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Qui sème le vent récolte… de l’électricité !

Publié le 3 février 2022

Par Damien Chalon
4 min de lecture
Zoom de l’Arval Mobility Observatory – Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, la France devra doubler sa consommation d'électricité, selon RTE. Un défi qui passera par le développement de la filière nucléaire, mais aussi et surtout par l'éolien terrestre et offshore.
Image Credit: Jeff Milstein.
Image Credit: Jeff Milstein.

La proximité des élections présidentielles démultiplie les attentes des nombreuses filières économiques. On ne compte plus les propositions et autres livres blancs à l’attention des candidats à l’Elysée pour faire avancer leurs causes lors du prochain quinquennat. L’Avere, qui porte haut et fort les ambitions des acteurs de l’écosystème de la filière "mobilité électrique", vient ainsi de publier cinq propositions déclinées en une vingtaine d’actions pour accélérer sa montée en puissance dans l’Hexagone.

 

On sait combien le prix des véhicules électriques peut constituer un frein à l’adoption de cette motorisation pour les consommateurs. On parle moins -pour le moment tout au moins- du prix de l’électricité pour recharger les voitures, chez soi, sur son lieu de travail ou sur la voie publique. Pourtant les tarifs de l’électricité font bel et bien débat dans l’opinion publique. Pas plus tard que mi-janvier, l’Etat a arbitré en faveur d’une limitation des hausses du tarif régulé (TRV) à 4 % au 1er février, alors que les conditions du marché nécessitaient une envolée des tarifs de 45 %. Une perspective totalement inenvisageable à quelques semaines du 1er tour d’une présidentielle !

 

Ce débat sur le prix de l’électricité se reposera à coup sûr à l’avenir, tant les besoins sont élevés alors que l’offre, elle, devient plus problématique. Sur le papier pourtant, le bilan électrique tricolore peut s’appuyer sur une production nucléaire importante. Dans les faits, la situation est moins idyllique qu’il n’y parait (même si Bruxelles vient d’intégrer le gaz et l’atome dans les investissements verts, utiles à la transition énergétique) : EDF a réduit de 10 % sa prévision de production d’électricité d’origine nucléaire cette année, en raison de l'indisponibilité non prévue d'une partie de son parc de réacteurs. Quant à l’EPR de Flamanville, son démarrage se fait toujours attendre.

 

L’atteinte de la neutralité carbone pour la France passe pourtant par une augmentation de la consommation électrique à horizon 2050 : de 25 % en 2020, sa part devrait atteindre 55 % en 2050, selon les scénarii de RTE, le gestionnaire du réseau électrique. Tout cela ne poserait pas question si, dans le même temps, d’autres énergies alternatives prenaient effectivement le relais de l’atome.

 

L’éolien est l’une d’entre elles, même si son acceptation reste compliquée dans l’opinion publique, surtout à l’égard d’installations terrestres. Quant à l’éolien offshore, la France est encore dans les starting-blocks, quand d’autres pays ont déjà plusieurs longueurs d’avance.

 

Mi-décembre 2021, les professionnels de la filière éolienne offshore (France Energie Eolienne et le Syndicat des énergies renouvelables) ont bien fait des propositions pour atteindre un objectif "réaliste" de 50 GW d’ici 2050 (avec un premier palier de 18 GW dès 2035) et espérer rattraper ainsi le temps perdu. Mais en face, la concurrence est rude.

 

En l’espace d’une seule journée, mi-janvier, les autorités écossaises ont attribué des concessions à 17 projets éoliens en mer, représentant une capacité installée de près de 25 GW, soit la puissance de quelque 15 réacteurs EPR. Comme le rappelle le quotidien Les Echos, "l’Ecosse et ses 5,4 millions d'habitants, produit à ce jour un gigawatt d'électricité à partir d'éoliennes marines, quand la France est à… zéro" (1).

 

Cette course à l’énergie du vent fait en tout cas des heureux : les géants pétroliers, qui trouvent ainsi le moyen de changer leur image et leur business-model. "Riches de leurs pétrodollars, eux seuls sont en mesure d’investir massivement partout sur la planète dans l’éolien ou le photovoltaïque", estime l’éditorialiste économique du Figaro, Jacques-Olivier Martin (2). Les majors du pétrole quis'intéressent aux énergies alternatives, telles que Shell, BP et TotalEnergies, ont décroché à elles seules 40 % des permis écossais…

 

L’Arval Mobility Observatory

 

  1. "Eolien en mer : l'Ecosse lance le plus gros projet européen à ce jour". Les Echos, 17 janvier 2022.
  2. "Les leçons écossaises". Le Figaro 24 janvier 2022.  
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