Philippe Quetaud, Renault : "Avec la Clio et la R5, nous avons fait exploser les compteurs sur le segment B"

Le Journal des Flottes : Quel regard portez-vous sur l’année 2025 ?
Philippe Quetaud : Si l’on regarde le marché global, il n’a pas été dans sa meilleure forme avec un repli de 5 % par rapport à 2024. Une énième année de baisse, les repères sont de plus en plus bas. Le marché BtoB des voitures particulières, lui, souffre encore plus avec une chute de près de 12 %. La seule éclaircie est venue des voitures électriques qui ont pratiquement gagné dix points de part de marché. C’est la conséquence de la réforme des avantages en nature, qui a bousculé le marché et incité les entreprises à aller massivement vers l’électrique. Chez Renault, nous avons su nous adapter puisque nous avons engagé une stratégie électrique il y a plusieurs années maintenant, nous avons été l’un des pionniers. Quelque part, cela nous sert un petit peu aujourd’hui. Nous disposons d’une gamme électrique extrêmement dense.
Pour les utilitaires, nous sommes quand même à la quatrième année consécutive sous la barre des 400 000 unités
JDF : Vous capitalisez également sur une gamme hybride là aussi étoffée…
P.Q. : Notre stratégie repose sur deux jambes effectivement, une jambe électrique et une jambe hybride. C’est ce qui correspond aux besoins des entreprises aujourd’hui. Si l’on regarde le mix énergétique dans les flottes VP, l’essence ne représente plus que 16 % du mix. Le diesel, qui était la panacée des entreprises il y a quelques années, a quasiment disparu, à moins de 8 % de part de marché. Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps, il avoisinait un mix de 95 %. Le mild hybrid fait aux alentours de 20 % et le full hybrid, notre spécialité, fait lui aussi 20 % et enfin l’électrique s’élève désormais à 24 % du mix. Sur 2025, en VP, c’est l’électrique qui a été le plus gros marché dans les flottes.
JDF : Les utilitaires légers, en revanche, peinent à s’électrifier.
P.Q. : Si l’on examine le marché VU flottes, il a baissé de pratiquement 8 %, ce fut là aussi compliqué. Le premier semestre a été très raide et le second a été plus dynamique en prises de commandes. J’espère que c’est un bon signe et que cette tendance va s’installer dans la durée. Mais on voit bien que le contexte économique global est tendu, ce qui se ressent sur l’ensemble du marché automobile. Pour les utilitaires, nous sommes quand même à la quatrième année consécutive sous la barre des 400 000 unités en France, ce qui n’était pratiquement jamais arrivé. Concernant l’électrique, son installation est en effet plus compliquée qu’en VP, même si la courbe monte doucement. Les grandes entreprises participent au verdissement des flottes, y compris sur les VU.
Nous sommes toujours sur la même stratégie qui consiste à privilégier la valeur au volume
JDF : Dans ce contexte général compliqué, comment jugez-vous la performance de Renault ?
P.Q. : Nous avons réalisé une belle année 2025, sur tous les canaux, particuliers et flottes. Sur les flottes VP, nous sommes restés largement leaders avec une performance de très bon niveau. Nous avons gagné 2,8 points de pénétration, ce qui est assez extraordinaire. C’est tout simplement la meilleure progression du marché. Quand on part de haut et que l’on fait la plus forte progression, on peut parler de performance. Cependant, je ne souhaite pas que l’on s’arc-boute là-dessus, ce n’est pas la part de marché qui nous anime. Nous sommes toujours sur la même stratégie qui consiste à privilégier la valeur au volume et là, nous arrivons à concilier les deux.
JDF : Quels ont été les ingrédients de cette performance ?
P.Q. : Le plan produits nous aide énormément, notamment sur l’électrique. Entre la Renault 4, la Renault 5, la Megane E-Tech et le Scenic E-Tech, nous sommes plutôt bien pourvus. Ces modèles plaisent aux particuliers mais aussi aux collaborateurs. Donc, quand vous avez le choix dans une car policy entre une Renault 5 et un modèle de la concurrence, souvent notre modèle remporte les suffrages. Quant aux clients du segment C, ils se sont largement rabattus sur le Scenic, poussés par la réforme des avantages en nature et aussi par les grosses dérives de pas mal de nos compétiteurs. Le Scenic est un superproduit qui plaît par son look et son autonomie, il bénéficie en prime de très bonnes valeurs résiduelles chez les loueurs longue durée. Ce succès de notre gamme électrique ne se fait pas au détriment du reste de notre gamme. La Clio a surperformé par rapport aux années précédentes, tout en ayant la Renault 5 dans la même catégorie. Au cumul, ces deux modèles nous ont fait exploser les compteurs sur le segment B.
Les entreprises sont très intéressées par les versions réversible et VU de la R4
JDF : Vos clients se sont rués sur la Clio avant qu’elle ne soit remplacée ?
P.Q. : Même pas. Nous n’avons pas eu de gros pic en fin d’exercice au moment du changement de génération. La Clio a performé tout au long de l’année. C’est un modèle iconique, il a été le plus vendu dans les flottes en 2025, ce qui était d’ailleurs déjà le cas en 2024. Ce modèle est un repère pour les clients, ils plébiscitent ce produit, notamment dans sa version hybride. C’est une vraie hybride. Je veux dire par là que les clients professionnels ont des lois de roulage supérieures aux particuliers. Ils regardent de très près la motorisation, la consommation, le TCO… Sur tous ces aspects, la Clio hybride est performante.
JDF : Les débuts de la Renault 4 semblent plutôt difficiles. Pourquoi ?
P.Q. : Les demandes pour la Renault 4 sont légèrement différentes de celles de la Renault 5. Les entreprises sont très intéressées par les versions réversible et VU de la R4. Nous commençons à faire quelques belles opérations pour des clients qui cherchent un produit entre la R5 et le Kangoo. La R4 est un peu un mix des deux avec un plancher plat à l’arrière, de la charge utile et du volume de chargement. On retrouve un peu ce que faisait la Renault 4 par le passé. La voiture commence à s’installer.
Les entreprises qui n’avaient pas d’électrique à leur catalogue se sont ruées chez les constructeurs, et pas mal chez nous
JDF : Quelques mots sur le segment C sur lequel Renault a été très actif ces dernières années ?
P.Q. : C’est un segment sur lequel nous avons également fait une bonne performance. Nous disposons aujourd’hui de six modèles avec le Symbioz, le Scenic E-Tech, le Rafale, la Megane E-Tech, l’Austral et l’Espace. Une gamme complémentaire en termes de formats, mais aussi de motorisations avec de l’hybride et de l’électrique. Autant nous étions un peu désœuvrés sur le segment il y a quelques années, autant aujourd’hui nous sommes en pleine forme. D'ailleurs le Scenic est, de très loin, le modèle électrique le plus vendu dans les flottes.
JDF : Cela signifie-t-il que les entreprises ont vite actualisé leur car policy à la suite de la réforme des AEN en privilégiant des modèles électriques ?
P.Q. : La réforme a été assez brutale et inattendue. Cela a eu pour effet de chambouler les car policies. Les entreprises qui n’avaient pas d’électrique à leur catalogue se sont ruées chez les constructeurs, et pas mal chez nous, pour modifier leur car policy en urgence parce que leurs collaborateurs ne voulaient plus prendre de thermique. La période a été musclée, nous avons presque été débordés. Heureusement, nous avons un outil industriel qui est suffisamment dimensionné, ce qui nous permet d’être réactifs et de répondre à la demande, sans que les délais s’en trouvent rallongés.
Nous attaquons 2026 avec de grandes ambitions
JDF : Un mot sur votre année en VU ?
P.Q. : Sur l’utilitaire, notre part de marché a été de 28,2 %, ce qui est là aussi satisfaisant. Pour rappel, nous avons lancé le nouveau Master récemment avec une diversité de propositions, ce qui nous a pris un peu de temps à organiser au niveau industriel. Il nous a manqué pas mal de versions en début d'année, comme les propulsions, ce qui explique que le second semestre ait été meilleur en termes de prises de commandes.
JDF : Que présagent ces performances en VP et en VUL pour 2026 ?
P.Q. : Nous attaquons 2026 avec de grandes ambitions. Notre gamme va continuer à s’étoffer, notamment avec la Twingo dans quelques semaines. Le début d’année est très encourageant. Et puis, il faut souligner que nous pouvons désormais nous appuyer sur la force d’un groupe, avec deux marques supplémentaires, Dacia et Alpine, qui ont des produits qui correspondent aux besoins des entreprises. Le Bigster commence à rentrer dans les flottes, idem pour l’A290 avec laquelle nous avons fait près de 1 000 unités en 2025. Je n’oublie évidemment pas l’A390 que nous avons lancé en grandes pompes dans le réseau Alpine en ce début d’année. Il y a une appétence énorme de la clientèle BtoB pour ce produit qui pourrait très bien remplacer quelques marques allemandes dans les car policies. Quant au marché des flottes, nous anticipons une légère reprise.
Nous allons faire de beaux volumes en flottes avec la Twingo
JDF : En parlant de Dacia, vous annonciez l’an dernier que, grâce au Bigster, la marque allait monter en régime en BtoB. Est-ce le cas ?
P.Q. : Ça commence. Nous allons travailler encore plus le sujet cette année. Le Bigster est un modèle qui a encore un gros potentiel en complément des modèles du segment C de Renault. Il faut qu’il prenne davantage sa place. Il est en tête sur le marché des particuliers, il doit maintenant faire plus de volumes en BtoB.
JDF : En termes de commandes, à quel niveau vous situez-vous par rapport aux années précédentes ?
P.Q. : Il est difficile de vous répondre car l’année 2026 commence à peine. Toujours est-il que nous avons à ce jour un niveau de commandes qui est supérieur à celui de l’an dernier à la même époque. Reste à savoir si c’est le marché qui repart, si ce sont nos compétiteurs qui faiblissent ou si c’est nous qui performons. Nous en saurons plus dans les prochains mois. J’espère que le marché va redécoller et que dans ce cadre notre performance sera bonne. Les clients, on le constate encore aujourd’hui, sont encore dans un certain attentisme. Je rencontre pas mal de chefs d’entreprise qui aimeraient être rassurés, ils demandent plus de visibilité au niveau réglementaire. D’un autre côté, il y a des entreprises qui se sont pleinement lancées dans l’électrique. Le marché a encore une fois été bouleversé ces dernières années. Nous sommes passés du diesel à l’essence, de l’essence à l’hybride, puis de l’hybride à l’électrique en un temps record. Pour certains clients, c’est un peu perturbant car ils se retrouvent parfois avec les quatre motorisations dans leur parc.
JDF : Outre le lancement de la Twingo, quels seront les temps forts du groupe en BtoB cette année ?
P.Q. : Comme je l’évoquais précédemment, nous commençons l’année avec le lancement de l’A390. Je pense que les entreprises vont représenter plus de la moitié des ventes de ce modèle. C’est un véhicule de conquête pure. Il y aura donc la Twingo à l’autre côté de l’échiquier, avec laquelle, j’en suis convaincu, nous allons faire de beaux volumes en flottes. Sa bouille plaît et elle n’est pas très chère, sous les 20 000 euros, ce qui va nous permettre de proposer de bons loyers et de bons TCO. Et je n’oublie pas la nouvelle Clio qui est en pleine phase de lancement. En VU, nous aurons le nouveau Trafic électrique en fin d’année, il suscite déjà de l’intérêt.
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