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Transition écologique : place aux actes !

Publié le 17 novembre 2022

Par Damien Chalon
3 min de lecture
Zoom de l’Arval Mobility Observatory - Jean-Pisani Ferry, l’économiste français, persiste et signe : la transition écologique qui s’impose au monde entier, explique-t-il, n’aura rien d’un parcours de santé ; elle sera au contraire douloureuse pour les peuples et les économies, du moins à court terme.

L’ancien responsable de France Stratégie, l’organisme de réflexion attaché à Matignon, avait déjà eu l’occasion de faire de telles prédictions en août 2021, à la sortie de la pandémie de Covid. "La transition écologique qui vient va être brutale, bien plus que l'on imaginait : on n'a pas le temps d'attendre", expliquait-il aux Echos (1), alors que l’économie française se félicitait à l’époque d’avoir tenu le choc de la crise sanitaire.

 

Dans une étude pour France Stratégie publiée la semaine dernière, en amont de la COP27 en Egypte, il réitère ses messages tout en chiffrant le coût financier pour la collectivité des changements à conduire (70 milliards d’euros d’investissements supplémentaires par an au bas mot, soit à peu de chose près, l’équivalent du chiffre d’affaires annuel cumulé de BNP Paribas et Société Générale en 2021). Surtout, il s’inquiète du "retard préoccupant de la réflexion économique sur les conséquences négatives de la transition climatique sur la croissance et l'inflation". (1)

 

Autrement dit, alors que "gouverner c’est prévoir", en matière de transition écologique, il y a un évident "retard à l’allumage" de l’économie française à prendre en compte la réalité de la situation. "Pour beaucoup, les macroéconomistes ont tardé à se saisir d'un sujet qu'ils percevaient comme essentiel pour le long terme, mais assez secondaire à l'horizon de quelques années", explique l’économiste, réputé proche du président Macron.

 

Or, c’est tout le contraire qui s’est passé et c’est donc à marche forcée qu’il faut aujourd’hui conduire le changement, dire la vérité aux populations et ne pas chercher à embellir la mariée. En un mot, l’action climatique n’aura pas que des effets positifs et il faudra au contraire composer avec des conséquences malheureuses sur la croissance, la consommation, la productivité du travail et même l’inflation !  A l’heure où le gouvernement s’évertue à trouver des solutions pour "adoucir" la fin des ristournes sur les carburants pour les automobilistes, on imagine les trésors d’inventivité dont il devra faire preuve pour pallier ces triples conséquences.

 

Comme le souligne le rapport remis à France Stratégie, la tâche qui attend l’exécutif est titanesque : "d’un point de vue économique, cette transition va reposer sur trois mécanismes principaux : la substitution de capital à des combustibles fossiles, qui va impliquer une augmentation substantielle des investissements ; la réorientation accélérée du progrès technique vers les alternatives aux énergies fossiles et l’amélioration de l’efficacité énergétique ; la modération des usages et des consommations énergivores (NDLR, c’est-à-dire la sobriété énergétique)".

 

Le dernier bilan dévoilé à la COP27 par le Global Carbon Project, qui regroupe des chercheurs du monde entier, montre qu’il y a urgence, avec des émissions de gaz à effet de serre toujours orientées à la hausse.  "Après la baisse de 2020 liée au Covid (- 5,4 %) et le rebond de 2021 (+5,1 %), il n'y a aucun signe de reprise de réduction des émissions cette année par rapport à 2019, qui était la dernière année 'normale'. Au contraire, nous constatons un fort rebond", explique le programme. Quoi qu’il en coûte aux ménages, aux entreprises ou encore aux finances publiques, la course à la transition écologique c’est donc, plus que jamais, maintenant.

 

L’Arval Mobility Observatory

 

(1). Jean Pisani-Ferry : "La transition écologique va être brutale, bien plus que l'on imaginait" | Les Echos, 24 août 2021.

(2). L’action climatique : un enjeu macroéconomique | France Stratégie (strategie.gouv.fr), 9 novembre 2022.

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