de se substituer à l’usage de la voiture, sont de plus en plus développés. Il y a bien sûr les transports en commun qui, au passage, ont toujours autant de mal à faire revenir les clients/usagers si l’on en croit les chiffres d’Île-de-France Mobilités, avec une fréquentation inférieure de 23 % en septembre à ce qu’elle était en 2019 (1).

 

Il y a aussi, et de plus en plus si l’on en croit ses promoteurs, le covoiturage qui retrouve des couleurs après des mois de crise sanitaire. Avec l’envolée des prix des carburants, les BlaBlaCar, Karos et autre Klaxit, font le plein de candidats à ces déplacements partagés (2). Il y a enfin le recours au vélo, poussé par des dispositifs généreux d’aides à l’acquisition dans un grand nombre de collectivités, ou par des dispositifs ad-hoc souscrits dans les entreprises pour leurs collaborateurs, associant l’usage d’une voiture et d’un vélo. La petite reine trouve ainsi tout son sens pour des trajets inférieurs à 10 km. Paris entend investir 250 millions d’euros dans les cinq prochaines années pour rendre son territoire encore plus "vélo friendly".

 

Mais Paris n’est pas la France et sortie des grandes agglomérations, le recours à l’automobile, dû en partie à l’absence de choix modal possible, reprend tous ses droits. "Concrètement, la dépendance automobile concerne avant tout les zones peu denses, soit les petites villes de moins de 10 000 habitants et le milieu rural, soit le tiers de la population française", explique l’économiste et urbaniste à l’Université de Lille, Frédéric Héran. "Cette dépendance est également assez forte dans les villes moyennes et en périphérie des grandes villes où vit un autre tiers de la population", ajoute-t-il (3).

 

"Comment pourrait-il en être autrement quand on sait qu’à partir du moment où l’on sort des grandes aires urbaines densifiées, elle (NDLR la voiture) s’impose de fait comme le moyen de transport le plus adapté ?", confirme Gaëtan Mangin, doctorant en sociologie à l’Université de Bourgogne. "En réalité, l’automobile continuera encore longtemps à nous accompagner dans nos cheminements quotidiens et même dans nos parcours de vie ; d’autant plus qu’elle est à n’en pas douter autre chose qu’un simple moyen de transport pour certains (beaucoup ?) de nos contemporains". (4)

 

La voiture n’ayant à l’évidence pas dit son dernier mot, encore faudra-t-il qu’elle soit "éco-compatible" dans les prochaines années. Les constructeurs ont dégainé les plans d’électrification de leurs gammes à plusieurs milliards d’euros. Mais pour les faire fonctionner, il faudra non seulement des bornes de recharge, mais surtout de l’électricité en quantité suffisante et à un prix abordable (les gilets jaunes et autres bonnets rouges sont dans toutes les mémoires…). A cet égard le rapport du gestionnaire du réseau de transport d’électricité, RTE, sur le futur du mix-énergétique français à l’horizon de 2050, n’est pas forcément pour nous rassurer, tant la tâche est ardue et les milliards d’euros nombreux à mettre sur la table…

 

L’Arval Mobility Observatory

 

1. "Le métro parisien n'a toujours pas retrouvé son niveau de fréquentation d'avant la crise sanitaire", Les Echos, 25 octobre 2021.

2. "De plus en plus de Français adoptent le covoiturage au quotidien", Le Figaro, 25 octobre 2021.

3. "Le casse-tête de la dépendance automobile en zones peu denses", The Conversation, 13 octobre 2021.

4. "L’automobile est toujours là, et encore pour longtemps", Le blog de la revue Terrain, 22 octobre 2021.

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